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Moyen Orient et Monde

Dialogue russo-saoudien avec ou sans Assad ?

Décryptage

Si la Russie conforte son influence sur l'échiquier syrien, le royaume wahhabite serait tenté de jouer des contradictions entre Moscou et Téhéran dans la recherche d'une solution politique.

13/10/2015

Le président russe Vladimir Poutine a rencontré dimanche le ministre saoudien de la Défense, Mohammad ben Salmane, à Sotchi, pour aborder les possibilités d'un règlement politique du conflit en Syrie, après l'implication russe massive sur le terrain. Au-delà de la réaffirmation de l'objectif « commun » de la lutte contre l'État islamique (EI) et le rappel de l'importance de la coopération russo-saoudienne sur le dossier syrien, aucune convergence sur un règlement politique du conflit ne semble pour l'instant s'esquisser. L'équation politique posée par Riyad, qui exige comme préalable à toute solution négociée le départ de Bachar el-Assad, est totalement incompatible avec la position de Moscou pour lequel toute solution au conflit doit inclure le président syrien. La rigidité de ces positions peut-elle évoluer à la faveur de la transformation significative des rapports de forces ?
Si le terrain militaire n'est pas le front de combat principal, et que la guerre se gagne ou se perd avant tout sur le terrain politique, en revanche ce sont bien les rapports de forces qui déterminent la force des positions des acteurs d'un conflit au cours des négociations. En dehors des déclarations de chancelleries, l'engagement russe n'a pas eu jusque-là d'incidence réelle sur le terrain politique depuis le début des frappes russes en Syrie. La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a admis hier que l'intervention russe en Syrie « change la donne ». Une transformation décisive des rapports de force ne pourrait s'opérer qu'au terme d'un processus long et coûteux qui nécessiterait l'engagement de troupes russes au sol, hypothèse exclue par Moscou jusqu'ici.
De son côté, l'Arabie saoudite persiste dans sa volonté de fournir de nouveaux approvisionnements en armes et munitions à l'opposition « rebelle modérée ». Depuis le début de la crise syrienne, le vœu le plus clair et le plus constamment exprimé par Riyad est la fin du régime de Bachar el-Assad. En 2011, la pétromonarchie saoudienne avait parié sur la chute du président syrien qui entraînerait la déliquescence d'un système politique structuré autour de la tête de l'exécutif et de ses réseaux. Cet engagement résolu contre le régime syrien ne prend sens que dans le cadre général d'une confrontation globale avec l'Iran qui a consolidé sa présence en Irak, joue un rôle important au Yémen et se présente comme l'allié indéfectible du régime syrien. Or l'échiquier syrien est une pièce maîtresse de la stratégie saoudienne d'endiguement de l'influence iranienne et pour contrebalancer le gain politique de Téhéran en Irak.


(Lire aussi : L'armée loyaliste progresse à Hama, Washington livre des armes à des rebelles)

 

Lointaine hostilité
Un article du New York Time publié le 16 juillet 2015 « WikiLeaks Shows a Saudi Obsession With Iran » analyse, à partir des dizaines de milliers de documents publiés par WikiLeaks, la lointaine hostilité envers Téhéran et le travail accompli depuis des décennies par la sourde diplomatie saoudienne des pétrodollars pour concrétiser son agenda politique. La stratégie de financement de groupes intégristes tous azimuts dans les pays de la région à l'équilibre précaire comme l'Afghanistan, et l'interdiction faite aux pays bénéficiaires d'accepter toute forme d'aide en provenance de l'Iran « chiite » en est la manifestation la plus directe. Sur les 60 mille câbles fuités, des documents et des rapports font état de l'implication saoudienne dans le soutien direct de certains groupes terroristes en Syrie. Dans un article éclairant de mai 2014 paru dans Le Monde diplomatique, « Affirmation de l'Iran, tensions avec le Qatar, la grande peur de l'Arabie saoudite », le politologue Alain Gresh revient sur l'implication saoudienne en Syrie et "la mise en œuvre d'une politique confiée au prince Mohammad ben Nayef, le ministre de l'Intérieur, qui avait écrasé l'insurrection islamiste de 2003, donne toujours la priorité à la « guerre contre le terrorisme ». Le prince Bandar ben Sultan, chef des services de renseignements depuis juillet 2012, a cherché de son côté l'efficacité dans le combat contre Assad, y compris en soutenant des groupes salafistes du Front islamique. Son manque de vigilance dans l'acheminement des armes aurait suscité l'inquiétude des États-Unis, etc."
Riyad a dès le départ compris l'importance du dossier syrien pour contenir l'influence de Téhéran. Mais dans un contexte où aucun des acteurs du conflit syrien n'a été jusque-là en mesure d'opérer un basculement définitif du rapport de forces, la politique saoudienne pourrait suivre une ligne plus sinueuse.


