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Liban

Le dilemme du Hezbollah : comment riposter sans déclencher une guerre ?

Liban-Israël

Le parti chiite évoque une opération limitée de « dissuasion ».

27/08/2019

Les menaces virulentes adressées dimanche par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, alors que l’État hébreu a étendu sa puissance de feu à la banlieue sud, ont suscité de sérieuses inquiétudes de voir cette nouvelle confrontation dégénérer en une guerre globale embrasant toute la région.

Dimanche dernier, Hassan Nasrallah, dont les promesses sont généralement tenues à la lettre, a assuré à qui veut l’entendre que son parti ne se laissera pas faire. Le chef du parti chiite l’a clairement dit : l’attaque qui a visé, pour la première fois depuis 2006, « une cible dans la banlieue sud » mais aussi et surtout l’assassinat la veille de deux combattants du parti près de Damas viennent d’inaugurer une nouvelle phase « imposée par l’ennemi », à laquelle le Hezbollah ne tardera pas à répondre.

« La question de la riposte est acquise et bien loin derrière nous. Il s’agit de savoir maintenant quels en seront le timing, la cible et la forme », affirme à L’Orient-Le Jour le chef du bureau de communication du parti, Mohammad Afif.

Selon les informations qui circulent dans les milieux proches du Hezbollah, la « cible » évoquée par le secrétaire général serait une personnalité du Hezbollah de grande envergure et non le centre de communication du parti où l’un des drones a explosé. Une information qui, selon le journaliste Kassem Kassir, proche des milieux du parti chiite, « n’est pas encore officielle ».


(Lire aussi : Le premier drone tombé dans la banlieue sud était piégé, selon le Hezbollah)


À maintes reprises, le chef du Hezbollah avait laissé entendre que toute agression contre des combattants du parti ne restera pas impunie. Ce fut notamment le cas après l’assassinat en janvier 2015 de Jihad Moghniyé dans le Golan syrien, puis de Samir Kantar près de Damas en décembre 2015, tous deux vengés par des opérations menées contre Israël à Chebaa.

Ce ne sera pas le cas cette fois-ci, a prévenu Hassan Nasrallah, qui a affirmé que la riposte se fera à partir du Liban mais pas en direction de la région frontalière, laissant entendre que les règles du jeu ont changé de son côté également maintenant que la banlieue sud est frappée en plein cœur – une première depuis 2006 – et qu’une riposte localisée n’est plus de mise au vu de l’ampleur de la double agression subie par le Hezbollah ces derniers jours.

Autre point marquant suscité par le leader chiite dans son discours, l’idée que le gouvernement libanais ne pourra pas empêcher le parti de riposter ou d’arrêter le processus. « Nous, la résistance, nous ne permettrons pas une démarche de ce type, quel qu’en soit le prix. Le temps où des avions israéliens venaient frapper une cible au Liban est révolu », a-t-il dit. Il s’agit d’un rappel on ne peut plus clair que la décision de la guerre et de la paix revient au Hezbollah et non à l’État libanais.


(Lire aussi : Le Moyen-Orient à l’heure de la guerre des drones)


« L’idée que le Hezbollah a les pieds et les poings liés par ses partenaires au gouvernement, une situation sur laquelle misaient jusque-là aussi bien Israël que les États-Unis, est révolue pour le Hezbollah depuis ces derniers développements. C’est une affirmation très puissante », commente Amal Saad, professeure de sciences politiques à l’Université libanaise et experte dans les affaires liées au parti chiite. Selon elle, la politique de dissuasion que pratiquaient notamment « la rue chrétienne », comprendre le camp aouniste, à l’encontre de leur allié chiite, n’est plus de mise.

S’il n’y a quasiment plus de doute au sujet d’une éventuelle riposte aux actes de belligérance israéliens, il reste à voir quelle sera l’ampleur de cette riposte et dans quelle mesure elle peut servir les intérêts du Hezbollah que les États-Unis œuvrent depuis des mois à asphyxier par une batterie de sanctions douloureuses. Une stratégie relayée par l’État hébreu, qui semble de son côté décidé à contribuer à cette politique d’encerclement par des opérations militaires ponctuelles visant l’ensemble des milices pro-iraniennes dans la région.

Placé devant le fait accompli, le Hezbollah devra toutefois faire preuve de prouesse dans sa riposte qui soit à la mesure des agressions subies, sans pour autant réveiller les démons d’une guerre régionale aux conséquences désastreuses.


(Lire aussi : Sleiman à « L’OLJ » : Nasrallah ne veut pas d’une stratégie de défense)


Selon M. Afif, l’opération militaire que compte mener le parti chiite sera « une action dissuasive qui vise précisément à empêcher une guerre globale », qui entraînerait toute la région dans son sillage. De l’avis de nombreux analystes, la riposte devra donc être ponctuelle, assez douloureuse pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui prépare d’ores et déjà par le biais d’actions militaires régionales sa campagne électorale. Elle ne sera certainement pas destinée à déclencher des hostilités globales, estime-t-on presque unanimement.

