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Le monde en 2013

Vers un retour de l’Iran sur la scène internationale…

nucléaire

Depuis l'élection de Hassan Rohani à la présidence, la République islamique peut pouvoir prétendre à une amélioration considérable de sa situation avec l'accord de Genève, mais les prochains mois restent déterminants.

OLJ/Agences
03/01/2014

L’accord de Genève sur le nucléaire iranien semble redistribuer les cartes au Moyen-Orient en ouvrant la voie à une réintégration de l’Iran dans le jeu international, s’accordent à penser des analystes. Toutefois, ils soulignent la fragilité du processus, compte tenu de la complexité du pouvoir en Iran.

L’événement a été rendu possible par l’élection, en juin, du président Hassan Rohani, un religieux modéré dont l’un des atouts principaux est sa proximité de longue date avec l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la révolution. « Le président Rohani et le guide suprême sont des amis de plus de 40 ans », observe l’ancien Premier ministre Hossein Moussavi, candidat réformateur malheureux à la présidentielle de 2009 remportée par l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. « Il existe entre eux une relation de confiance. »

Le président Rohani, élu avec l’espoir d’améliorer la situation catastrophique d’une économie étranglée par les sanctions internationales et désireux d’améliorer les relations de Téhéran avec l’Occident, devrait néanmoins se heurter aux durs du régime incarnés par les gardiens de la révolution, très puissants au sein des forces armées et de l’économie, ainsi qu’aux élites religieuses conservatrices.

 

Trop de laxisme ?
Trois semaines avant l’accord intérimaire du 24 novembre avec les grandes puissances, le guide de la révolution a ainsi dû taper du poing sur la table pour voler au secours de Rohani accusé d’être trop « laxiste » à l’égard des Occidentaux. « Personne ne devrait soupçonner nos négociateurs de vouloir brader (nos intérêts) », a-t-il lancé aux durs du régime hostiles à tout rapprochement avec le « Grand Satan » américain. L’accord conclu au forceps sur les bords du lac Léman prévoit un gel pour six mois de l’enrichissement de l’uranium iranien en échange d’un assouplissement des sanctions internationales visant principalement le secteur stratégique des exportations d’hydrocarbures.

Certains dans l’establishment iranien reprochent aux négociateurs d’avoir trop cédé à Genève en acceptant de suspendre l’enrichissement d’uranium en échange d’un assouplissement, trop timide à leurs yeux, des sanctions. Début décembre, l’un des hommes les plus puissants du régime, le commandant des pasdaran, le général Mohammad Jaafari, accusait le gouvernement Rohani d’être sous l’influence des Occidentaux. « Le système de gouvernement est le même qu’avant mais a subi une légère altération et il est, et c’est regrettable, infecté par la doctrine occidentale », a-t-il jugé dans un discours public. « La principale menace qui pèse sur la révolution se trouve dans l’arène politique, et les gardiens de la révolution ne peuvent pas rester silencieux face à cette situation », a-t-il ajouté dans une mise en garde à peine voilée.

Nombreux sont ceux qui, à l’extérieur de l’Iran, ont également critiqué vertement l’accord passé entre la République islamique et l’Occident, et la détente diplomatique qui a suivi l’élection du président Rohani. Ainsi, dans un geste qui a surpris tout le monde, l’Arabie saoudite a refusé en octobre d’entrer au Conseil de sécurité de l’ONU, une décision sans précédent visant à protester contre « l’impuissance » de cette instance, en particulier face au drame syrien, mais aussi exprimer son malaise face à la nouvelle politique de Washington, et en particulier aux positions du président Barack Obama sur l’Iran.

Un mois plus tôt, à l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, avait continué d’adopter un ton dur vis-vis de la « diplomatie du sourire » choisie par le nouveau président iranien Hassan Rohani qu’il a qualifié de « loup déguisé en mouton ». Israël exhorte sans relâche, et ce depuis des années, la communauté internationale à ne pas alléger les sanctions contre l’Iran, au contraire, affirmant qu’il ne suffit que de quelques mois pour que la République islamique soit en possession de l’arme atomique, malgré l’accord historique du 24 novembre, tout de même accueilli avec un optimisme prudent par la communauté internationale.

Et comme cet accord est intervenu dans un contexte de méfiance entre les États-Unis et les monarchies du Golfe face au conflit syrien, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG - Bahreïn, Koweït, Oman, Émirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite), tout en estimant qu’une détente américano-iranienne peut contribuer à la sécurité régionale, ont néanmoins montré leur irritation face à ce dégel diplomatique pour le moins inattendu. De nombreux experts ont en effet jugé que maintenant que la pression internationale sur l’Iran devrait se relâcher, la République islamique va chercher à élargir son influence régionale et à s’ingérer davantage dans les affaires de ses voisins, sans oublier son soutien inébranlable au régime de Damas. Début décembre, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a voulu rassurer les pays du Golfe lors d’une tournée diplomatique dans cette région, assurant que l’accord sur le nucléaire ne s’était fait aux dépens d’aucune monarchie.

 

« Vendre » l’accord à domicile
Pendant ce temps, les discussions entre experts, devant reprendre après Noël, sur l’application de l’accord « progressent mais lentement », a estimé récemment un haut responsable iranien. Et il reste que l’accord de Genève, le plus important dégel dans les relations américano-iraniennes depuis plus de trois décennies, n’est qu’un premier pas sur une route longue et tortueuse. « Le président américain Barack Obama pas plus que le guide iranien ne risquent rien à titre personnel compte tenu de l’autorité constitutionnelle du premier et du prestige entourant la personne du second. En revanche, leurs négociateurs doivent maintenant convaincre leurs opinions publiques respectives qu’un accord même imparfait est préférable à pas d’accord du tout », écrit John Kemp, éditorialiste pour Reuters. « Les six à douze mois à venir seront un test pour les capacités des dirigeants des deux pays à “vendre” cet accord à domicile ainsi que pour leurs talents de négociateurs. » Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, estime de son côté que si la ligne Rohani s’imposait, « l’Iran pourrait passer en quelques années du statut de pays étranglé par les sanctions à celui d’État préémergent, avec un potentiel énorme ». Se réjouissant, dans les colonnes de Libération cette semaine, de la perspective de « réinsertion de l’Iran dans le jeu international », ce spécialiste des questions géopolitiques prône « la vigilance avec les groupes qui voudront torpiller l’accord ». « Je serai étonné que pendant la période intérimaire, aucune tentative n’ait lieu pour faire avorter le processus », prédit-il.

 

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