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Liban

Un début d’apaisement, mais pas de Conseil des ministres en vue

Affaire Qabr Chmoun

Arslane atténue le ton, mais ne renonce pas à sa requête de voir l’affaire déférée devant la Cour de justice.

13/07/2019

Il faut donner du temps au temps, comme dit l’adage, pour voir se résorber petit à petit la crise déclenchée par l’incident sanglant de Qabr Chmoun où deux membres du Parti démocrate libanais (PDL) de Talal Arslane, qui se trouvaient en compagnie du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés Saleh Gharib, ont été tués dans des heurts avec des militants du Parti socialiste progressiste (PSP) de Walid Joumblatt, dont un partisan a également été gravement blessé. Tel est le constat que l’on peut faire à l’issue de la valse des réunions qui a eu lieu hier en vue de trouver un règlement à l’affaire.

Pour la première fois depuis dimanche 30 juin, date de l’accrochage de la Montagne qui a déclenché une nouvelle crise politique, le ton a quelque peu baissé chez le chef du PDL, qui a insisté hier sur la priorité à donner au règlement des crises sociale et économique, laissant ainsi la porte entrouverte à un éventuel compromis.

Talal Arslane réclame à cor et à cri la saisine de l’affaire par la Cour de justice, allant à contre-courant de l’avis de la majorité des pôles politiques qui préfèrent laisser l’enquête prendre son cours avant de décider quel tribunal serait compétent en la matière. L’insistance de M. Arslane à déférer l’affaire devant une cour exceptionnelle a abouti à la paralysie des réunions du Conseil des ministres – l’instance habilitée à décider d’un tel recours – faute de consensus.

Cependant, une série de rencontres de haut niveau ont eu lieu hier, notamment avec le chef de l’État Michel Aoun, qui s’est entretenu à deux reprises avec MM. Arslane et Gharib, puis avec le président du Parlement Nabih Berry. Ce dernier a également rencontré une délégation du PDL, alors que le Premier ministre Saad Hariri s’entretenait avec MM. Arslane et Gharib au Grand Sérail. Ainsi, le processus d’apaisement semble sur la bonne voie, même si l’issue reste encore incertaine.


(Lire aussi : Au frigo ! L'édito de Issa GORAIEB)

Ce climat relativement positif a été d’ailleurs répercuté par le Premier ministre à l’issue de sa rencontre avec le président à Baabda. À la manière d’un rappel à l’ordre, M. Hariri a souligné les priorités auxquelles doit faire face le gouvernement, notamment l’état d’urgence économique et le budget, estimant toutefois que le contexte a encore besoin de mûrir avant de décider de la relance du travail de l’exécutif.

« Rien n’entrave la tenue du Conseil des ministres. Cependant, il vaut mieux que le calme puisse prévaloir en amont », a dit M. Hariri en faisant remarquer que c’était à sa demande que le gouvernement ne s’était plus réuni du fait de l’exacerbation des tensions.

« La guerre des mots et la mobilisation de part et d’autre ne profitent guère au citoyen. Elle est infructueuse », a encore affirmé le chef du gouvernement, laissant entendre que les médiations se poursuivront, mais que le discours politique doit entre-temps s’adoucir. À la question de savoir s’il existe une solution en vue, M. Hariri a répondu en déplorant « l’insistance de certaines parties à maintenir leurs prises de position qui, a-t-il dit, n’aident pas à faire bouger les choses ».

Dans une déclaration remarquée prononcée lors d’un meeting oratoire, le chef du Parlement Nabih Berry a rappelé à son tour les multiples défis auxquels est confronté le pays, citant la crise économique, le danger de l’implantation des réfugiés et les sanctions américaines contre le Hezbollah. « Qu’attendons-nous donc pour trancher ? Faut-il aller jusqu’à détruire le temple en ergotant sur la nature des tribunaux ? » s’est interrogé M. Berry, qui s’oppose depuis le début à la saisine de la Cour de justice.

Devenu la planche de salut et l’argument idéal pour une sortie de crise, l’argument économique a également été avancé par le député Talal Arslane qui, dans un tweet matinal, a évoqué deux éléments susceptibles de contrer les difficultés de la situation économique dans la Montagne, à savoir « l’ouverture et la réhabilitation de la confiance ». Il a souligné à ce propos que les défis actuels ne sauraient être relevés par un discours qui alimente les tiraillements.