« Ni le Hezbollah ni Israël ne veulent s’aventurer dans une guerre coûteuse qui ne peut plus désormais se confiner au Liban et à Israël, d’autant que les fronts au Liban, en Irak et en Syrie sont désormais unis », rappelle Mme Saad.

Selon elle, la riposte aura probablement lieu un peu avant les élections législatives israéliennes, prévues le 17 septembre prochain, « histoire de faire le plus de mal à Benjamin Netanyahu ». « Elle sera de la même ampleur et probablement avec une logistique similaire, c’est-à-dire par le moyen de drones », ajoute-t-elle.

Pour M. Kassir, le Hezbollah est pressé et tenu de réagir le plus tôt possible, afin de « ne pas diluer l’effet de la riposte ». Le timing ne serait donc pas lié, selon lui, à des considérations politiques mais plutôt logistiques, conditionnées par la possibilité de mobiliser les moyens humains et militaires pour mener l’opération dans les conditions définies par le parti.


(Lire aussi : Drones en banlieue sud, carte électorale de Netanyahu)


Même si le Hezbollah cherche à rassurer qu’il n’a aucunement l’intention de s’enliser dans une guerre totale au Liban et ailleurs, une logique que partagerait vraisemblablement Israël, voire les États-Unis, personne ne peut toutefois garantir la portée de ce jeu guerrier autrement dangereux, encore moins les dérapages de part et d’autre. C’est ce qui fera dire à Hilal Khachan, un expert du Hezbollah et professeur à l’AUB, que le parti chiite « n’a pas la possibilité de provoquer une escalade qui sera désastreuse pour son image et pour sa base populaire ».

Le Hezbollah se trouve devant un dilemme cornélien : s’il s’abstient de répondre, il perd la face. Et s’il riposte, il ignore quelle sera la réaction de Benjamin Netanyahu et quelle en sera l’ampleur. « En s’abstenant de répondre, le prix à payer pour le Hezbollah est également élevé, mais certainement moins lourd que s’il devait réagir », conclut M. Khachan.



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LA VERITE

A lire la presse Israelienne l'attaque contre Dahye a ete reussie a 100%

Son objectif etait de detruire un camion qui contenait de
l'electronique qui permettait aux missiles de HB d'etre guide par un GPS sophistique, et ce camion a ete detruit a 100% ( mais evidement personne ne veut en parler car ce serait justifie l'attaque qui devient preventive )

Si cela est vrai, cela ferait suite aux declarations de HN qui a toujours dit qu'il a des missiles teleguides au liban meme malgre les efforts de M Bassil de dementir l'existence de ces missiles

Si cela est vrai, il faut s'attendre a d'autres attaques partout ou HB voudra ameliorer ses missiles avec un systeme de teleguidage sophistique

Et pour bien faire comprendre a HN que ses menaces n'importe pas tellement Israel , Nethanyahou a fait survoler toute la journee des avions et des drones partout au Liban sans aucune peur et evidement avec aucune attaque de HB

Autre raison pour laquelle HB et le gouvernement est furieux est le fait que des collaborateurs ( traitres ) de HB probablement ont indique avec precision le depart et l'arrivee de ce camion et ont probablement teleguide eux memes les drones sur leur cible

camel

Pour la riposte je parie sur un drone

IMB a SPO

Quelqu'un devrait rappeler a Tartarin de Tabascon son "si j'avais su qu'elle serait la reaction..." de 2006.

Bery tus

cela ne vous rappelle pas …juillet 2006 quand l'iran était a des negociation avec les occidentaux !?! commençait le balbutiement d'une entente que Trump a renverser par la suite …….

Rossignol

C’est un vrai dilemme effectivement, le Parti est lâché par l’Iran, Salami l’a clairement dit: « vous etes des grands garçons, vous pouvez battre Israel tous seuls » nous nous avons d’autres chats a fouetter, entre autres trouver des sous pour le peuple. 
Et pas vraiment soutenu par la base arrière.
C’est probablement ce qui a enhardi Israel a envoyer ses mini drones a domicile, ca ne coute pas beaucoup et ca énerve tout le monde.

