X

Moyen Orient et Monde

Le Moyen-Orient à l’heure de la guerre des drones

Repères

Plusieurs pays de la région ont fait l’acquisition d’appareils de combat, soit en les produisant eux-mêmes, soit en les important.

27/08/2019

Les drones sont depuis plusieurs semaines au cœur de l’actualité régionale, les incidents impliquant leur utilisation s’étant multipliés à un rythme régulier, particulièrement depuis les regains de tensions entre les États-Unis et l’Iran. Les oléoducs saoudiens, les milices pro-iraniennes du Yémen, d’Irak et de Syrie, Israël ou encore le Liban ont ainsi été instigateurs ou « victimes » d’attaques de drones. Les dernières datent d’hier matin, lorsque des appareils israéliens ont mené des frappes dans la plaine de la Békaa, contre une base du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG), à proximité de la frontière syrienne.

Les drones ont acquis en l’espace d’une vingtaine d’années une place considérable dans le domaine militaire jusqu’à devenir une réalité opérationnelle et un élément indispensable des forces de police ainsi que des forces armées du Moyen-Orient. Dans le contexte militaire, ces drones deviennent des « appareils de combat sans pilote » (UCAV, Unmanned Combat Aerial Vehicle), dont la mission va de l’observation simple (reconnaissance) au combat direct par le lancement de missiles et / ou même d’assassinat ciblé. L’un des exemples le plus significatif est celui de la mort de l’un des principaux leaders des houthis (milice yéménite soutenue par l’Iran), Saleh Ali al-Sammad, en avril 2018, par un drone commandé par l’Arabie saoudite.

La taille, le poids et les fonctions de ces aéronefs se sont diversifiées au fur et à mesure des années, pouvant aller de la taille d’un jouet, avec un poids n’excédant pas quelques centaines de grammes, à celle d’un véritable avion de combat (comme le drone « Reaper » de l’armée américaine), pouvant peser plusieurs tonnes. Ce dernier modèle est similaire à celui que les Iraniens ont abattu en juin dernier au-dessus du détroit d’Ormuz. « Contrairement aux avions de combat, plus lourds, les UCAV peuvent survoler des zones de guerre à basse vitesse pendant des heures et des heures, en attendant que les cibles s’exposent et sans mettre en péril la vie de leurs opérateurs », peut-on lire sur le site de la revue américaine The National Interest, dans un de ses articles publiés le 17 août dernier. « Les drones sont beaucoup moins chers à acheter et à utiliser que les chasseurs à réaction », ajoute le document.

Les pays de la région ont néanmoins eu du mal à se procurer de tels appareils, notamment après avoir essuyé des refus d’exportation, surtout de la part des États-Unis. Ces derniers ont « jalousement protégé l›exportation de tels avions, de peur qu›ils ne tombent dans les mains de gouvernement hostiles, ne soient utilisés pour réprimer des manifestants ou utilisés contre Israël », écrivait le journal The Economist, dans un article publié en mars dernier, ajoutant que « Washington a également été contraint par le Régime de contrôle de la technologie des missiles (MTCR), un accord de contrôle des armements signé par trente-cinq pays, dont la Russie, qui limite le transfert de missiles et de drones particulièrement performants (tous deux reposant sur la même technologie sous-jacente) ».


(Lire aussi : Quand le drone civil se transforme en menace venue des airs)



Guerre des drones
D’après le groupe de réflexion Royal United Services Institute for Defence and Security Studies (RUSI) basé à Londres, malgré la politique sélective d’exportation de drones retenue par les États-Unis, plusieurs pays de la région ont réussi à faire l’acquisition de drones armés de combat ces dernières années, soit en les produisant au niveau national – comme c’est le cas en Iran, en Israël ou en Turquie – soit en les important, notamment depuis la Chine, comme c’est le cas pour la Jordanie, l’Irak, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite ou encore l’Égypte. Toujours d’après le RUSI, l’État hébreu et la République islamique seraient les deux plus gros possesseurs de drones armés de la région (capables de tirer des missiles), avec près d’une soixantaine d’appareils pour Israël et d’une cinquantaine pour l’Iran.

Ces deux pays se livrent actuellement une véritable guerre de drone sur plusieurs fronts. Les Israéliens ont récemment frappé à plusieurs reprises à l’aide de drones des cibles en Irak contre les milices des Hachd al-Chaabi. Ils ont également mené une double attaque contre le Liban au cours de ces dernières 48 heures, dans la banlieue sud ainsi que dans la Békaa. Les Israéliens profitent dans ce domaine de leur supériorité technologique, notamment avec leurs innovations dans le domaine des systèmes antidrones. Son système radar, appelé le « drone dome », peut identifier les cibles et utiliser un laser pour les neutraliser à plusieurs kilomètres de distance. L’État hébreu possède également des petits drones pour faire de la reconnaissance aérienne, mais aussi pour lancer des grenades lacrymogènes, comme il l’a fait à Gaza en mai dernier pour disperser une manifestation.

Israël a une histoire particulière avec les drones. Il a en effet « été le premier pays au monde à utiliser un drone dans le cadre d’une opération militaire », en 1969 – pour espionner les positions de l›armée égyptienne le long du canal de Suez – selon le groupe de recherche Heritage Foundation, et l’un des premiers États à opérer des frappes avec des drones, après les États-Unis et la Grande-Bretagne. Tel-Aviv a également utilisé des drones lors de la guerre du Liban en 1982 et il est aujourd’hui devenu l’un des plus grands exportateurs de drones à travers la planète.



