Liban

Le Liban invité à Astana : une reconnaissance de la priorité du dossier des réfugiés syriens

Décryptage
19/06/2019

Le Liban attendait le retour d’Israël du secrétaire d’État américain adjoint David Satterfield, mais c’est une délégation russe qu’il a accueillie. Le représentant du président Vladimir Poutine pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev, et le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Verchinine, sont arrivés hier au Liban pour rencontrer les responsables. Ils sont d’ailleurs attendus ce matin à Baabda, et, selon des sources diplomatiques libanaises, cette visite est le fruit de la visite officielle qu’a effectuée le chef de l’État à Moscou au mois de mars.

En effet, dans le cadre de cette visite, le Liban avait officiellement demandé aux autorités russes d’être convié aux réunions d’Astana sur la Syrie, en sa qualité de pays voisin accueillant un grand nombre de déplacés syriens sur son territoire. Les autorités russes avaient alors promis de faire de leur mieux sur le sujet, sachant que le processus d’Astana, qui est en principe destiné à favoriser un dialogue entre le régime syrien et l’opposition sous un triple parrainage russe, iranien et turc, ne bénéficie pas de l’appui de Washington. L’administration américaine estime en effet que ce processus fait pratiquement double emploi avec les pourparlers de Genève, sous la houlette de l’ONU, qui étaient destinés à trouver une solution politique au conflit syrien. Depuis 2017, les pourparlers de Genève piétinent, alors que le processus d’Astana a réussi d’abord à établir un plan pour des zones de désescalade en Syrie, ensuite à maintenir les contacts pour tenter d’éviter une grande bataille dans la région d’Idleb.

Le Liban, qui ne veut pas être l’oublié d’éventuels accords en Syrie et parce qu’il considère que la présence massive des déplacés syriens sur son territoire est un problème prioritaire, a donc demandé aux autorités russes d’être présent aux réunions dites d’Astana (en raison du fait que la première qui a abouti à un accord de principe s’est déroulée dans cette ville en mai 2017) en tant qu’observateur.


(Lire aussi : Les Russes de retour à Beyrouth pour ressusciter leur initiative)


La visite de la délégation russe à Beyrouth a donc pour principal objectif de remettre une invitation officielle au Liban pour qu’il participe à la prochaine réunion qui doit se tenir en juillet et qui aura pour thème principal le dossier des réfugiés syriens. C’est donc une grande victoire diplomatique pour le Liban que d’être présent aux discussions prévues. Selon les mêmes sources diplomatiques libanaises, l’invitation à assister aux réunions d’Astana est aussi une reconnaissance du fait que le Liban est prioritaire dans toute décision de traiter le dossier des réfugiés syriens. À cet égard, il faut préciser que les pays voisins de la Syrie accueillent la plus grande partie des réfugiés syriens depuis 2011. La Turquie en accueille un grand nombre, mais aussi l’Irak et la Jordanie. Toutefois, le poids le plus lourd est au Liban, si l’on tient compte de sa superficie et du nombre de ses habitants. Les autorités libanaises ne cessent de soulever cette question dans toutes les conférences internationales sur les réfugiés en insistant sur la nécessité de déclencher un processus de retour des réfugiés chez eux, depuis que 80 % du territoire syrien n’est plus en guerre. Mais jusqu’à présent, la communauté internationale n’a pas été très sensible à la thèse libanaise, insistant sur la solution politique avant le début de tout retour des réfugiés chez eux et mettant en avant l’idée « d’un retour volontaire ».

Seuls les Russes ont prêté une oreille attentive aux Libanais, et le président russe avait lancé une initiative pour le retour des réfugiés syriens chez eux, qui prévoyait, dans une première étape, de ramener en Syrie un million de Syriens installés au Liban chez eux. Les Russes avaient même dressé un état des lieux des réfugiés (que le Liban officiel appelle les déplacés) syriens au Liban, faisant une distinction entre les réfugiés économiques, les réfugiés ayant fui la guerre, ceux qui sont partis parce qu’ils ont tout perdu, maison et travail, et ceux qui ont combattu le régime. Les responsables libanais avaient alors considéré que ce plan russe était une aubaine et une grande victoire. Mais cette initiative s’était rapidement heurtée à un manque de fonds pour la financer. Aujourd’hui, selon les mêmes sources diplomatiques libanaises, les Russes souhaiteraient relancer cette initiative dans le cadre de la prochaine réunion d’Astana. C’est pourquoi ils ont adressé une invitation au Liban à y assister en tant qu’observateur. En même temps, selon les mêmes sources, la délégation russe devrait conseiller aux Libanais de préparer un plan unifié pour l’approche du dossier des déplacés syriens, tout en poussant vers l’établissement d’un dialogue sérieux avec les autorités syriennes, non seulement au sujet des déplacés, mais aussi au sujet du tracé de la frontière maritime dans le nord du pays car les compagnies russes sont intéressées à investir dans la prospection et l’exploitation des ressources pétrolières et gazières au large des côtes syriennes et celles du nord du Liban.


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IMB a SPO

Je pense plutot qu'en invitant le Liban, c'est plutot le Hezbollah, a travers de GBassil qui est invite.
Le Liban n'est plus qu'un pantin entre les mains du Hezb...

Salim Dahdah

La participation potentielle du Liban à la réunion d'Astana représentera une dégel officiel, par Russes interposés, des rapports interrompus il y a quelques années, entre le Liban et la Syrie...!
Reste à savoir comment les partenaires occidentaux de Genève vont-ils réagir à cette démarche et à ses décisions...?

Honneur et Patrie

"La communauté internationale n'a pas été très sensible à la thèse libanaise" (sic).
Celui qui regarde une personne qui reçoit des coups de matraque, n'est pas aussi sensible que celui qui les subis.

Honneur et Patrie

"La communauté internationale n'a pas été très sensible à la thèse libanaise" (sic).
Celui qui regarde quelqu'un qui reçoit les coups de matraque n'est pas aussi sensible que celui qui les subis.

Honneur et Patrie

"La communauté internationale n'a pa

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI LE LIBAN VA A ASTANA CE SERAIT UNE RECONNAISSANCE DU REGIME SYRIEN ET NON UNE RECONNAISSANCE DU DOSSIER DES REFUGIES SYRIENS CAR SANS LES OCCIDENTAUX LES RUSSES NE PEUVENT RIEN FAIRE DANS CE DOMAINE. FAUT ECLAIRER ET NON DESINFORMER LES GENS.

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