Liban

Qabr Chmoun : l’enquête devra décider s’il s’agit ou non d’un acte prémédité

Décryptage
05/07/2019

En apparence, les polémiques nées dans la foulée des incidents de Qabr Chmoun se sont calmées, mais la crise demeure entière. Le directeur de la Sûreté générale poursuit sa mission en toute discrétion pour obtenir la remise aux forces de l’ordre de la trentaine de suspects, mais il a du mal à convaincre les deux parties de le faire.

Selon des sources proches du dossier, le chef du PSP, Walid Joumblatt, aurait déclaré être prêt à livrer les membres de son parti impliqués dans cette affaire si l’émir Talal Arslane faisait de même, notamment avec les gardes du corps du ministre Saleh Gharib. De son côté, M. Arslane refuse jusqu’à présent de mettre les deux camps sur le même plan. Selon lui, il y a un agresseur et un agressé, et les gardes du corps du ministre qui seraient suspectés d’avoir tiré pour ouvrir les routes bloquées avaient des armes légales. De même, ouvrir les routes devant le passage du ministre fait partie de leur travail. Le dossier est donc en suspens en attendant que le général Abbas Ibrahim puisse trouver un compromis entre ces deux positions diamétralement opposées. D’autant que les interrogatoires de la trentaine de personnes dont les services compétents réclament l’audition seront déterminants pour la suite de l’enquête.

Selon une source judiciaire, toute l’enquête repose sur un point crucial : s’agit-il réellement d’un guet-apens ou plutôt d’un incident qui a dérapé ? S’il y a guet-apens, cela signifie qu’il y a eu un acte prémédité, avec intention éventuelle de tuer. Car lorsqu’on tire sur une voiture qui contient des passagers et que les balles atteignent les vitres, il y a de fortes probabilités que les passagers soient tués ou blessés. Dans ce cas, comme il s’agit d’un ministre dont la disparition aurait pu avoir des conséquences sanglantes et mettre en cause la sécurité interne et la sûreté de l’État, le dossier pourrait être aisément déféré devant la cour de justice. Mais si l’enquête aboutit à la conclusion qu’il s’agit d’une réaction spontanée qui a dérapé, la justice ordinaire serait compétente pour statuer sur l’affaire.


(Lire aussi : La détente se confirme, mais Arslane reste intransigeant)


Selon la même source, il est difficile pour l’instant de se prononcer. Pour le CPL et le Parti démocratique libanais (Talal Arslane), il s’agit clairement d’une tentative d’assassinat. Pour étayer leur thèse, les deux partis avancent les éléments suivants : les tentatives d’intimidation ont commencé jeudi, c’est-à-dire trois jours avant la visite du ministre Gebran Bassil dans le caza de Aley, et elles sont allées crescendo. De plus, dimanche, à mesure que le rendez-vous de la visite de M. Bassil à Kfarmatta se rapprochait, les informations se multipliaient sur la fermeture de toutes les routes menant vers cette localité. Les partisans du PSP qui ont bloqué les routes ont commencé par jeter du mazout sur la chaussée pour obliger les voitures du convoi à s’arrêter ou pour causer leur dérapage, qui pourrait être mortel, ajoutent les deux formations. De même, il n’y avait pas une unique route fermée, mais seize, pour éliminer toute possibilité de contournement, prendre des chemins secondaires et arriver quand même à Kfarmatta. Enfin, selon les même sources, des éléments armés étaient déployés sur les toits des immeubles et les balles qu’ils ont tirées ont atteint le toit des voitures, dans une intention évidente de blesser ou de tuer les passagers. D’ailleurs, les deux gardes du corps du ministre Saleh Gharib ainsi que les blessés appartenant à ce camp ont été atteints par des balles qui se sont logées dans leur tête. Même si on ne peut pas décréter qu’il y avait une intention claire de tuer, il y avait en tout cas une volonté de blesser et lorsqu’on cause une blessure, il y a une éventualité qu’elle soit mortelle.


