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Culture - En Galerie À Beyrouth

Reprendre son souffle dans les forêts de Tamara Haddad

Avec sa nouvelle série de toiles, l’artiste à la fibre écologique transforme l’espace Tanit en lieu de respiration, de contemplation et de temps suspendu.

Reprendre son souffle dans les forêts de Tamara Haddad

« Mon Liban », huile, acrylique et sable sur toile de Tamara Haddad

Ses peintures vous entraînent dans des forêts, des bosquets traversés de lumière, des sous-bois aux feuillages denses, des sentiers oubliés, des lueurs filtrées entre les branches et des silences habités par le vent. D’emblée, elles vous sortent de la pollution de la ville, du rythme citadin, mais aussi des tensions qui hantent nos cerveaux éreintés de Libanais.

À coups de pinceau à la fois précis et poétiques, Tamara Haddad convoque l’âme de la nature dans ses toiles denses et texturées, réunies sous l’intitulé « À mon père » et présentées jusqu’au 4 juin à la galerie Tanit à Beyrouth*.

« Les arbres continuaient à vivre de leur vie propre II », huile, acrylique et sable sur toile de Tamara Haddad (2025 ; 100 cm x 130 cm).
« Les arbres continuaient à vivre de leur vie propre II », huile, acrylique et sable sur toile de Tamara Haddad (2025 ; 100 cm x 130 cm).

Visiter son exposition, c’est d’une certaine manière s’offrir une respiration, un souffle d’air non vicié par la situation politico-sécuritaire. C’est se laisser emporter dans la beauté de la nature libanaise, mais aussi se laisser porter par le regard écoresponsable qui sous-tend la démarche artistique de cette jeune peintre.

De la publicité à l’écologie

Sensibilise-t-on davantage à la préservation de l’environnement en exaltant la beauté de la nature plutôt qu’en montrant les désastres écologiques ? La question s’impose naturellement à la découverte des nouvelles œuvres de l’artiste. Connue jusque-là pour explorer dans ses toiles les failles de la terre, les incendies et les blessures infligées au paysage, Tamara Haddad a clairement choisi cette fois de changer de perspective. Sa nouvelle série se révèle plus apaisée, plus lumineuse aussi, même si une certaine mélancolie continue d’y affleurer.

Peintre autodidacte, cette ex-publicitaire explique avoir ressenti il y a quelques années le besoin de revenir à une forme d’authenticité émotionnelle, loin des codes et des contraintes du marketing, afin d’exprimer plus librement ses préoccupations personnelles. À commencer par la question écologique. Pollution de l’air due aux générateurs, crise des déchets et urbanisation sauvage : ces dégradations de son environnement beyrouthin ont façonné son regard et affiné sa sensibilité à la fragilité du vivant.

Tamara Haddad. Photo avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Tanit
Tamara Haddad. Photo avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Tanit

« Les arbres sont des poèmes… »

Marcheuse en forêt, arpenteuse de sentiers et défricheuse de beauté, Tamara Haddad est habitée par la nature, au point de nourrir sa pratique artistique de sa contemplation et d’une réflexion sensible sur la fragilité de cet écosystème et la nécessité de sa préservation.

Sa première exposition intitulée « Faille », présentée à l’Institut français de Beyrouth en 2013, abordait ces questionnements au travers de paysages lunaires apocalyptiques, en strates minérales parcourues de failles, évocatrices des violences faites à la terre. Plus récemment, ce sont les incendies et la déforestation qui s’imposeront à elle, au moment même où le feu ravageait la pinède de Baskinta, au-dessus de sa maison familiale. La jeune femme en tirera une série de toiles sombres et comme carbonisées, reflet d’un sentiment de perte, d’étouffement et d’asphyxie.

Pour cette nouvelle cuvée, c’est un texte de Gibran Khalil Gibran qui sera à la base de son inspiration. « Les arbres sont des poèmes que la terre écrit sur le ciel. Nous les abattons et en faisons du papier pour consigner notre vacuité » : cette citation va infléchir son regard. N’en retenant que la première phrase, Tamara Haddad décide de délaisser le registre de la catastrophe et des arbres meurtris pour s’atteler à une écriture picturale plus poétique et positive. Un choix qui, loin d’édulcorer le réel, en révèle au contraire la profondeur sensible.

Nature et temps ralenti

De là naîtra sa nouvelle série de toiles ancrée dans les photographies prises au fil de ses randonnées en forêt. À partir de cette matière première, Tamara Haddad extrait des rythmes, des masses, des lumières diffuses… Tout ce qui forme un paysage vivant en somme. Qu’elle rehausse par ailleurs de branchages, d’écorces et de brindilles ramassés et incorporés dans ses compositions.

Des grands paysages d’entrelacs forestiers aux gros plans sur un buisson, un feuillage, quelques baies des bois ou encore les branchages d’un cèdre (dans un immense diptyque), les mixed media (huile, acrylique et divers éléments) qu’elle élabore alors donnent presque à voir le frémissement secret du vivant. Sous le pinceau de l’artiste affleure toutefois une inquiétude diffuse. Rien de frontal, mais une mélancolie douce qui traverse les compositions aux tonalités automnales.

Quelque part entre contemplation et méditation, Tamara Haddad fait ainsi de la forêt un territoire intérieur autant qu’un paysage menacé.

Dédiée à son père disparu au cours de ces derniers mois et qui « aimait les arbres et les poèmes », cette exposition entrelace mémoire personnelle et conscience écologique. Dans un monde saturé d’urgence, sa visite impose une temporalité ralentie. Elle invite à regarder vraiment ce « monde naturel » que l’on ne voit plus. À prendre la mesure de sa présence essentielle et à se rappeler qu’il est ce souffle vital que nos existences hyperconnectées ont tendance à reléguer au second plan.

*« À mon père » de Tamara Haddad à la galerie Tanit de Beyrouth, Mar Mikhaël. Jusqu’au 4 juin.

Ses peintures vous entraînent dans des forêts, des bosquets traversés de lumière, des sous-bois aux feuillages denses, des sentiers oubliés, des lueurs filtrées entre les branches et des silences habités par le vent. D’emblée, elles vous sortent de la pollution de la ville, du rythme citadin, mais aussi des tensions qui hantent nos cerveaux éreintés de Libanais. À coups de pinceau à la fois précis et poétiques, Tamara Haddad convoque l’âme de la nature dans ses toiles denses et texturées, réunies sous l’intitulé « À mon père » et présentées jusqu’au 4 juin à la galerie Tanit à Beyrouth*.« Les arbres continuaient à vivre de leur vie propre II », huile, acrylique et sable sur toile de Tamara Haddad (2025 ; 100 cm x 130 cm). Visiter son exposition, c’est d’une certaine manière s’offrir une...
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