Le monde en 2013

La France, pays occidental le plus interventionniste en 2013

Rétrospective
OLJ/AFP
03/01/2014

En première ligne au Mali et en Centrafrique, velléitaire en Syrie, pugnace dans le dossier iranien : la France a acquis en 2013 le statut, réservé de coutume aux États-Unis, de pays occidental le plus interventionniste.

Paradoxe : la France adopte une position « guerrière » inhabituelle sur la scène internationale au moment où elle semble sur le déclin, entre difficultés à boucler son budget militaire, perte d’influence économique et apparition de nouveaux acteurs sur la scène internationale.

« La France a montré qu’elle était devenue ces dernières années le plus faucon des pays occidentaux sur les dossiers au Proche-Orient et dans la région », résume Hussein Ibish, analyste à Washington du groupe de réflexion American Task force on Palestine.

Et en Afrique, sa toute dernière intervention – l’opération « Sangaris » en Centrafrique – a définitivement posé la question du retour de l’ancienne puissance coloniale en « gendarme de l’Afrique ».

Hussein Ibish rappelle que la France a « poussé pour une intervention en Libye » en mars 2011, a « envahi et sauvé le Mali » au début de l’année, « était la plus enthousiaste à l’idée de frappes contre les sites d’armes chimiques en Syrie » en août. Et sur l’Iran, elle a ferraillé pour empêcher un « jeu de dupes » sur le programme nucléaire iranien, pesant de tout son poids pour convaincre Européens et Américains de demander plus de concessions à Téhéran.

Le lancement de l’opération « Sangaris » après le feu vert de l’ONU pour rétablir l’ordre dans une Centrafrique sombrant dans le chaos est le dernier épisode de cet activisme de Paris dans le monde. « La Côte d’Ivoire en 2011, le Mali début 2013 et aujourd’hui la Centrafrique : jamais, sans doute, la France n’a fait preuve d’un tel activisme militaire sur un temps aussi court pendant que d’autres pays – la Chine, l’Inde, la Turquie – investissent à tout-va », a constaté Libération à l’instar de l’ensemble de la presse française.

 

« Ambitions mais moyens limités »
Pendant près de 50 ans, la politique étrangère de la France avait suivi la doctrine instaurée par le général Charles de Gaulle visant à placer à bonne distance les géants soviétique et américain, et Israël. Ce non-alignement a perduré sous le président socialiste François Mitterrand et culminé en 2003 lors du « non » de Jacques Chirac à l’invasion de l’Irak de Saddam Hussein.

Il y a dix ans, les républicains américains criaient au boycott de la France et qualifiaient les Français de « singes capitulards bouffeurs de fromage ». Aujourd’hui, l’influent sénateur américain John McCain tweete « Vive la France » à propos du bras de fer mené avec l’Iran. Que s’est-il passé entre-temps ?

La gestion offensive – similaire – de Nicolas Sarkozy et de François Hollande a accompagné un renouvellement de générations aux Affaires étrangères, dans l’armée et les services secrets. La nouvelle a grandi dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 à New York et fait ses armes dans la lutte antiterroriste, notamment en Afghanistan et au Sahel.

Paris a aussi profité en partie du « vide » relatif laissé par les États-Unis au Moyen-Orient. Après une décennie de guerres en Afghanistan et Irak, Washington a rapatrié ses GI, réorientant son action sur l’Asie. « Les pays comme la France connaissent très bien l’équilibre des pouvoirs au Proche-Orient et ils veulent protéger leurs intérêts », souligne Alireza Nader, expert du centre de réflexion RAND. « Il ne s’agit pas seulement du programme nucléaire (iranien), mais également de calculs de pouvoir et d’équilibre. La France protège la sécurité d’Israël, mais a aussi des liens étroits avec l’Arabie saoudite et les pays du Golfe », dit-il.

En août, la Syrie a toutefois brutalement ramené les Français au principe de réalité. Après la mort de 1 500 personnes tuées par des armes chimiques près de Damas, la France pensait avoir convaincu les États-Unis de lancer des frappes sur les installations militaires syriennes. Mais une reculade à la dernière minute de Barack Obama a laissé François Hollande seul en première ligne, l’obligeant à baisser pavillon.

Cruel constat de l’analyste arabe Mustapha al-Ani, du Gulf Research Centre : la France « n’a pas les moyens de sa politique » au Proche-Orient, car sa diplomatie « reste tributaire de la politique des États-Unis ».

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