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Le gouvernement Salam obtient sans surprise la confiance du Parlement

Liban

Deux jours de débats, parfois houleux, ont précédé le vote.

20/03/2014

Le gouvernement de Tammam Salam a obtenu jeudi à une écrasante majorité et sans surprise la confiance du Parlement, à l'issue de deux jours de débats, parfois houleux, autour de la déclaration ministérielle.

Sur les 101 députés présents dans l'hémicycle, 96 ont voté la confiance au gouvernement.

Le Premier ministre, Tammam Salam, a indiqué, à l'issue des débats, que son gouvernement soutenait toutes les propositions faites par les députés, mais souligné en même temps que son gouvernement "n'était pas capable d'accomplir des miracles".

"Certaines déclarations ont fait du tort au gouvernement. Les déclarations se sont concentrées sur trois points principaux : rétablir la sécurité, trouver une solution aux problèmes des réfugiés, et organiser l'élection présidentielle dans les délais", a déclaré M. Salam. "Nous ne promettrons rien que nous ne pouvons accomplir. Nous ne pouvons faire de miracles dans ce laps de temps. Nous passons par une période très difficile au Liban et dans la région", a-t-il ajouté.

Jeudi, les débats avaient repris pour la deuxième journée consécutive, en la présence remarquée du chef du Front de lutte nationale, Walid Joumblatt.

Si les débats se sont déroulés mercredi dans une atmosphère détendue, à l'exception de quelques échanges acerbes, une ambiance beaucoup plus électrique régnait aujourd'hui dans l'hémicycle lors de la séance matinale. Plusieurs interventions ont été interrompues, faisant de la modération du débat une tâche ardue pour le chef du Législatif Nabih Berry qui s'est vu forcé de multiplier les rappels à l'ordre.

 

"Ton armée a raison, même si elle était injuste"
Parmi ceux qui ont pris la parole jeudi, le député du Futur, Khaled el-Daher, a condamné, au nom des députés du Akkar, les bombardements syriens  qui ont touché ce matin la région frontalière de Wadi Khaled. Il a rappelé que les institutions de l'État sont seules responsables de la sécurité du pays. Khaled el-Daher a, dans ce contexte, critiqué l'attitude "injuste" de l'armée libanaise envers les miliciens, notamment à Tripoli et dans tout le nord.

"Ton armée a raison, même si elle était injuste", lui a répondu le président du Parlement Nabih Berry, applaudi par une partie des députés. Khaled el-Daher a tout de même poursuivi son discours, fustigeant l'injustice dont la communauté sunnite est, selon lui, victime à Tripoli, et appelant à trouver une solution rapide à ce problème.

La tension est encore montée d'un cran quand les députés aounistes Ibrahim Kanaan et Hikmat Dib ont interrompu l'intervention de Khaled el-Daher, dénonçant fermement l'attaque contre l'institution militaire.

Prié par le chef du Législatif de passer à un autre sujet, Khaled el-Daher a poursuivi son discours en déclarant que "tous ceux qui ont mené une résistance au Liban sont des héros". Et de souligner : "La résistance n'est pas exclusive à la communauté chiite et au Hezbollah". Selon lui, "les seules armes légales sont celles mises sous l'autorité de l'État". Khaled el-Daher a enfin accordé sa confiance au gouvernement, "en dépit de l'injustice dont nous sommes victimes au Akkar".

 

L'implication en Syrie, "une honte pour le Liban"
Le député Ahmad Fatfat, membre du bloc parlementaire du Futur, a de son côté estimé que ceux qui ont accepté de faire partie du pouvoir "après le coup d'État des chemises noires" (en référence aux incidents de 2011 contre le gouvernement de l'époque, ndlr) sont responsables de la situation à Tripoli, dans une allusion à peine dissimulée à l'ancien Premier ministre Nagib Mikati. Appelant à démilitariser la capitale du Liban-Nord, il a critiqué l'attitude de l'armée libanaise, l'exhortant à prendre en main la situation sécuritaire à Tripoli et à Ersal.

 

(Lire aussi : Les sunnites ultras de Tripoli appellent au jihad contre l'armée libanaise)

 

Le député a aussi indiqué que l'implication de parties libanaises dans les combats en Syrie est "une honte pour le Liban" et la cause de l'importation du terrorisme au pays du Cèdre.

M. Fatfat, qui a néanmoins accordé sa confiance au gouvernement "car c'est la meilleure option en cette situation de crise", a été interrompu par Tammam Salam, qui a défendu l'armée libanaise, appelant à lui assurer la couverture politique dont elle a besoin. Le Premier ministre a ajouté que "l'armée n'est pas responsable de nos souffrances". "Personne n'est au-dessus de la reddition de comptes, mêmes les institutions sécuritaires", a-t-il néanmoins ajouté.

L'intervention du député du Futur a également suscité une réaction de la part de M. Berry. Alors que M. Fatfat se demandait "où est la distanciation dans la participation d'une délégation officielle parlementaire libanaise à une conférence tenue à Téhéran pour défendre le régime syrien?", M. Berry a répondu "Toi aussi tu as critiqué le gouvernement en 2012 devant le Parlement européen". M. Fatfat a alors rétorqué : "J'ai parlé au nom du Bloc du futur." "Si des composantes du gouvernement se parlent de cette façon, qu'allez-vous laisser aux Forces libanaises (qui ont boycotté le cabinet Salam, ndlr)?", a rétorqué, ironique, le chef du Législatif.

