Liban

Libanais bloqués à l'étranger : Berry menace de "suspendre" sa participation au gouvernement

Le chef du Parlement donne au cabinet de Hassane Diab jusqu'à mardi pour revenir sur sa position.

Le président du Parlement libanais, Nabih Berry, le 6 novembre 2017 au siège de la Chambre. Photo d'archives Dalati Nohra/Handout via REUTERS

La question du rapatriement des Libanais bloqués à l'étranger à cause de mesures restrictives pour lutter contre le coronavirus continuait de faire des remous sur la scène politique locale, le président du Parlement, Nabih Berry, menaçant de "suspendre la participation" de sa formation, le mouvement Amal, au gouvernement du Premier ministre Hassane Diab.

"Alors qu'on renie notre autre moitié, à savoir notre diaspora qui a fait de nous un empire (...), et si le gouvernement persiste dans sa position au sujet des expatriés après mardi prochain, nous suspendrons notre participation au cabinet", a menacé M. Berry, selon un communiqué de son bureau de presse publié samedi après-midi.

De manière officieuse, Nabih Berry a été le seul chef de file politique à nommer un ministre membre de son parti, le ministre Abbas Mortada, chargé des portefeuilles de l’Agriculture et de la Culture, même si son appartenance au mouvement Amal n’a pas été officiellement confirmée. À ceux qui lui ont demandé la raison de son choix, Nabih Berry aurait répondu qu’il voulait montrer que sa position de réclamer un gouvernement techno-politique était la bonne, explique notre journaliste Scarlett Haddad, alors que le mouvement de contestation populaire, qui a poussé Saad Hariri et son gouvernement à démissionner, réclamait un cabinet non affilié aux partis politiques.



(Lire aussi : Derrière le gouvernement, l’ombre de Berry..., le décryptage de Scarlett Haddad)



Conseil des ministres mardi
Malgré la multiplication des appels au rapatriement ces derniers jours, le Premier ministre Hassane Diab a affirmé vendredi que les Libanais se trouvant actuellement coincés à l'étranger ne pourront pas revenir au Liban avant le 12 avril prochain. Cette date est celle de la fin de la mobilisation générale, prolongée de deux semaines jeudi lors du Conseil des ministres, dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus au Liban. L'aéroport de Beyrouth est également fermé jusqu'à cette date. 

Jeudi, pourtant, le chef de la diplomatie libanaise, Nassif Hitti, avait indiqué que les Libanais se trouvant à l'étranger pourraient rentrer au Liban, à condition de subir au préalable des tests de dépistage pour éviter tout risque de propagation du nouveau coronavirus dans le pays où plus de 400 cas ont été enregistrés jusque-là, dont huit décès.

Ce dossier polémique sera abordé lors d'un Conseil des ministres prévu mardi à 14h au Sérail. "Nous espérons que tous les détails de cette affaire du retour des Libanais coincés à l'étranger seront éclaircis mardi", a dans ce contexte affirmé le ministre des Affaires étrangères à la chaîne d'informations locale LBC. De son côté, le ministre de l'Industrie, Imad Hoballah, a indiqué que "la décision a été prise et les différentes étapes de son application seront annoncées mardi". "La première étape consiste à vérifier la situation sanitaire des personnes souhaitant rentrer afin de préparer au mieux les mesures de protection et de prévention. D'autres mesures s'appliqueront aux personnes dont les tests montreront qu'elles sont contaminées, et elles devront peut-être être soignées à l'endroit où elles se trouvent", a ajouté M. Hoballah.

Lors d'une réunion de travail au Sérail, le Premier ministre a réitéré qu'il était en faveur "d'un retour sécurisé" des expatriés qui le souhaitent. "Le ministre de la Santé Hamad Hassan et une équipe d'urgence sont en train de préparer un mécanisme de rapatriement adéquat, avec l'obligation de passer des tests", a ajouté M. Diab. Les ministres ont soulevé au cours de cette réunion "la responsabilité nationale du gouvernement de protéger de l'épidémie tous les Libanais, à l'intérieur du pays et au dehors".

Une conférence de presse qu'était censé tenir le ministre de la Santé avec son collègue des Affaires étrangères, Nassif Hitti, samedi à 13h, a dans ce contexte été reportée à une date ultérieure, sans plus de précisions.


(Lire aussi : La position du gouvernement sur les rapatriements fortement critiquée)



La gestion par le gouvernement de ce dossier a été critiquée par plusieurs responsables de l'opposition, mais également par le président du Parlement, Nabih Berry, qui a appelé vendredi le cabinet Diab à se réunir "le plus rapidement possible" afin de réétudier cette question, mettant en avant le fait que des Libanais se trouvent dans des régions "ne disposant pas d'hôpitaux et ne suivant pas les règles les plus élémentaires en matière de soins de santé". Critiquant la décision prise jeudi par le gouvernement de ne permettre le retour que des Libanais ayant effectué un test de dépistage, M. Berry avait déclaré à ce sujet : "Les tentatives de dilapider les dépôts de ces expatriés via l'adoption d'une loi régulant les contrôles des capitaux ne suffisent-elles pas ?" Il a encore reproché au gouvernement de vouloir "faire supporter" aux expatriés souhaitant rentrer au Liban "le coût de leur retour, qu'il soit financier ou médical".