Pierre Hadjigeorgiou

Hassouna a une fois de plus raté l'occasion de se taire et de se faire petit, tout petit petit car c'est ce qu'il est: Une grenouille qui veut faire croire qu'elle peut être plus grosse qu'un Bœuf! Qu'il continue de manger de ce pain la si cela lui chante, mais de grâce qu'il épargne le Liban et son peuple qui, dans sa majorité, le honnis et ne veut plus l'entendre raconter des bobards. Cote pratique maintenant... Le Hezbollah et l'Iran ont toujours prétendu pouvoir raser Israël de la face de la terre. Ils en ont maintenant la possibilité et la raison. Qu'ils montrent au monde de quoi ils sont capables... Si capables ils sont! Hassan Nasrallah est ce qu'on appelle en bon Libanais "une pistache vide" qui n'a bâti une réputation basée sur des mensonges et des mythes Pyrrhique. Nous n'aurons jamais la paix ni la prospérité tant qu'existeront des partis dont l’allégeance et les idéologies sont étrangères au pays. La guerre aura lieue tôt ou tard et tous s'y préparent. La question, comme tous tendent a dire, c'est le timing. Si le Hezbollah pense qu’Israël va lui laisser le temps de choisir c'est de la naïveté. Le Hezbollah est a présent isole, appauvri et a perdu le support incontestable de ce qu'il a baptisé son environnement. Il n'a même plus cela, ni a l’échelle Arabe, et surtout plus a l’échelle locale. Nasrallah aurait plutôt intérêt a écouter ses détracteurs locaux pour sauver le pays et en particulier les chiites qui auront besoin de beaucoup d'aides si ce dérape!

ON DIT QUOI ?

Il est bien dit que riposte il y aura, et que celle ci sur les poltrons, sera moins couteuse que ne pas riposter du tout .

Le hezb libanais de la résistance voit que cette année a été un succès touristique sans précédent , le pays n'avait jamais reçu autant de visiteurs et une ambiance de feu s'est emparée du Liban , je dirai par conséquents que H.N attend patiemment que les retours se fassent sans panique , et que il fera en sorte que nathanmachintruc se trompe dans ses calculs .

On a toujours remarqué que les élections en pays usurpateur se gagnaient quand on faisait le plus de mal aux palestiniens , cette fois ci elles se perdront parce qu'on aura fait du mal à cette entité belliqueuse.

Entre temps , la résistance possède un panel de riposte, il faut juste qu'elle optimise sa frappe .

Comptez entre le 1er et le 10 Septembre , et préparez vos réponses après l'attaque , ne venez pas pleurer devant le succès de cette vengeance .

QUI RIT VENDREDI PLEURE LE JOUR DU SHABAT .

Beauchard Jacques

Les menaces guerrières du Hezbollah visent Israël mais frappent en premier lieu l'Etat libanais qu'elles détruisent….

Lebinlon

a tous ceux qui croient encore a la "strategie de defense" ou a la "politique de distanciation" (oui, je pense aux doux reveurs harriiriens) reveillez-vous!
A defaut, taisez-vous!
prendre des vessies pour des lanternes n'a jamais mene bien loin en strategie politique.

Irene Said

L'histoire nous relate de nombreux exemples de dirigeants emportés par leur folie des grandeurs, entrainant leur pays et le peuple dans le chaos, mais qui un jour ont été terrassés personnellement par les conséquences de cette folie...!
Irène Saïd

Yves Prevost

La décision de guerre et de paix appartient au Hezbollah et non à l'État. Tout le monde le sait, mais ce n'est pas nouveau, c'était déjà le cas en 2006.
Qu'on ne dise pas que le Hezbollah ayant été agressé à le droit de riposter : c'est entrer dans le système tribal où chacun aurait le droit de se faire justice lui-même.

Zovighian Michel

Nasrallah n’a pas démenti la version Israélienne qui dit avoir bombardé un centre près de Damas qui préparait une attaque de drones contre Israel. Si ceci est est vrai, alors l'attaque de Dahieh pourrait être un avertissement (de cause à effet) et non pas une volonté Israélienne d'élargir le conflit sur territoire Libanais.

L'incident de Damas montre que le Hezbollah ne respecte pas la politique de dissociation et risque d'engouffrer le Liban dans un conflit qui causerait des morts et des blessés, déplacer des centaines de milliers de gens, et détruire l'infrastructure et l'économie du Liban.

Le Hezbollah doit s'expliquer aux Libanais et au President, sur les objectifs et l'étendue de son engagement en Syrie car ce serait une erreur stratégique d'imaginer qu'il peut engager Israel en Syrie et se faire épargner au Liban.

Il y a un langage inquiétant d'acceptation et de justification de qui c’est mit en place dans les medias. Le President devraient communiquer très rapidement à Nasrallah le rejet de toute riposte à partir du Liban. Sinon, on aura besoin d'un nouveau million dans les rues.

Entre temps, est-ce qu'on peut avoir les details sur le drone qui s'est écrasé? Si c'est vrai que sa portée n'est que de cinq kilomètres, il faudrait analyser d'autres scénarios.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RIPOSTER SANS DECLENCHER UNE GUERRE ? MAIS IL NOUS A RABATTU LES OREILLES LUI ET SES MAITRES IRANIENS COMME QUOI IL EST CAPABLE D,EFFACER ISRAEL DE LA CARTE. OH LES FANFARONNADES ! LA RIGOLADE C,EST QUE LA FIN ARRIVE.

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