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Liban

Cour de justice : toujours pas de compromis en vue

Incidents de Qabr Chmoun

Pour la deuxième fois en une semaine, Michel Aoun rencontre Talal Arslane et Saleh Gharib.

Yara ABI AKL | OLJ
12/07/2019

Près de deux semaines après les incidents de Qabr Chmoun (caza de Aley), lors desquels deux membres du PDL de Talal Arslane, qui étaient en compagnie du ministre d’État pour les réfugiés, Saleh Gharib, ont été tués dans des heurts avec des militants du PSP de Walid Joumblatt, les contacts se poursuivent dans le but de calmer les esprits. Mais en dépit de ces efforts, une chose semble certaine : il n’y aura pas de Conseil des ministres dans les prochains jours.

Pour la deuxième fois dans la même semaine, le président de la République, Michel Aoun, s’est entretenu hier avec MM. Arslane et Gharib. Si aucun des deux n’a fait de déclaration à l’issue de la rencontre, on sait que M. Arslane campe sur sa position, à savoir que l’affaire de Qabr Chmoun devrait être déférée devant la Cour de justice, un tribunal d’exception dont les jugements sont sans appel. C’est ce qu’il a réitéré hier sur Twitter. « La tentative d’assassinat perpétrée contre Saleh Gharib ne passera pas. Et c’est là la compétence de la Cour de justice (…). »

Par ailleurs, s’exprimant à l’issue d’une rencontre avec le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, à Dar el-Fatwa, M. Gharib a dénoncé « les tentatives d’assassinat politique et moral », réitérant la confiance de sa formation dans la médiation menée depuis le 1er juillet par le patron de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, entre le chef du PSP, Walid Joumblatt, et Talal Arslane.


(Lire aussi : Ainsi font, font, fanfarons, le billet de Gaby NASR)


Le PSP à Bnechii

En face, M. Joumblatt continue, pour sa part, de rejeter la saisine de la Cour de justice, celle-ci signifiant qu’il y avait une volonté préméditée d’assassiner le ministre Gharib. « Selon des études et mes informations, la Cour de justice n’existe pas dans les autres pays du monde », a-t-il écrit hier sur son compte Twitter. Entre- temps, les joumblattistes poursuivent leur tournée auprès des divers acteurs politiques et religieux pour affirmer leur attachement à la réconciliation druzo-chrétienne de 2001 et leur refus de déférer l’affaire de Qabr Chmoun devant la Cour de justice.

Après Bkerké, Meerab, Saïfi et Jiyé, c’est à Bnechii (Zghorta) que s’est rendue hier une délégation du PSP pour y rencontrer le leader des Marada, Sleiman Frangié, et le directoire de sa formation. Étaient présents Fayçal Sayegh, député PSP de Beyrouth, ainsi que Ghazi Aridi, ancien ministre joumblattiste, Zafer Nasser, secrétaire général du PSP, et Houssam Harb, conseiller de Teymour Joumblatt, député PSP du Chouf. Du côté des Marada, on notait la présence des trois députés Marada, Tony Frangié, Fayez Ghosn et Estéphan Doueihy. Il y avait aussi Farid Haykal el-Khazen et Moustapha Husseini, députés de Kesrouan et Jbeil respectivement, ainsi que l’ancien ministre Youssef Saadé.


(Lire aussi : Cour de justice : des approches divergentes entre Baabda et le CPL)



À l’issue de la rencontre, Ghazi Aridi a plaidé pour « des solutions qui consolident le rôle de l’État, tout en prenant en considération la réalité politique du pays ».

À une question portant sur une éventuelle réconciliation entre Walid Joumblatt et Talal Arslane sous la houlette de Baabda, M. Aridi a répondu en faisant savoir qu’il n’en est rien pour le moment. « Mais nous sommes disposés à une réunion avec le chef de l’État », a-t-il poursuivi, précisant que « ce n’est pas la première fois que Walid Joumblatt rencontre le chef de l’État. Il lui avait déjà tendu la main et conclu des ententes avec lui à plusieurs reprises ». « Nous comptons sur des initiatives de la part de M. Aoun. Mais aujourd’hui, il n’en est pas encore question », a encore dit l’ancien ministre.

Pour ce qui est de la position des Marada au sujet de la Cour de justice, si cette question est soumise au vote en Conseil des ministres, M. Aridi s’est voulu très clair. « Il s’agit d’une décision que devrait prendre Sleiman Frangié. Nous n’avons pas discuté de cette éventualité, mais nous le ferons en temps voulu », a-t-il déclaré.

À L’Orient-Le Jour, des milieux proches de Sleiman Frangié se contentent de préciser que les Marada estiment que le fait de déférer les échauffourées de Qabr Chmoun devant la Cour de justice devrait faire l’objet d’un consensus en Conseil des ministres.


(Lire aussi : Deux lectures contradictoires de l’incident de Qabr Chmoun, le décryptage de Scarlett Haddad)


Le Conseil des ministres

L’insistance de Talal Arslane et du CPL pour que la Cour de justice puisse saisir l’affaire Qabr Chmoun, contrairement à la volonté aussi bien de Walid Joumblatt que du Premier ministre, Saad Hariri, et du président de la Chambre, Nabih Berry, n’en finit pas de paralyser le Conseil des ministres. Et pour cause : « M. Hariri refuse qu’on lui impose un ordre du jour dont il ne veut pas », précise un proche de la Maison du Centre à L’OLJ. Il confie aussi que lors de la toute dernière rencontre entre Saad Hariri et le chef du CPL, Gebran Bassil, mardi soir, le leader du courant aouniste a insisté pour que la Cour de justice tranche le dossier de Qabr Chmoun.

Dans une interview accordée à notre correspondante Hoda Chédid, Ghattas Khoury, conseiller politique de M. Hariri, a expliqué, sur ce plan, que la querelle articulée autour de la Cour de justice « pourrait diviser le Conseil des ministres ». M. Hariri « convoquera une séance gouvernementale quand il le jugera opportun, et selon un ordre du jour qui lui convient », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Actuellement, l’heure est aux efforts destinés à l’accalmie. »

C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il conviendrait de placer l’entretien tenu hier soir entre Saad Hariri et Abbas Ibrahim, qui a souligné qu’ « il n’y a pas d’obstacles » entravant sa mission.

Plus tôt dans la journée, le directeur de la SG avait rencontré Michel Aoun, Nabih Berry, Gebran Bassil et Talal Arslane. Il était également entré en contact par téléphone avec Walid Joumblatt.


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