(Lire aussi : Cour de justice : toujours pas de compromis en vue)


« Un grand crime »

À sa sortie du Grand Sérail, le chef du PDL a cherché à justifier une fois de plus les motifs derrière sa requête consistant à déférer le dossier devant la Cour de justice. « La compétence de la Cour de justice en la matière a été établie par des avocats, et cette question ne peut pas faire l’objet de surenchères », a-t-il dit. « Ce qui s’est passé est inacceptable et ne peut donner lieu à aucune interprétation. Ce qui est inquiétant, c’est le fait de vouloir minimiser l’affaire. Il s’agit d’un grand crime », a-t-il ajouté.

M. Arslane a toutefois refusé de répondre de manière directe à la question d’un journaliste qui lui demandait s’il pouvait confirmer les informations selon lesquelles le convoi du ministre Gharib a tiré en premier. « Avant même de dire qui a tiré en premier, il serait peut-être pertinent de répondre à la question de savoir à quoi servent les gardes du corps », a-t-il dit, soulignant que c’est à la justice d’élucider cette question.

Il a indiqué à ce propos qu’une Jeep a coupé la circulation devant le passage du convoi du ministre. « Dans ce cas de figure, comment doivent donc se comporter les gardes du corps ? » s’est interrogé M. Arslane.

Des informations de presse ont indiqué hier que l’enquête que mène actuellement la branche des renseignements des Forces de sécurité intérieure a confirmé les premières données selon lesquelles les gardes du corps de M. Gharib auraient tiré en premier. Ces éléments, s’ils devaient être confirmés, remettraient en cause la thèse du crime prémédité soutenue par M. Arslane et motivant sa demande de déférer le dossier devant la Cour de justice.

En soirée, on apprenait que le chef du gouvernement s’est réuni avec le directeur des FSI, le général Imad Osman, qui l’a informé des derniers développements de l’enquête. M. Hariri s’est également entretenu avec le ministre de l’Industrie, Waël Bou Faour (PSP). De son côté, Walid Joumblatt a lui aussi baissé le ton en évoquant sa disposition à faire preuve d’ouverture, avant de rappeler que Talal Arslane ne se plie pas aux requis de la procédure judiciaire.


(Lire aussi : Ainsi font, font, fanfaronsle billet de Gaby NASR)


« Le parti (PSP) exprime à nouveau son ouverture à toutes les solutions possibles et acceptables concernant l’incident, mais la logique selon laquelle le convoi (du ministre d’État Gharib), lourdement armé et qui a ouvert le feu en faisant des victimes est considéré comme témoin et ne livre donc pas les responsables (de la fusillade), est une logique qui ne respecte pas la moindre possibilité d’une enquête juste », a estimé le chef du PSP qui continue de refuser ainsi que ses alliés que le dossier soit déféré devant une cour exceptionnelle.

La réponse de Talal Arslane sur le réseau social ne s’est pas fait attendre : « Assez de surenchères, de mépris et de dérision sur ce qui s’est passé... Nous sommes prêts à livrer tous les témoins et, le cas échéant, les suspects, lorsque la justice prendra son cours. Dans ce cas, le premier à être prêt est le ministre Gharib qui est une victime », a-t-il dit.


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Antoine Sabbagha

Triste de voir le Liban et son peuple otages des conflits des chefs de tribus en attendant une solution à la libanaise ni vainqueur ni vaincu .

Remy Martin

Ni de retombées de CEDRE en vue non plus...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ECONOMIE ET LES FINANCES DONC LE DEVENIR DU PAYS OTAGE DE CERTAINS DE NOS ABRUTIS AVEUGLES DE HAINE ET DE REVANCHE.

Irene Said

Notre pays se débat dans des problèmes graves suite à leur entêtement et mentalité de 2-3 siècles en arrière, et ils n'ont aucune honte de se laisser photographier riant comme des gamins insconscients...
Quelle honte pour tous ceux qui nous observent, à l'intérieur du pays comme à l'extérieur !
Irène Saïd

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