(Reportage : Quand les familles russo-syriennes reprennent espoir)

 

Contradiction russo-iranienne
Le rapprochement entre Riyad, Doha, Ankara et la coordination militaire sur le terrain syrien avait permis il y a quelques mois la mise en place d'une nouvelle alliance militaire, l'Armée de la Conquête qui a remporté d'importantes victoires dans une grande partie de la province d'Idleb, au nord de la Syrie. Mais la nouvelle donne introduite par l'intervention russe pourrait laisser place à d'autres calculs politiques qui n'excluent pas l'éclosion d'un consensus russo-saoudien à terme si Riyad parvient à jouer des contradictions entre Moscou et Téhéran. La relation qui caractérise l'Iran et la Russie est à la fois la convergence d'intérêts sur la question syrienne mais une concurrence entre deux puissances pour l'affirmation du leadership régional. Or la présence renforcée des Russes en Syrie risque d'accroître leur influence au détriment de celle de l'Iran. Dans ce scénario, Riyad qui, tout en maintenant sa relation privilégiée avec Washington, a diversifié ses partenariats, y compris avec Moscou, pourrait trouver un terrain d'entente avec la Russie. L'Arabie saoudite pourrait donc exercer une pression accrue sur ses alliés en Syrie en échange d'une concession russe sur le départ de Bachar el-Assad. Le pari sur les contradictions russo-iraniennes implique une évolution décisive sur le terrain qui consacrerait le leadership de Moscou. Or la situation est loin d'être acquise.

 

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AIGLEPERçANT

La colere est mauvaise conseillere , les bensaouds l'ont bien compris et c'est pour cela qu'ils viennent demander allegeance a Poutine NPM ,comme l'a fait natibaba et ses 40 voleurs .

La donne sur le terrain a change , on l'entend bien avec les appels au meurtre de russes et de mises a prix etc..
les huluberlus se feront toujours avoir parce que si ces appels faits avec vociferation pouvaient changer quoi que se soit , la Palestine serait liberee par les memes qui melangent torchon et serviettes .
Il faut bien suivre les nouvelles et arreter de regarder l'avenir dans un retroviseur , en croyant pouvoir comprendre que la route devant soi est encore tres longue, avant le terminus . .

Bery tus

le pire dans tout ca c'est que les libanais ont la memoire courte tres courte .. aurait il oublier le pilote de mirage libanais Mahmoud mattar qui a ete approcher par le KGB et lui ont proposer 2 millions de $ pour changer les couleurs de son mirage pour les couleur israelienne pour bombarder Beyrouth (c'etait qund les russes voulez faire un putsh sur le regime libanais et le liban !!

et vous nous dites que la russie et differente des USA .. haha

Bery tus

hahaha mais qu'est ce qui faut pas entendre !!
propagande quand tu nous tiens !!

je pourrais demander aussi qu'a fait l'iran en 2006 quand elle avait sponsoriser la guerre entre le hamas (qui recoit de l'argent de l'iran) et israel ?!?!? DEPUIS d'ailleurs 79 qu'a fait l'iran pour la palestine si ce n'est que l'enfoncer encore plus pour qu'elle (l'iran) puisse gagner sur tous les coter a propos du nuk.... d'ailleurs y a qu'a se rapeler su fameux 12 juillet 2006 quand l'iran a demander a hezb de s'en meler .. et on sait tous ce qui c'est passer par la suite avec le fameux "SI J'AVAIS SU"

sur un autre aspect .. quand on veut parler de politique soit on en parle avec savoir soit on se tais ... qui ete entrain de jubiler quand natayahou a rencontrer poutine ..LES MOUMANAAISTES ONT SAUTER DE JOIE ET NOUS ONT AVOUER QUE C'ETAIT POUR AVERTIR ISRAEL DE NE PAS SE MELER DES AFFAIRES EN SYRIE ...

QU'EST CE QUE NOUS AVONS REPONDU: "QU'IL Y AVAIT DES ACCORDS IMPLICITE" ET BIEN VOILA QU'ISRAEL SANS ME ME DEMANDER A QUICONQUE A FRAPPER QUI?!?! L'ARMEE SYRIENNE CELLA MEME QUE POUTINE VEUT DEFENDRE

ALLER LES PETITS AU DODOS

PUBLIER SVP

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Dialogue russo-saoudien avec ou sans Assad ?" ! Same que l'ex-dialogue russo-saoudien sans Saddâm, tout simplement. CQFD

AIGLEPERçANT

Qu'est ce qu'on aimerait lire un article qui nous presenterait les bensaouds se reunir avec le parrain us des israeliens pour la liberation de la Palestine de leurs frères de religion sunnites .SURTOUT A CETTE HEURE .

Mais bon ce n'est ni le sujet , ni dans la capacite des bensaouds d'envisager une chose pareille . On sait tous pourquoi !

Maintenant nous ramener les contradictions entre Teheran deja NPR et la Russie deja NPM , reSsort toujours de la meme logique de vouloir couper le cheveux en 4 .
Moscou et Teheran sont ALLIES ,ce n'est pas un constat , c'est une AFFIRMATION , comme si je disais washington paris londres ryad et doha se cherchent une alliance etc... non ! ils sont allies d'un cote comme ces groupes le sont de l'autre , faudra bien ingurgiter ce fait un jour .
Et partant de la , dans une alliance on a des interets , c'est normal de partout , et donc que ces interets , faut pas rever les huluberlus , c'est LE MAINTIEN DE CELUI QUI EST DEVENU LE HEROS DE LA RESISTANCE A L'AUTRE ALLIANCE, BASHAR EL ASSAD , ET LE RENFORCEMENT DU CORPS MILITAIRE ACTIF DU HEZB DANS LA REGION .

Reflechissons un peu , vous voyez vraiment une alliance qui gagne sur le terrain face a un complot int'l de ce type , se tirer une balle dans le pied ?
SI C'EST LE CAS YOU ARE MAD .........

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