Photo Dominique Ricci.
Deux nouvelles enseignes ont ouvert leurs portes les 26 et 27 décembre dernier à Starco au centre-ville de Beyrouth. Deux adresses sœurs, deux formats compacts, avec une ambition : importer, sans compromis, un morceau de New York au cœur de la capitale libanaise.
Derrière Red Apples et Pink Lady, on retrouve Karim Arakji, fondateur de NBL Group (Nothing But Love), à l’origine de plusieurs concepts qui ont marqué la scène culinaire locale, dont Meat the Fish, Maryool et Backburner. Mais cette fois, il s’attaque à deux icônes populaires : la pizza new-yorkaise à la part et le bagel nord-américain.
« Red Apples, c’est une pizza new-yorkaise dans sa forme la plus authentique, vendue à la part, avec tous ses attributs », affirme Karim Arakji. Ici, pas question d’une pizza « inspirée » ou adaptée : l’objectif est l’authenticité.
Dans un marché beyrouthin dominé par les pizzas napolitaines ou les déclinaisons plus locales, « c’est une nouvelle créature », estime-t-il. La pâte, la cuisson, la vente à la part : tout est pensé pour reproduire l’expérience new-yorkaise.
Installé sur 45 m², Red Apples propose huit places assises en intérieur, six debout, et onze en terrasse. Huit employés y travaillent. Le ticket moyen avoisine les 20 dollars, avec bière et vin.
Le retour du bagel, version 2025
À quelques pas, Pink Lady décline un autre classique : le bagel. « Pink Lady est un véritable bagel shop inspiré de l’Amérique du Nord », explique Karim Arakji, citant New York, Los Angeles ou Montréal.
« Nous produisons nos bagels nous-mêmes, de A à Z», explique Arakji, densité et saveur : le bagel revendiqué ici se veut fidèle aux standards nord-américains. Les shmears, ces garnitures et tartinades emblématiques, rendent hommage aux recettes classiques, tout en intégrant des touches locales.
Pink Lady occupe 55 m², avec 17 places assises en intérieur et 11 en terrasse. Huit employés également, pour un ticket moyen d’environ 15 dollars. On y sert notamment de la bière et du cidre.
Karim Arakji assume une démarche à contre-courant des logiques d’étude et de segmentation. « Nous n’avons pas réalisé d’études de marché », affirme-t-il. Depuis la création de l’entreprise Royal Gourmet avec son père en 1997, il revendique une approche intuitive : « Tout ce que nous faisons est l’expression personnelle de ce que j’aime consommer. Parfois ça fonctionne, parfois non. On gagne certains paris, on en perd d’autres. » L’investissement, lui, reste conséquent : environ 350 000 USD par enseigne.
Après des années difficiles en raison de la crise économique, des créances impayées et des destructions liées à la double explosion au port de Beyrouth, le fondateur souhaite aller de l’avant. « Nous avons perdu notre maison et trois emplacements à Mar Mikhael. »
Malgré tout, il dit avoir tenu à préserver ses équipes et à redémarrer. « La maison reste la maison. Beyrouth est ma ville. » Starco, bâtiment patrimonial aux portes du centre-ville, lui apparaît comme un point de ralliement naturel : « C’est un endroit qui rassemble. »
Produits importés, exigence maximale
Si une partie des garnitures et préparations est locale, l’authenticité revendiquée implique des importations. « Il n’y a aucun moyen de faire cette pâte sans quatre types de farine qui ne sont pas disponibles ici. » Même exigence pour les tomates italiennes utilisées dans la pizza. Le restaurateur reconnaît une surabondance d’offres. « C’est un risque. Nous sommes heureux de le prendre et de le compenser par la qualité. »
Au-delà de Red Apples et Pink Lady, d’autres projets sont annoncés à Starco dans les mois à venir, ainsi que de nouvelles implantations locales et internationales. Mais l’entrepreneur reste prudent : le développement n’est pas une fin en soi. À Starco, entre héritage architectural et effervescence commerciale, Red Apples et Pink Lady testent ainsi un pari simple : celui de la fidélité aux standards, dans une ville où l’audace reste, malgré tout, une seconde nature.

Mieux vaut le plat vraiment libanais qu'une manière de faire achetée au USA !
12 h 44, le 26 février 2026