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Le monde en 2013

Quand les armes chimiques ont sauvé Bachar el-Assad

Rétro 2013

La peur du chaos islamiste a remplacé la question du départ du président syrien qui a été remis en selle grâce à la diplomatie russe, avant la conférence de Genève 2.

OLJ/Reuters
03/01/2014

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Le 13 décembre 2012, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, déclare à la presse : « Je pense que le régime de Damas est proche de l’effondrement. Je pense que ce n’est plus qu’une question de temps. »

Un an plus tard, face à une opposition plus divisée que jamais et une diplomatie internationale qui se cherche, nul ne se hasarderait à prédire la chute de Bachar el-Assad.

Le président syrien, dont le pouvoir est contesté depuis bientôt trois ans, a certes accepté le démantèlement de son arsenal chimique, employé le 21 août contre des populations civiles dans la région de Damas, une première de cette ampleur depuis le gazage des Kurdes irakiens de Halabja ordonné par Saddam Hussein en 1988.

Mais le « lion de Damas », qui a échappé à la fin de l’été à la perspective de frappes militaires, est aujourd’hui au centre du jeu alors que se profile « Genève 2 », une conférence internationale de paix qui doit s’ouvrir en principe le 22 janvier à Montreux, sur les bords du lac Léman.

« Nos amis occidentaux ont clairement dit à Londres qu’on ne pouvait pas laisser Assad partir maintenant parce qu’ils pensent que cela déboucherait sur le chaos et une prise de contrôle par les activistes islamistes », confiait le mois dernier à Reuters un responsable de la Coalition nationale syrienne (CNS), principale organisation représentative de l’opposition, évoquant une réunion des Amis de la Syrie, l’instance informelle regroupant des pays occidentaux et arabes, ainsi que la Turquie, hostiles à Bachar.

La France, qui a été la première puissance occidentale à reconnaître la CNS comme seul représentant du peuple syrien, ne cache du reste plus ses doutes. « En Syrie, je suis malheureusement assez pessimiste », déclarait à la mi-décembre Laurent Fabius. « Nous travaillons au succès (de Genève 2) mais on peut avoir beaucoup, beaucoup de doutes », ajoutait le chef de la diplomatie française.

 

Pas de frappes contre le régime
Fin août pourtant, les Occidentaux semblent prêts à déclencher des frappes punitives contre le régime syrien. Le 21 août à l’aube, les forces loyalistes ont gazé des centaines d’habitants dans des localités de la Ghouta orientale. La « ligne rouge » fixée par Barack Obama est franchie et son secrétaire d’État, John Kerry, annonce que les responsables de ce bombardement au gaz sarin devront rendre des comptes.

Mais le front uni présenté par les Occidentaux va très vite se lézarder. À Londres, David Cameron demande l’aval de son Parlement. Le 29 août, sa motion est rejetée. Deux jours plus tard, Barack Obama prend tout le monde de court en annonçant qu’il a décidé d’agir militairement, mais précise qu’il consultera au préalable le Congrès.

La fenêtre de tir se referme, et la Russie intervient en proposant un accord sur le démantèlement des armes chimiques syriennes. Damas accepte. Un accord russo-américain est conclu le 14 septembre à Genève, puis entériné par une résolution du Conseil de sécurité. L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), chargée de sa mise en œuvre, reçoit le prix Nobel de la paix.

« Assad a le sentiment que les armes chimiques, plutôt que de le faire tomber, ont sauvé son régime », résume-t-on de source politique à Damas.

 

Une autre guerre civile à l’œuvre
Et de fait, l’accord russo-américain, que l’Arabie saoudite, soutien actif de l’opposition, considère comme une reculade au même titre que le réchauffement diplomatique amorcé entre Washington et Téhéran, déplace la pression sur l’opposition, ou plutôt les oppositions syriennes.

Tandis que les membres de la CNS peinent à s’entendre sur leurs structures politiques, une autre guerre civile est à l’œuvre sur le terrain entre les insurgés « historiques » de l’Armée syrienne libre (ASL) et les groupes islamistes, affiliés pour certains à el-Qaëda.

Fin novembre, six groupes d’insurgés islamistes, dont la brigade al-Tawhid, annoncent la formation d’un « Front islamique » qui rejette l’autorité du Conseil militaire suprême de l’ASL et s’empare d’une partie de ses positions et de ses arsenaux dans le nord du pays, près de la frontière turque.

Parallèlement, les jihadistes du Front al-Nosra et de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) continuent de se renforcer. D’après le Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR), basé au King’s College de Londres, de 3 000 à 11 000 combattants venant de plus de 70 pays, dont un nombre croissant d’Europe occidentale, ont rejoint les rangs des forces hostiles à Assad depuis le début du soulèvement.

« Il est évident que Bachar el-Assad a un intérêt direct à “jihadiser” la révolution », notait récemment dans Libération Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po, qui voit dans la montée des islamistes le résultat « accablant » de la passivité occidentale. « Après avoir laissé le peuple syrien à la merci de Bachar el-Assad, on l’a livré aux jihadistes. »

 

Le fardeau des populations civiles
À la mi-mars, cela fera trois ans que la Syrie a basculé dans la contestation puis la guerre civile, au prix de 120 000 morts au moins.

Au-delà des bombardements, des attentats à la voiture piégée et des combats, la destruction des réseaux d’adduction d’eau, le démantèlement des infrastructures publiques et l’effondrement des ressources financières font peser un fardeau épouvantable sur les épaules des civils.

L’impact est également psychologique. « Les parents racontent que leurs enfants font souvent des cauchemars, qu’ils sont agités et agressifs, que leurs dessins traduisent souvent la colère, la violence et sont pleins d’images de massacres, d’explosions et de destructions », note l’Unicef dans une étude sur les victimes de la guerre civile.

Sur une population d’environ 23 millions d’habitants, l’ONU estime que 4,1 millions de Syriens ont fui les combats à l’étranger, se réfugiant principalement en Jordanie, au Liban, en Turquie, en Irak et en Égypte. En Syrie même, 9,3 millions d’habitants, soit 40 % de la population, ne pourraient vivre sans assistance humanitaire. Pour l’année 2014, les Nations unies ont chiffré à 6,5 milliards de dollars le besoin de financement de leurs opérations humanitaires à destination des Syriens. Jamais l’ONU n’avait lancé un appel de fonds d’une telle ampleur.

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