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À La Une - Liban

Libanais à l'étranger : le gouvernement approuve un mécanisme de rapatriement

Le cabinet approuve en outre une aide de 400.000 LL pour les familles "dans le besoin".

Réunion du Conseil des ministres au Grand Sérail, le 31 mars 2020. Photo Dalati et Nohra

Après plusieurs jours de surenchère politique, le gouvernement libanais a approuvé mardi le principe d'un mécanisme de rapatriement des Libanais se trouvant à l'étranger et qui souhaitent revenir au pays, alors que l'aéroport de Beyrouth est fermé pour endiguer la propagation du coronavirus.

Le mécanisme a été élaboré par la commission chargée de ce dossier. Composée des ministres de la Défense, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, des Affaires sociales, des Travaux publics et de la Santé, elle s'est réunie sous la présidence du Premier ministre Hassane Diab avant le Conseil des ministres. Selon ce mécanisme, le retour des ressortissants libanais bloqués à l'étranger devrait débuter le 5 avril prochain.

"Le gouvernement est attaché à la protection des Libanais. Tout retour des Libanais de l'étranger doit respecter les conditions et les règles sanitaires", a déclaré la porte-parole du gouvernement, la ministre de l'Information Manal Abdel Samad à l'issue du Conseil des ministres, appelant à la "coopération, loin de toute autre considération".

Le plan de rapatriement, sur lequel des modifications seront toutefois apportées "ces deux prochains jours" selon Mme Abdel Samad qui n'a pas donné plus de précisions, s'étend sur deux phases au moins. La première prévoit que 10.000 Libanais seront rapatriés entre le 5 avril, date d'arrivée des premiers vols en provenance de l'étranger, et le 12 avril. Dans une deuxième phase, le reste des personnes n'ayant pas encore été rapatriées pourront revenir au Liban entre le 27 avril et le 4 mai.

Le ministre des Affaires étrangères Nassif Hitti avait indiqué plus tôt dans la journée qu'environ 20.000 Libanais souhaitant revenir s'étaient inscrits auprès des ambassades et des consulats du Liban à travers le monde.


Les détails du mécanisme
Dans les détails, les Libanais souhaitant rentrer devront s'inscrire auprès des services consulaires libanais dans les pays d'accueil avant le 2 avril. Ils peuvent également s'inscrire sur le site du ministère libanais des Affaires étrangères.

Les personnes ayant de graves problèmes de santé (cancer, diabète, tension, asthme...), les personnes de plus de 60 ans, les enfants de moins de 18 ans seront considérés comme prioritaires. Suivront dans un deuxième temps, les personnes dans une "situation sociale" délicate et celles dont les permis de séjour temporaires et à courtes durées dans les pays d'accueil arrivent à terme.

Ceux qui souhaitent revenir seront testés au départ de l'étranger. Les personnes testées négatives pourront alors embarquer dans les avions, où seront présents des équipes médicales et des représentants de la Sûreté générale. Les personnes testées positives ne pourront pas embarquer dans ces premiers avions. A l'intérieur des appareils, les passagers seront espacés d'un siège afin de respecter les impératifs de distanciation. 

A leur arrivée à l'aéroport de Beyrouth, les personnes âgées et celles souffrant de maladies seront transportées dans des salles spéciales et subiront des tests médicaux. Les rassemblements pour accueillir les arrivants seront interdits. Des dispositions différentes seront mises en place selon qu'il s'agisse de personnes seules ou de familles.

Ces passagers seront suivis pendant leur transfert entre l'aéroport et les lieux de confinement, à leur domicile ou dans les espaces aménagés dans les régions. La Croix-Rouge sera mobilisée dans ce cadre. Les rapatriés ne pourront quitter leur lieu de confinement qu'au bout de 15 jours et après autorisations des services de l’État.

Le mécanisme précise par ailleurs que les billets d'avion seront à la charge des passagers. La commission estime cependant que ces Libanais se trouvant à l'étranger doivent privilégier de rester dans ces pays lorsque cela est possible.



(Lire aussi : Le retour des Libanais de l’étranger, entre surenchère politique et souci humanitaire, le décryptage de Scarlett HADDAD)



Ces derniers jours, les parrains politiques du cabinet Diab ont plaidé en faveur du rapatriement des Libanais bloqués à l'étranger. Samedi, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait appelé le gouvernement à organiser "un rapatriement étudié, sûr et rapide". Le même jour, le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste) Gebran Bassil avait appelé les responsables à "donner au gouvernement un délai suffisant mais limité dans le temps".

Le président du Parlement et leader du mouvement Amal, Nabih Berry, très influent au sein de la diaspora libanaise en Afrique, a été le premier à évoquer publiquement ce sujet lors d'un entretien mercredi dernier avec le Premier ministre, que certaines sources ont qualifié de tendu, allant jusqu'à menacer samedi de "suspendre" sa participation au gouvernement.

La veille, M. Diab avait affirmé qu’il n’était pas possible de rapatrier ces expatriés avant le 12 avril, date de la fin en principe de la période de mobilisation générale, et à condition qu'ils passent un test de dépistage montrant qu'ils ne souffrent pas du coronavirus.

Selon les derniers chiffres officiels publiés sur le site du ministère de l'Information dédié au coronavirus, le Liban compte 463 cas depuis l'apparition de la pandémie dans le pays le 21 février dernier, dont 12 décès et 7 malades dans un état critique. Le nombre actuel de personnes contaminées s'établit donc à 416. Trente-cinq autres personnes ont été guéries jusqu'à présent.



(Lire aussi : Les Libanais de l’étranger, « de véritables bombes à retardement », pour Abou Charaf)


Aide de 400.000 LL
Par ailleurs, le gouvernement a approuvé le déblocage d'une aide de 400.000 livres libanaises pour les familles dans le besoin, notamment celles dont des membres ont perdu leur emploi en raison de la crise économique, que la propagation du coronavirus a aggravée, a précisé Manal Abdel Samad.

Déjà confrontées à une crise socio-économique sans précédent, les classes les plus défavorisées du pays ont été frappées de plein fouet par la fermeture imposée dans le cadre de la mobilisation générale pour endiguer l’épidémie de coronavirus. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les manifestations qui se sont produites dimanche soir à Hay el-Sellom, dans la banlieue-sud de Beyrouth, ainsi que dans plusieurs quartiers populaires et pauvres de Tripoli, en violation du couvre-feu.

"Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de renforcer l'application des mesures prévues dans la mobilisation générale, car les rapports de ces deux derniers jours sont inquiétants, notamment dans certaines régions où certaines personnes se sont comportées comme si de rien n'était", a indiqué dans ce cadre la porte-parole du cabinet.

Lundi, le chef druze Walid Joumblatt avait mis en garde contre une "explosion sociale" et proposé un plan économique en faveur des populations défavorisées. Le gouvernement avait lancé, la semaine dernière, un plan "d’aide sociale durable" de 12 milliards de livres (environ 6 millions de dollars, au taux de 2.000L.L./dollar), pour venir en aide aux catégories sociales les plus lésées par les mesures de confinement.



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