 

Pas de partenariat avec "ceux qui détruisent le Liban"
Prenant par la suite la parole, le député des Kataëb Samy Gemayel a déclaré que "malheureusement, nous ne vivons pas aujourd'hui au sein d'un État, mais dans une jungle". "Notre territoire est bombardé, nos frontières violées, des Libanais combattent dans un pays voisin auprès d'un autre régime, la Constitution violée, le mandat du Parlement est prorogé, le gouvernement actuel est celui des contradictions comme sa déclaration ministérielle", a souligné M. Gemayel.

Répondant à la théorie du Hezbollah selon laquelle la participation du parti chiite dans les combats en Syrie a empêché l'entrée des jihadistes au Liban, Samy Gemayel a rétorqué que c'est le contraire qui est arrivé après la bataille de Yabroud "où plus de 1200 takfiristes on été chassée par le Hezbollah de Syrie vers le Liban".

 

(Lire aussi: L'artillerie syrienne fauche rebelles et civils syriens à la frontière libano-syrienne)

 

Revenant ensuite sur la déclaration ministérielle, le député a rappelé les réserves de son parti, notamment concernant la clause relative au droit à la résistance et à la reconnaissance de l'État comme autorité de référence en la matière. Martelant près de dix fois "mentionnez l'État!", il a rappelé "le grand conflit" que cette exigence  a suscité  parmi  les ministres du 8 Mars, notamment du Hezbollah.

Après avoir envisagé une démission de ses ministres, le parti Kataëb  avait finalement décidé, mardi, de rester au sein du gouvernement de Tammam Salam après des concertations avec le Premier ministre et le chef de l'État Michel Sleiman. Commentant cette décision, M. Gemayel a souligné que "le but de notre participation à ce gouvernement n'est nullement d'être les partenaires de ceux qui détruisent le Liban, mais de s'opposer à eux et de coopérer pour l'intérêt des Libanais".

 

Non aux armes en dehors de l'autorité de l'État
Seul député à avoir pris la parole et à ne pas avoir accordé, jeudi, sa confiance au gouvernement, Georges Adwane, des Forces libanaises, a expliqué que son parti n'a pas participé au cabinet Salam car il ne sait pas "si, en vertu de la déclaration ministérielle, la décision de guerre et de paix revient au gouvernement et si ce cabinet soutient l'implication de la guerre en Syrie ou s'il adopte la déclaration de Baabda".

"Nous sommes arrivés à un point où il est urgent d'aboutir à un consensus, en actes et non en paroles, pour sauver le pays, a-t-il indiqué. L'existence du Liban et le vivre ensemble sont en danger".

S'adressant aux députés du Hezbollah, M. Adwane a salué "leurs positions claires et sans détour", mais a critiqué la décision du parti chiite de prendre part à la guerre en Syrie sans prendre l'avis ni respecter la politique de l'État vis-à-vis de cette crise.

Il a, dans ce contexte, estimé qu'"il n'est pas permis aux Libanais de s'impliquer dans la guerre en Syrie, que ce soit aux côtés du régime ou contre lui", afin que personne ne s'ingère dans les affaires du Liban.

Le député des FL a indiqué que les armes du Hezbollah doivent servir, sous l'autorité de l'État, à combattre Israël. "Nous ne pouvons plus supporter l'existence d'armes en dehors de l'autorité de l'État, surtout que ces armes sont de plus en plus utilisées à des raisons confessionnelles, a-t-il déclaré. Seul l'État est responsable de notre sécurité".

 

"Edifiez un État capable"
Dernier à prendre la parole avant la levée de la séance pour une pause de deux heures, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a déclaré que son parti "ne veut mener de bataille, fictive ou réelle, contre personne au Liban, car son programme est de combattre l'État hébreu".

"Un État fort, un État de droit et d'institutions, un État qui protège ses citoyens est le souhait  de toute personne avisée, a déclaré M. Fadlallah. Mais les Libanais ont-il jamais vu un tel État au Liban?" Et de répondre : "L'État a toujours été absent, depuis la guerre civile en 1975, bien avant la création de la résistance en 1982. Si cet État dont tout Libanais rêve existait, la résistance n'aurait pas eu de raison d'être et n'aurait pas porté ce fardeau". "Edifiez un État capable, ensuite venez discuter des armes du Hezbollah", a ajouté le député hezbollahi. "Sans la résistance, Israël serait aujourd'hui au palais de Baadba", a-t-il martelé soulignant que "c'est la résistance, avec l'armée, qui protège les Libanais."

Le député a appelé à soutenir l'armée libanaise au lieu de l'attaquer et de nuire à son image. "Il faut œuvrer à renforcer la troupe pour qu'elle puisse protéger le Liban, a-t-il indiqué. Sans une armée forte, un État ne peut être édifié."  Selon lui, le déploiement de la troupe à Ersal est le souhait de tous les Libanais car cette localité sunnite dans la Békaa a été "prise en otage par les terroristes". Il a ensuite salué la patience de ses habitants qui refusent d'être entraînés dans un conflit interlibanais.

Hassan Fadlallah a accordé sa confiance au gouvernement et souhaité au Premier ministre plein succès dans "sa mission difficile", réitérant que le Hezbollah "n'a jamais voulu le pouvoir, mais un État fort et capable".

Dans la soirée, le chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, a appelé à soutenir le gouvernement et réitéré le rejet de l'implication du Hezbollah dans le conflit syrien.

Son collègue du Hezbollah, Mohammad Raad, a rétorqué dans son intervention que la Résistance se poursuivra tant que la menace israélienne contre le Liban existera.

 

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