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Le monde en 2013

L’Égypte prend une nouvelle direction, mais laquelle ?

transition

L'armée a destitué l'islamiste Mohammad Morsi le 3 juillet et déclaré « organisation terroriste » les Frères musulmans ; les violences ont fait depuis plus de 1 500 morts.

OLJ/Reuters
03/01/2014

Après le renversement de Hosni Moubarak en 2011 et l’élection de l’islamiste Mohammad Morsi l’année suivante, l’Égypte a connu un nouveau revirement dramatique en 2013 avec la destitution du premier président librement élu de l’histoire du pays et les violences qui en ont découlé.

Mohammad Morsi, issu des Frères musulmans, a été renversé par l’armée le 3 juillet, quatre jours après des manifestations qui avaient rassemblé des millions d’Égyptiens, excédés par une année de mandat placée sous le signe du marasme économique, des pénuries et de la dérive autoritaire du pouvoir. Et en fin d’année, au lendemain d’un sanglant attentat contre la police revendiqué par des jihadistes n’ayant aucun lien connu avec les Frères musulmans, le gouvernement décide de déclarer « organisation terroriste » les Ikhwane. La confrérie a dénoncé un « coup d’Etat » militaire.

Le nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef d’état-major de l’armée, et le président par intérim, Adly Mansour, ont présenté une « feuille de route » prévoyant des élections législatives et présidentielle en 2014.

Les Égyptiens devront auparavant approuver par référendum, les 14 et 15 janvier, la Constitution destinée à remplacer le texte adopté sous la présidence Morsi. Expurgé de certains ajouts d’inspiration islamiste, le texte renforce l’indépendance de l’institution militaire par rapport au pouvoir civil.

Il est peu probable que les Frères musulmans, qui ont remporté toutes les élections depuis la chute de Hosni Moubarak, participent aux prochains scrutins.

Depuis le coup de force contre Mohammad Morsi, une répression implacable s’est abattue sur la confrérie. Presque tous ses dirigeants ont été arrêtés et traduits en justice pour diverses accusations d’incitation à la violence et de conspiration à l’époque où ils étaient au pouvoir.

Le président déchu a lui-même comparu pour la première fois devant ses juges en novembre, après avoir été détenu au secret.

 

 

Plus de 1 500 morts
Plus de 1 500 Égyptiens ont trouvé la mort dans des violences politiques depuis le 3 juillet, dont quelque 1 300 manifestants pro-Morsi tués par les forces de l’ordre, selon les chiffres des organisations des droits de l’homme. Ce bilan est près de deux fois plus élevé que celui de la « révolution du Nil » de 2011.

Entre 900 et 1 000 protestataires islamistes ont été tués pendant la seule journée du 14 août, lors de l’assaut donné par les forces de sécurité contre deux sit-in organisés par les Frères musulmans sur deux places du Caire pour demander le rétablissement de Mohammad Morsi dans ses fonctions.

Le ministère de l’Intérieur, qui a nié tout usage excessif de la force, a affirmé que des manifestants avaient tiré en premier. Trois policiers ont été tués pendant l’opération. Aucune enquête n’a été ouverte sur ces événements.

Après la dispersion des sit-in, des islamistes ont attaqué des commissariats et brûlé des églises coptes, notamment en Haute-Égypte et dans la péninsule du Sinaï. Environ 200 policiers et soldats ont été tués depuis cette date.

 

Tourisme en berne
Le chaos sécuritaire a porté un nouveau coup au tourisme, première source de devises du pays, aggravant la crise économique et les difficultés quotidiennes des Égyptiens. L’inflation atteint son rythme le plus élevé depuis trois ans. Les incertitudes politiques ont découragé les investisseurs internationaux, d’autant que le gouvernement intérimaire a renoncé à obtenir un prêt de 4,8 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).

Pour équilibrer son budget et importer hydrocarbures et produits alimentaires vitaux, dont le blé subventionné, le gouvernement compte sur les milliards de dollars promis par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui ont remplacé le Qatar et la Turquie, soutiens des Frères musulmans, au chevet du pouvoir égyptien.

La destitution de Mohammad Morsi a plongé dans l’embarras les pays occidentaux. Soucieux de ménager un allié qui contrôle le canal de Suez et demeure l’un des rares pays arabes à avoir signé la paix avec Israël, les États-Unis et l’Union européenne se sont gardés de parler de « coup d’État », même si Washington a suspendu une partie de son aide militaire.

 

Sissi imperator ?
Les Occidentaux ont cependant critiqué l’ampleur de la répression visant les islamistes et certaines mesures jugées antidémocratiques, comme le rétablissement des procès de civils devant des tribunaux militaires ou une loi restreignant le droit de manifester adoptée en novembre.

Cette loi a également fait rebasculer dans la contestation nombre d’activistes laïcs à l’origine du soulèvement contre Hosni Moubarak, qui avaient au départ salué le rôle de l’armée.

La plupart d’entre eux s’étaient d’ailleurs retrouvés dans le mouvement Tamarrod (« rébellion »), qui dit avoir recueilli 17 millions de signatures pour sa pétition demandant la démission de Mohammad Morsi, prélude aux manifestations géantes du 30 juin. Mais la lune de miel avec le nouveau pouvoir n’a pas duré. Une vingtaine d’activistes prodémocratie ont été traduits en justice fin novembre, dont plusieurs figures de la « révolution du Nil », pour avoir protesté contre la loi sur les manifestations.

Dans le même temps, la justice ordonnait la remise en liberté de Hosni Moubarak, en attendant qu’il soit rejugé, et prononçait un non-lieu contre son ancien Premier ministre Ahmad Chafic dans une affaire de corruption.

Les démocrates s’inquiètent en outre du retour de la censure, illustré par la suppression de l’émission télévisée la plus populaire pendant la présidence Morsi, al-Bernameg (« le programme »), après que le satiriste Bassem Youssef a raillé l’adulation portée par ses fans au général Sissi.

Dans un pays économiquement exsangue et plus polarisé que jamais, nombre d’Égyptiens, de la gauche nostalgique de Nasser à la droite partisane de l’ordre, veulent voir dans le chef de l’armée un nouveau « raïs » providentiel. Un destin présidentiel que le général Sissi, 59 ans, n’exclut pas.

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