« Drone furtif » iranien
Israël a récemment mené des frappes aériennes en Syrie, près de Damas, pour empêcher les Iraniens de lancer des drones sur le territoire israélien. Outre ses missiles balistiques, et malgré les années d’embargo et de sanctions qui ont pesé sur elle, la République islamique a pu se constituer un nombre important de drones pouvant compenser la vieillesse de son aviation, en majorité datant de l’époque du chah. « En janvier, l’Iran a présenté une pléthore de nouveaux UAV. Parmi ceux-ci figuraient son « drone furtif » Shahed-171 équipé de missiles à guidage de précision et son drone Kaman 12, qui pourrait, selon les médias iraniens, parcourir 200 km de distance », écrivait le journal américain The Hill, dans un article publié le 17 juillet dernier.

Téhéran a par ailleurs fourni un grand nombre de ses drones aux milices et groupes qui lui sont fidèles dans la région (le Hezbollah au Liban, et les milices chiites en Irak et en Syrie, ainsi que les houthis au Yémen et le Hamas dans la bande de Gaza). Cela s’est notamment vu par le biais d’attaques de drones kamikazes de la part des houthis, le 17 août, sur une raffinerie de la compagnie pétrolière saoudienne Saudi Aramco. Ce genre de stratégie n’est pas sans rappeler celle utilisée lors des affrontements contre le groupe État islamique en Syrie et/ou en Irak, durant lesquels le groupe terroriste a eu recours à de petits modèles pesant quelques centaines de grammes, ayant donc des capacités d’emport d’armes très limitées pour s’écraser, bourrés d’explosifs, contre des positions ennemies ou larguer au sol des grenades.

Le Hezbollah a par ailleurs été la première « milice » à déployer des drones de qualité militaire. Il a notamment lancé un drone « Mirsad 1 » en Israël depuis le Liban en 2004, un autre en 2005, puis trois en 2006. Ces derniers envois étaient particulièrement problématiques, car ils étaient équipés de « têtes explosives de 40 à 50 kg ». Ils ont néanmoins été abattus dans le nord d’Israël. Le Hezbollah a également lancé des drones de reconnaissance pour pénétrer dans l›espace aérien israélien en 2012 et 2013 et les a déployés en Syrie, où il est fortement engagé.


Lire aussi
Syrie, Irak, Liban : la confrontation irano-israélienne se joue désormais sur trois fronts

Israël frappe des cibles en Syrie pour empêcher une attaque de drones iraniens

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Gros Gnon

Donc Israel, plus grand pays exportateur de drones militaires de la planète (selon votre article "Le Moyen-Orient à l’heure de la guerre des drones" daté du 27.08.2019), aurait utilisé des drones civils made in China pour mener une attaque au Liban?

Des drones civils, qui sont radiocommandés par WiFi, et donc brouillables par n'importe quel étudiant en informatique?

Des drones civils capables d'être abbatus par un caillou?

Des drones civils dont la capacité d'emport maximale est de 5.5 kg, mais qui transportaient quand même 5.5 kg d'explosifs ET du matériel sophistiqué d'écoute et d'observation? Moi je dis que quelqu'un qui sait fabriquer du matériel aussi sophistiqué ne pesant que 0 grammes n'achète pas des drones made in China...

C'est passionnant. Vous en avez d'autres comme ça?

LA VERITE

Israel est le numero 1 des drones dans cette region

Si les frappes de drones du Yemen sur l'Arabie Seoudite continuent , je vois deja tres bien l'arabie Seoudite s'allier a Israel pour combattre ces pro iraniens et envoyer au diable la cause Palestinienne

ce sera le debut de la fin du paysage Arabe comme on le connait aujourdh'ui et depuis 1948 et peut etre indirectement ls fin de HB car l'Iran aura encore plus de difficultes a aider HB a maintenir une couteuse milice

ON DIT QUOI ?

La base bensaoud, Malek Khaled a été visée de nouveau par des drone d'Ansarallah, auxquelles il faut désormais ajouter les drones yéménites.

Cette attaque intervient quelques heures après l'annonce de la première frappe au drone contre un site militaire en plein cœur de Riyad, attaque que le régime saoudien n'a pas osé jusqu'ici reconnaître.

Pour les observateurs politiques qui suivent le cours ascendant des frappes au systèmes de défense aérienne de la Résistance, c'est là que se joue l'avenir de l'une des plus complexes et de loin surprenante, guerres du début du siècle : au Yémen, une force asymétrique sous-armée a mis au pas une coalition composée de 17 pays, dont les meilleurs puissances militaires occidentales.

L’unité de drones de l’armée et des houtis du Yémen a ainsi mené, lundi dans la soirée, une vaste attaque contre la base aérienne, Malek Khaled à Khamis .

Les drones ont atteint avec précision leurs cibles, c’est-à-dire, des installations de "communication militaire" et des "hangars d’avions de combat saoudiens".

L’attaque yéménite contre la base Malek Khaled intervient peu après une autre menée par des drones Samad-3 contre une cible militaire à Riyad.

La frappe contre la capitale saoudienne qui fera l'objet de révélations ultérieures a été la cinquième attaque visant une métropole saoudienne. La série d'attaque a commencé le 14 mai avec l’infiltration spectaculaire de sept drones yéménites qui ont pris pour cible le pipeline Est-ouest .

ON DIT QUOI ?

Le Yémen aussi n'est pas mal du tout dans l'utilisation des drones , les houtis arrivent à faire de gros dégats dans les rangs wahabites alliés des usa France amérique et grande bretagne .

Le hezb libanais sait manipuler ces engins mais n'a pas encore eu l'occasion de les expérimenter .

Très bientôt Inshallah .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT BIEN ADMETTRE QUE LA SUPREMATIE EN MATIERE DE DRONES... ET NON SEULEMENT... DANS TOUTE LA REGION DU M.O. EST ISRAELIENNE.

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants