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La « thaoura » est femme : la preuve par 8

Aux premiers balbutiements du mouvement de contestation, une jeune femme donne un coup de pied dans l’entrejambe d’un garde du corps armé. Par ce geste ô combien courageux, les tabous s’effritent, le mur de la peur commence à s’écrouler. La femme devient le pilier et le moteur de la révolution d’octobre 2019, et les artistes, en dessins, peintures, affiches ou photographies, n’ont de cesse de lui rendre hommage.

Nour thawra

Dessin

« My Fat Lady », superhéroïne engagéeElle a suivi toutes les étapes du soulèvement du 17 octobre. Flanquée du drapeau libanais, se frayant un passage pour assister à tous les moments forts de la thaoura, My Fat Lady, personnage ludique et fédérateur créé par Ghida Younès en 2013, en est presque arrivée à nous faire oublier que derrière ses rondeurs réconfortantes, se cachent l’imagination et l’humour débordant de sa créatrice. « Je ne peux pas l’obliger à faire quelque chose dont elle n’est pas convaincue. Elle est très intuitive », assure Ghida Younès avec son sourire légendaire. Et de poursuivre : « Je n’ai pas pu assister à toutes les protestations. Elle a été plus présente que moi. » Hormis la vingtaine de mises en situation peintes depuis le 17 octobre, on retient notamment cette image très parlante de My Fat Lady qui vole au secours du « poing levé » devenu totem de la révolution. Au-delà des sourires qu’elle réussit à arracher aux uns et aux autres, c’est un hommage poignant à une révolution qui se conjugue plus que jamais au féminin. 


(Lire aussi : Frères et sœurs d’armes, Un peu plus de Médéa AZOURI)


Sculpture

Pour Pierre Abboud, la « révolution est une femme »


Architecte d’intérieur et designer, expatrié à Dubaï, Pierre Abboud commence par participer au mouvement de soulèvement du peuple libanais, de loin, à travers des dessins caricaturaux de politiciens qu’il poste sur son fil Instagram. Jusqu’au décès de Ala’ Abou Fakhr. L’image de son épouse, Lara, à la fois dévastée et forte, accrochée à sa main dans son cercueil, le bouleverse. Il ressent le besoin de venir à Beyrouth afin de contribuer sur place à cette révolution.

Artiste à ses heures perdues et très sensible aux problèmes de l’environnement, il décide de réaliser une œuvre à la fois hommage au rôle « impressionnant » de la femme dans cette révolution et à l’esprit écologique des manifestants, dont il découvre la tente pour le recyclage des déchets. C’est ainsi qu’il fait construire un squelette en fer de 3,80 mètres de hauteur sur une base de 1,50 m, qu’il couvrira de plus de 800 bouchons de bouteilles d’eau, 1 000 canettes de soda et une centaine de « becs » de narguilé récupérés sur place… Pour en faire une sculpture de femme au drapeau trônant place des Martyrs, à deux pas du poing, totem de la révolution.




Emblème

Laure Ghorayeb : « la téta » de la révolution


Patrick Baz, dans son entreprise de tirer le portrait des révolutionnaires d’octobre 2019, ne pouvait pas louper Laure Ghorayeb. En posant pour lui, le drapeau libanais enroulé autour de ses épaules, l’artiste et ancienne journaliste d’an-Nahar, âgée de 88 ans, est devenue l’une des figures emblématiques de ce soulèvement historique.

En réalité, tout a commencé par une autre image. Celle de cette même petite femme aux boucles blanches assise dans un fauteuil placé en plein milieu du Ring et entourée d’une « cour » de jeunes manifestants qui lui scandent « La 3younik el-thaoura. ya teta » (On la fera pour toi la révolution, grand-mère).

Ce jour-là, Laure Ghorayeb était spontanément descendue dans la rue pour « soutenir ces jeunes qui réclament, avec tellement d’intelligence leur droit à un avenir meilleur », affirmait-elle les yeux débordant d’émotion. En retour, ils en ont fait leur « téta de la révolution ».

Sans doute l’une des plus attendrissantes images de cette « thaoura » !



Graffiti

Roula Abdo : sa Marianne au bout du pinceau


Lorsque la révolution commence à prendre forme le 17 octobre 2019, l’artiste Roula Abdo était en pleine conception d’une peinture murale à Hamra. Contrainte d’interrompre la réalisation de son œuvre, elle refuse toutefois de lâcher son pinceau, disant avoir « ressenti le besoin de participer à la révolution, mais à (sa) manière ». Ainsi, au sein de Art of Change, une organisation dont l’objectif est d’encourager et de promouvoir le street art, Roula Abdo taloche de peinture plusieurs murs de Beyrouth. Et depuis le 6 novembre, il est difficile de fouler la place des Martyrs sans s’arrêter sur son dessin d’une femme sereine et conquérante, sorte de Marianne libanaise, qui semble porter en étendard ce slogan désormais inoubliable : La révolution est une femme. Cette femme qui, « seule, a permis de briser le mur de la peur », dixit Abdo.


(Lire aussi : La révolte libanaise devra se faire révolution ou mourir)



Illustration

Alwan Salma est toutes les femmes


Toutes religions confondues, elles sont six femmes qui se tiennent par les épaules, par les coudes et par la foi. Elles tournent le dos à la pollution, à la corruption et à l’injustice, regardent loin devant elles, là où la révolution va les porter et porter leurs enfants. Cette illustration graphique est réalisée par les ateliers Alwan Salma. Postée sur les réseaux sociaux, elle a été très applaudie et partagée, symbolisant l’unité des femmes manifestant pour leurs droits les plus basiques. Établi dans le quartier de Mousseitbeh sur trois étages, le studio de création et d’artisanat Alwan Salma est une ruche qui héberge des ateliers destinés à tous les âges pour aider les gens à découvrir de nouveaux intérêts et de nouveaux talents. Les cours comprennent le crochet, la broderie, le patchwork, la peinture, le dessin, la calligraphie arabe, pour les adultes et pour les enfants.




Poster

Lamia Ziadé affiche la « thaoura »



Sur les murs de Beyrouth, des affiches pas comme les autres : portraits d’une femme au style rétro, la bouche figée dans un cri dont l’écho résonne aux tréfonds de l’âme. Son auteure, l’artiste et illustratrice Lamia Ziadé, souligne à ce propos : « Ce dessin, je ne l’ai pas du tout fait pour la thawra, il est tiré de l’un de mes livres, Ô nuit, ô mes yeux. La styliste Milia Maroun, qui l’avait déjà reproduit il y a un an sur l’une de ses pièces uniques, a eu la bonne idée de le mettre en rouge (à l’origine, le dessin est bleu !) et d’y associer le mot thaoura. Milia voulait l’imprimer sur des tee-shirts, mais le côté un peu mode d’un tee-shirt me tentait moyennement dans ces moments de lutte aussi intenses et historiques. Je préférais les murs de Beyrouth... Cadre beaucoup plus proche de moi et de mon travail. L’art de l’affiche engagée m’a toujours fascinée... J’ai d’ailleurs beaucoup reproduit, dans mon livre Ma très grande mélancolie arabe, des affiches qui ont, en d’autres temps, recouvert les murs de Beyrouth... »


(Lire aussi : Rémie Akl : Vous attendez quoi pour descendre dans la rue ?)



Hashtag

 « #Techno-nisaiyyeh » pour une parité ministérielle


À deux jours des consultations parlementaires, entre le mouvement de contestation qui réclame un gouvernement de technocrates indépendants et les autorités actuelles qui insistent sur la formation d’un cabinet techno-politique, il est opportun de (re) brandir ce slogan/demande qui a circulé sur les réseaux sociaux sous un hashtag : « Nous voulons un gouvernement #techno-nisaiyyeh. Savez-vous que depuis l’indépendance en 1943, 75 cabinets se sont succédé et seulement sept d’entre eux comptaient des femmes ministres ? fait remarquer une militante féministe. Les femmes ne sont pas uniquement le pilier de la “révolution”, elles en sont une composante essentielle. La thaoura est également une révolte contre toutes sortes d’inégalités, contre le système patriarcal et les formes de domination traditionnelles. Oui à la participation des femmes dans la prise des décisions et dans un gouvernement techno-féminin. »



Hymne national

Dar Onboz, où les femmes et les hommes grandissent

Le 24 octobre 2019, la maison d’édition Dar Onboz publie sur son fil Instagram la phrase suivante : « Il est temps de dire dans notre hymne national : un lieu où les femmes et les hommes peuvent grandir. » En référence aux paroles originales mentionnant uniquement les hommes. Explications de l’artiste et éditrice Nadine Touma : « Dans cette déclaration, j’ai voulu désigner la femme en tant que genre féminin et pas dans le sens de “gender” (compris comme une critique des rôles de l’homme et de la femme tels qu’ils sont établis par la société) ou l’utilisation de “lil rijal” (pour les hommes) pour signifier la force. Pour Touma, la femme est ce féminin qui prouve sa force tous les jours. Plus précisément dans les différents rôles qu’elle tient dans les mouvements de contestation. Une présence qui s’est affirmée tout naturellement. « Il n’y a pas de rupture entre un avant ou un après-17 octobre, c’est une continuité. Rien ne naît du vide. »



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Dessin

« My Fat Lady », superhéroïne engagéeElle a suivi toutes les étapes du soulèvement du 17 octobre. Flanquée du drapeau libanais, se frayant un passage pour assister à tous les moments forts de la thaoura, My Fat Lady, personnage ludique et fédérateur créé...

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LA LIBERTE DE MEME. EN PREUVE LA STATUE DE LA LIBERTE A N.Y.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

00 h 16, le 07 décembre 2019

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Commentaires (1)

  • LA LIBERTE DE MEME. EN PREUVE LA STATUE DE LA LIBERTE A N.Y.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 16, le 07 décembre 2019