Le monde en 2013

Entre Mandela et Assad

03/01/2014

L’année 2013 a vu deux célébrations, l’une aux antipodes de l’autre. D’une part, le décès de Nelson Mandela, un « géant de l’histoire », « un des plus grands leaders de notre temps ». La cérémonie en hommage à  celui qui a triomphé du régime de l’apartheid, contre l’injustice et la haine, a été célébrée par ses concitoyens dans une atmosphère festive. L’adieu réservé à cet apôtre de la réconciliation fut un hymne à la vie, à l’espoir et à la liberté.

L’autre  célébration  est celle du cynisme poussé à son extrême. Celle du président russe Vladimir Poutine, désigné par Forbes comme  la personnalité la plus puissante de l’année 2013. « Poutine a solidifié son contrôle sur la Russie et tous ceux qui  ont regardé  le jeu d’échecs autour de la Syrie ont une idée claire du glissement de pouvoir vers Poutine sur la scène internationale », estime la revue américaine. De son côté, le Time a révélé son palmarès des personnalités de l’année. En 4e position, le magazine américain  a placé le président syrien Bachar el-Assad qui a su montrer « qu’une cruauté absolue et continue, combinée à une intelligence géostratégique, est le meilleur moyen de rester au pouvoir au Moyen-Orient », selon Time.

Comment peut-on rendre hommage la même année à « l’icône mondiale de la réconciliation », selon les termes de Desmond Tutu, d’une part, et au symbole d’un des régimes les plus sanguinaires et les plus machiavéliques  de  l’histoire moderne,  d’autre part ? Alors que le premier brisait les chaines de la haine, le second construit un mur de peur et de souffrance.

Une politique dans laquelle le régime de Damas a excellé. Il a ainsi utilisé la crainte que nourrit la communauté internationale face à l’islam radical pour discréditer l’opposition syrienne, accusée d’être noyautée par el-Qaeda. Qu’il ait lui-même  manipulé  certains  groupuscules terroristes, comme il sait si bien le faire, ou bien qu’il  ait  facilité leur entrée sur le territoire syrien, comme il a facilité, il y a si peu, leur passage en Irak, Bachar el-Assad a désormais les mains libres pour raser ce qui reste des régions rebelles, avec la complicité passive des Occidentaux, handicapés par leur impuissance et leur hésitation.

Bachar el-Assad  a  par  ailleurs  réussi  en un an  ce que les Libanais ont tenté d’éviter  durant  des décennies : la mise sur pied d’une alliance des minorités. Le régime  baassiste   est  parvenu  admirablement  à transformer une  révolte  contre l’injustice et la tyrannie, en un combat entre la laïcité en péril, d’une part, et l’obscurantisme de l’islam radical, d’autre part.

Rien de mieux pour alimenter un repli identitaire écœurant,  entrainant la peur et le rejet de l’autre.

Malgré ce sombre tableau, il convient de noter, pour la première fois dans l’histoire contemporaine du monde arabe, l’émergence d’une diversité socio-politique qui a brisé le statu quo de la pensée et du parti uniques dans lequel somnolait le Proche-Orient depuis près d’un demi-siècle.

La violence est bien réelle, ainsi que la peur, la barbarie, le radicalisme et la polarisation  de la société, en Syrie, mais aussi en Égypte, en Tunisie et au Liban.

Reste  à espérer, ou plutôt  à œuvrer et  à militer activement pour faire le bon choix.  Pour écrire et non pas subir l’histoire. Pour que la vie, l’œuvre et la vision d’un Nelson Mandela puissent voir le jour dans notre partie du monde.

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