Liban

Le retour des Russes...

Décryptage
21/06/2019

La visite de la délégation russe au Liban est porteuse de nombreux messages. Il s’agit en fait de la première visite de cette importance d’une délégation russe au Liban, depuis notamment l’implication de Moscou dans le dossier syrien à partir de septembre 2015. Pour rappel, la délégation était formée de l’émissaire du président russe en Syrie, Alexander Lavrentiev, et de l’adjoint du ministre des AE Sergueï Verchinine. Officiellement, l’objectif déclaré de la visite était d’adresser une invitation au Liban pour participer, en tant qu’observateur, à la prochaine séance de négociations d’Astana qui doit se tenir le mois prochain.

Le Liban avait formulé une demande en ce sens, lors de la visite du président Michel Aoun à Moscou au mois de mars, considérant qu’il est aussi concerné par l’avenir de la Syrie que les autres pays voisins, et même un peu plus, puisqu’il accueille plus d’un million et demi de déplacés syriens sur son territoire. Il faut préciser à cet égard que la Turquie est un partenaire à part entière de la Russie et de l’Iran dans le processus déclenché à Astana, alors que la Jordanie participe aux réunions en qualité d’observateur. Il n’y avait donc aucune raison de rejeter la demande libanaise. La délégation russe a décidé du même coup d’inviter l’Irak, autre pays limitrophe de la Syrie, à participer aux réunions d’Astana en tant qu’observateur.

Mais selon des sources diplomatiques libanaises, la visite de la délégation avait une portée plus importante. Elle marque en effet le retour en force des Russes au Liban en parallèle à leur implication en Syrie. Il faut préciser, dans ce contexte, que lors de l’intervention des Russes en Syrie, qui a commencé le 30 septembre 2015, le Liban s’est divisé sur la question, comme sur tant d’autres. Le camp dit du 14 Mars avait vu dans cette intervention un enlisement russe dans le bourbier syrien, dans une réédition du scénario en Afghanistan qui avait vu la fin de l’influence russe dans ce pays. Le camp adverse avait estimé au contraire qu’il s’agissait d’un changement stratégique de nature à modifier les rapports de force dans la région. Immédiatement, des parties libanaises se sont mises à solliciter une implication russe dans les affaires internes du pays, à l’instar des Américains, des Syriens, des Saoudiens, des Iraniens et d’autres.


(Lire aussi : Rapatriement des réfugiés : la Russie "va redoubler d'efforts", promet Lavrentiev)


Mais les Russes se gardaient bien de répondre à ces invitations, estimant à ce moment-là que leur champ d’action se limitait à la Syrie et qu’ils ne voulaient donc pas se laisser détourner de leur objectif principal par des « missions secondaires ». Des milieux politiques libanais avaient même expliqué la position russe par une volonté d’éviter de se frotter aux Iraniens qui, à travers le Hezbollah, avaient une influence importante dans ce pays. D’autant qu’il y avait déjà suffisamment de problèmes à régler entre les deux pays en Syrie, où ils appuient tous les deux, chacun à sa manière et pour ses propres raisons, le président Bachar el-Assad et son armée.

En dépit de toutes les tentatives libanaises menées par des courants politiques différents pour les impliquer dans les affaires internes, les Russes restaient donc réservés à l’égard du Liban. Selon les sources diplomatiques libanaises précitées, qui ont suivi de près la visite de la délégation russe à Beyrouth, ce n’est plus le cas désormais. Au cours de leurs entretiens avec les responsables libanais, les membres de la délégation russe ont certes évoqué le processus d’Astana, mais ils ont aussi posé beaucoup d’autres questions précises qui montrent un intérêt grandissant non seulement pour la région, mais pour le Liban en particulier. Selon les mêmes sources, les Russes auraient donc senti que l’on se dirige vers une période de repli (relatif) américain après le piétinement de la méditation du secrétaire d’État adjoint David Satterfield au sujet du tracé des frontières maritimes et terrestres avec Israël.

En même temps, les Iraniens, pris par les sanctions qui leur sont imposées et par la confrontation directe ou non avec les États-Unis, ont désormais une latitude réduite au Liban. Les Russes auraient donc décidé de renforcer leur présence dans la région, et en particulier au Liban. La délégation russe aurait ainsi évoqué de nombreuses questions avec les responsables libanais qui portent sur leur vision de la solution politique en Syrie, mais aussi sur la situation régionale et le conflit israélo-arabe à l’ombre de la divulgation sans cesse reportée du plan de paix américain que certains surnomment « le deal du siècle ». Les responsables libanais, toujours selon les sources précitées, auraient perçu une volonté, voire une décision russe de consolider leur rôle dans la région, le Liban compris. Les Russes se considèrent désormais comme un acteur majeur dans la région, et ils veulent que leur position soit prise en compte. Toujours selon les mêmes sources, ils ne se posent pas en rival des États-Unis, ni d’ailleurs d’autres acteurs régionaux. Ils insistent en fait sur leurs bonnes relations avec l’Iran, en dépit de divergences réelles en Syrie, avec la Turquie qui est un partenaire important dans le processus d’Astana, en dépit aussi de divergences profondes sur la Syrie, avec Israël et avec les États du Golfe.


(Lire aussi : Le Liban invité à Astana : une reconnaissance de la priorité du dossier des réfugiés syriens)



Les interlocuteurs libanais de la délégation russe ont donc senti chez elle une volonté réelle de jouer un rôle plus déterminant dans les dossiers en suspens dans la région, non pas contre l’influence américaine, mais plutôt en cherchant à combler les lacunes laissées par les Américains. Comment ce retour marqué des Russes dans la région va-t-il se traduire concrètement au Liban ? Il y a bien sûr la relance de l’initiative russe pour le retour des réfugiés syriens chez eux et le souci de lancer une commission tripartite (russe, libanaise et syrienne) dans ce but. Mais il y a aussi le dossier des ressources pétrolières et gazières, la médiation sur le tracé des frontières, le volet économique et les questions régionales. Le Liban compte ainsi suivre attentivement la réunion tripartite qui doit se tenir à Jérusalem la semaine prochaine entre les responsables de la sécurité nationale de Moscou, Washington et Tel-Aviv...


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HABIBI FRANCAIS

Les Russes viennent au Liban voler les gisements de gaz off shore comme ils le font au Venezuela...!ATTENTION !

Yeomans Roger

Hélas, ne comptez pas sur la Russie. Elle n'a pas d'argent.

Honneur et Patrie

Le retour des Russes...
Pour retourner, il faut quitter. Or, les Russes n'ont jamais quitté le Liban.
- La Russie tsariste était la puissance protectrice de la minorité orthodoxe du Liban jusqu'à 1917.
- L'URSS de Staline avait repris le flambeau dès 1918.
- Farjallah el-Hélou, chef du parti communiste libanais fut assassiné en Syrie le 25/6/1959 et non au Liban et son cadavre jeté dans l'Euphrate.
-Depuis le retour de la Russie en Russie en 1989, la Russie reprend sa politique historique normale.

gaby sioufi

UN MESSAGE que l'auteure n'a pas daigne parler : l'inutilite du cafouillage des libanais a ce propos ! message porte par les russes bien entendu pas par moi !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA DESINFORMATION BAT SON PLEIN. DES BULLES DE GAZ ASPHYXIANT.

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