Pour sa part, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui critique régulièrement le gouvernement, a déploré samedi la position de celui-ci vis-à-vis de la diaspora libanaise. "La position du gouvernement libanais, jusqu'à présent, vis-à-vis des Libanais expatriés aux quatre coins du globe et qui cherchent à renter dans leur pays est extrêmement honteuse (...) surtout que ces Libanais ont affirmé à plusieurs reprises qu'ils étaient prêts à payer les frais de voyage et ceux de leur mise en quarantaine une fois de retour", a écrit M. Geagea sur Twitter. "Le gouvernement doit prendre une décision très rapidement afin d'organiser des vols de retour pour les expatriés dans ces circonstances exceptionnelles", a conclu le chef des FL.

Le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste) Gebran Bassil a, lui, appelé les responsables à "donner au gouvernement un délai suffisant mais limité dans le temps" pour traiter cette question polémique. "Le Liban ne peut pas ignorer ses expatriés", a déclaré M. Bassil, ex-ministre des Affaires étrangères, prenant la parole depuis sa demeure, alors que le pays est confiné pour faire face à la propagation du coronavirus. "Au lieu de perdre du temps en discutant de la possibilité ou pas de rapatrier les expatriés et à faire de la surenchère politique et populaire, il faut mettre sur pied rapidement un mécanisme de retour sûr", a-t-il ajouté. Il a appelé à ce que ce plan ne fasse aucune distinction entre les expatriés souhaitant rentrer, en couvrant les frais de retour. "Le cabinet doit mettre en place un protocole médical, social et financier, et assurer que les personnes puissent passer des tests de dépistage à l'étranger", a-t-il souligné. "Assurer le retour des expatriés est une question indiscutable, ce droit est consacré par la constitution", a ajouté le chef du CPL. Et d'ajouter que les Libanais de la diaspora doivent toutefois comprendre qu'il est impossible de faire revenir tous les expatriés d'un coup, immédiatement, mais qu'une telle procédure doit se mettre en place progressivement.

Il a été secondé par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a appelé dans un discours à un rapatriement "sûr, rapide et étudié". 


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La question du rapatriement des Libanais bloqués à l'étranger à cause de mesures restrictives pour lutter contre le coronavirus continuait de faire des remous sur la scène politique locale, le président du Parlement, Nabih Berry, menaçant de "suspendre la participation" de sa formation, le mouvement Amal, au gouvernement du Premier ministre Hassane Diab.

"Alors qu'on renie notre...

commentaires (10)

Je croyais que le gouvernement était NON PARTISAN... Pour dire que même avec une crise pareille, tout est bon pour mousser (à en rendre baveuse) la partisannerie... (mot français largement utilisé au Québec)

Christian Samman

20 h 44, le 28 mars 2020

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Commentaires (10)

  • Je croyais que le gouvernement était NON PARTISAN... Pour dire que même avec une crise pareille, tout est bon pour mousser (à en rendre baveuse) la partisannerie... (mot français largement utilisé au Québec)

    Christian Samman

    20 h 44, le 28 mars 2020

  • Berry sait tres bien que cest une mission presque difficile et tres couteuse... mais il fait son cinema rares sont les pays qui rapatrient a ce state de confinement

    Jack Gardner

    20 h 13, le 28 mars 2020

  • HYPOCRISIE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 01, le 28 mars 2020

  • Chiche ! Vivement , enfin

    FAKHOURI

    17 h 22, le 28 mars 2020

  • Que M. Berri relaie le Hebzollah pour défendre les Libanais d'Afrique de l'ouest, je comprends (même s'il n'a pas toujours montré tant d'empathie pour ces expats si généreux), mais qu'il en fasse matière à crise politique, c'est problématique et ça démontre un manque de maturité politique incroyable. L'attitude du gouvernement est sage: il ne faut pas importer des cas de coronavirus au risque de saturer les hôpitaux libanais. Les personnes sur place qui auraient besoin d'être soignées ne pourraient plus y avoir accès avec les conséquences qu'on redoute. Ici, malgré les engagements de Le Drian, il n'y a pas eu de rapatriement de Français de l'étranger. Et les hôpitaux crient au secours craignant d'avoir un jour à trier entre les malades!

    Marionet

    17 h 20, le 28 mars 2020

  • Berry menace de suspendre sa participation au gouvernement. Oh si on savait avant on aurait anticipé la venue du virus rien que pour nous débarrasser de sa présence tellement nuisible. Allez pour une fois il faut tenir parole. Bon vent. En attendant il va falloir trouver le moyen de fâcher HN aussi et on aura enfin un pays digne de ce nom...

    Sissi zayyat

    17 h 14, le 28 mars 2020

  • "... nous suspendrons notre participation au cabinet, a menacé M. Berry ..." Oh oui, oui, oui, oui, ouiiiii !!! Merci merci merci. Chiche!

    Gros Gnon

    16 h 27, le 28 mars 2020

  • Le transport aérien a été et restera le plus rapide chemin coupable d'importer le virus. Tous les pays ont tardivement décidé d'arrêter ce trafic. Ceux qui veulent revenir ne sont pas seulement des étudiants à l'étranger, mais des libanais de la diaspora. Soyez les bienvenus, mais sans virus. Les moyens ici ne semblent pas beaucoup mieux qu'ailleurs.

    Ô Liban

    15 h 51, le 28 mars 2020

  • M. Berry, ne nous lâchez pas comme ça. Nous ne pourrons jamais trouver un remplaçant qui soit expert à la fois en Culture et en Agriculture. Walaw !

    Remy Martin

    15 h 37, le 28 mars 2020

  • Envoyez Iran air les chercher , avec les passagers venus de Téhéran !

    LeRougeEtLeNoir

    15 h 14, le 28 mars 2020