(Lire aussi : L’appel du videle billet de Gaby NASR)


Dans le camp des partisans du PSP, on dément toute volonté de tuer. Selon ce camp, il y avait une intention réelle de bloquer les routes pour empêcher la visite de M. Bassil à Kfarmatta. Mais cela ne signifie pas qu’il s’agissait d’un guet-apens ni d’une tentative d’assassinat. Selon les sources proches de ce camp, si cela avait été le cas, ceux qui l’ont préparé auraient fait preuve de plus de professionnalisme et, surtout, ils n’auraient pas agi à visage découvert. Or, dans ce cas précis, ceux qui ont tiré ont été identifiés, preuve en est que les autorités réclament qu’ils leur soient livrés. Enfin, pour ces mêmes sources, les gardes du ministre Saleh Gharib ont tiré en premier, en principe pour ouvrir les routes et faire fuir ceux qui les bloquaient, mais ils n’ont pas tiré en l’air comme ils le prétendent. Ce serait donc leurs tirs qui auraient provoqué une réaction violente de la part des partisans du PSP postés sur les toits. À la question de savoir pourquoi il y avait justement des éléments armés postés sur les toits, les sources précitées précisent qu’ils voulaient effectivement empêcher la visite de M. Bassil à Kfarmatta et que, comme partout au Liban, il y a toujours des éléments armés plus ou moins dissimulés à chaque grande occasion.

Un véritable casse-tête pour les enquêteurs qui devraient pouvoir entendre tous les protagonistes pour se faire une idée précise et décider s’il y avait ou non un acte prémédité. De ce point dépendra la décision au sujet du tribunal compétent pour statuer sur l’affaire. L’émir Arslane veut que ce soit la cour de justice pour deux raisons : d’abord, il s’agit de la plus haute instance judiciaire du pays formée des cinq plus importants magistrats (le président du Conseil supérieur de la magistrature et les présidents des Cours de cassation), qui sont moins susceptibles de céder aux pressions politiques et dont le jugement est définitif et n’est passible d’aucun recours. Ensuite, dans ce cas précis, comme les tireurs sont identifiés, le procès devrait se dérouler très rapidement. Par contre, si l’enquête rejette l’idée de l’acte prémédité, ce sera la justice ordinaire qui sera en charge du dossier et, dans ce cas, la justice devrait prendre un long cours, en raison des différentes étapes : juge d’instruction, tribunal de première instance, cour d’appel et, au final, Cour de cassation. Ce qui laisse, aux yeux du parti de l’émir Arslane, plus de possibilités à des interventions politiques et, surtout, à banaliser cette affaire, en laissant le temps calmer les émotions.



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Hitti arlette

Tous les libanais savent pertinemment que les zizanies et les désaccords sont fréquents entre les deux factions druzes .. Les derniers incidents avaient commencé trois jours avant ce dimanche sanglant . La question que l'on est en droit de poser est la suivante : Où se trouvait le leader du PSP en ces moments critiques ? Sûrement pas très loin , recevant minute par minute l'évolution de la situation . M. Joumblatt n'a rien fait pour empêcher ses hommes se s'armer jusqu'aux dents et de couper tous les accès devant les convois des deux ministres Bassil et Gharib qui avaient planifié de se rencontrer en ce dimanche funeste .

LA VERITE

M Arslan devrait ser taire
A t il fait echappe en Syrie la personne de son camp que la justice recherche
QU IL LE LIVRE AVANT DE PAVOISER DEVANT LES CAMERAS

IL EST EVIDENT QUE LES ROUTES BARRES ETAIENT POUR EMPECHER LE GENDRE DE PASSER PAS DE LE TUER LA PREUVE EST QUE LES AUTORITES OFFICIELS AVAIENT ETE AVERTI DE CE FAIT ET ONT RECOMMENDE A BASSIL DE NE PAS SE RENDRE DANS LA REGION


ouvrir les routes devant le passage du ministre fait partie de leur travail.

allons donc les gardes sortent de leurs voitures et tirent a tort et a travers pour faire passer le ministre C'EST CELA LEUR TRAVAIL? ??? ou c'est en sachant que les routes etaient bloquees de faire le contact avec Joumblatt et desamorcer la crise en avisant que le gendre ne se rendra plus dans la region
et que seul le ministre sera dans la voiture

D'autre part une vingtaine de grandes personalites ont ete tues Durant des annees et aucun dossier n'a ete envoye a la cour de justice je dis bien TUES pas juste des gardes de corps
deux poids deux mesures pour ce gouvernemnt fort mais pas dans la justice mais dans la corruption generalisee
avec a sa tete aujourdh'ui aujourdh'ui un enfant gate et gaffeur qui reve de devenir president a son tour meme si c'est au prix de demolir le pays avant cela

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