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Liban

Réfugiés  : la pression monte crescendo

Liban-Syrie

La Syrie dément le retrait de la délégation syrienne lors du discours prononcé par le ministre du Travail à Genève, en dépit de l’existence d’une vidéo montrant le contraire.

15/06/2019

Occultée durant les moments de tension et de crise politique, la question des réfugiés ressurgit par intermittence dans le paysage libanais à la manière d’un leitmotiv que l’État semble vouloir sans cesse marteler.

C’est, semble-t-il, la stratégie employée par l’actuel régime qui s’emploie, à intervalles plus au moins réguliers, à rappeler le poids que constitue le fardeau des déplacés sur les plan économique, sécuritaire et démographique, leur imputant souvent une large part de responsabilité dans la crise économique dont pâtit le pays.

Depuis quelques semaines, les incidents avec les réfugiés syriens s’enchaînent, ressuscitant une tension de plus en plus explicite non seulement au niveau de la base – entre Libanais et ressortissants syriens – mais aussi au niveau politique, comme en témoigne les tollés suscités d’une part par les propos jugés xénophobes prononcés par chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, et d’autre part par le retrait jeudi dernier des membres de la délégation syrienne présente à la 108e session de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, qui ont quitté la salle au milieu du discours prononcé par le ministre libanais du Travail, Camille Abousleiman, représentant l’État libanais. Reprenant presque mot par mot la position officielle de son gouvernement, M. Sleiman évoquait « le lourd fardeau » que représentent pour le Liban près d’un million et demi de déplacés, la « concurrence » sur le marché du travail qu’ils constituent pour la main-d’œuvre libanaise, avant de préconiser la nécessité d’un « retour volontaire », position que la quasi-totalité des responsables libanais réitèrent depuis quelque temps dans les cercles publics et sur la scène internationale.

Le départ inopiné des officiels syriens durant ce discours, que certains ont tenté d’expliquer par l’adversité du régime syrien à l’égard des Forces libanaises dont est issu M. Abousleiman, est d’autant plus surprenant qu’il s’inscrit en porte-à faux par rapport à la position officielle exprimée, même timidement, par le régime de Bachar el-Assad sur la nécessité d’un retour organisé et concerté des réfugiés chez eux. C’est le point qu’a d’ailleurs relevé hier le député du bloc joumblattiste, Bilal Abdallah, qui a commenté l’incident par ces termes : « Ce qui s’est passé à Genève avec la délégation libanaise démontre une fois de plus le refus du régime syrien d’un retour rapide des réfugiés », a-t-il tweeté.

Considéré comme une humiliation pour la délégation libanaise, le coup de gueule syrien qui peut potentiellement générer une protestation de la part du gouvernement libanais, a été démenti hier par la partie syrienne qui a assuré que « le retrait n’a pas eu lieu », qualifiant d’« infondées » les informations relayés par les médias libanais.

Du côté des FL, on est revenu à la charge : les membres de la délégation syrienne « se sont tous retirés au milieu du discours, une attitude qui a surpris nombre de participants et de diplomates présents sur place », atteste une source FL. Une vidéo montrant le retrait de la ministre syrienne des Affaires sociales et du Travail Rima el-Kadri en premier, suivie des autres membres de la délégation, a largement circulé hier sur les réseaux sociaux.


(Lire aussi : Le dossier des réfugiés syriens au centre des discussions de Bassil à Londres)



Incidents en chaîne

Devenu un sujet extrêmement sensible, la question des déplacés syriens continue d’exacerber les passions au sein de la société libanaise, minée par un sentiment d’exaspération et de haine que viennent alimenter certains discours officiels. C’est notamment le cas des propos très controversés de M. Bassil sur une prétendue « supériorité génétique libanaise » qui justifierait un traitement différencié des résidents étrangers du Liban, notamment sur le marché du travail, où il faudrait donner la priorité aux ressortissants libanais.

En mars dernier, le ministre des Affaires étrangères avait déjà suscité un tollé en annonçant qu’il allait présenter un projet de loi permettant aux Libanaises de transmettre leur nationalité en cas de mariage avec un étranger, à l’exception des Syriens et des Palestiniens. Ces discours, jugés discriminants et racistes, ont poussé des représentants de la société civile et un grand nombre d’organisations à se mobiliser pour dénoncer cette nouvelle dynamique xénophobe dans laquelle semble être engagées certaines composantes de l’État libanais depuis un certain temps et qui finira, selon eux, par susciter la peur chez les Libanais, en faisant monter la tension.

Plusieurs incidents qui se sont récemment produits en plusieurs points du pays sont venus attester ce climat de discorde qui monte crescendo au fur et à mesure que les mesures répressives auxquelles recourent les autorités libanaises se multiplient.

Ce fut le cas notamment lorsqu’une rixe a opposé, le 6 juin, des réfugiés syriens installés dans un campement informel à Deir el-Ahmar dans la Békaa à une équipe de la Défense civile dans des circonstances qui restent pour l’heure assez floues. Ce face-à-face, qui n’est pas le premier du genre, a provoqué la colère des habitants et des élus de cette bourgade chrétienne qui réclamaient leur expulsion depuis un certain temps, mais aussi parmi les déplacés qui ont été boutés hors des lieux. En attendant que l’enquête, actuellement en cours, puisse mettre au clair les circonstances de l’incident, les voix se sont élevées pour dénoncer l’expulsion, le lendemain de l’incident, de près de sept cent Syriens de ces campements en l’absence d’un plan destiné à leur assurer, en amont, un abri de substitution. C’est un scénario similaire qui s’était déroulé une semaine auparavant à Ersal, où les constructions en dur aménagées par les réfugiés syriens dans des campements informels ont été détruites.


(Lire aussi : De jeunes réfugiés syriens achèvent leur première année à l’USJ)



Durcissement de ton

Cette nouvelle politique dans laquelle l’État semble engagé survient dans le sillage d’une réunion en avril dernier du Conseil supérieur de défense, qui avait adopté des décisions restées confidentielles consistant à prendre des mesures plus strictes à l’encontre des réfugiés qui entrent illégalement au Liban et des Syriens qui y travaillent sans permis.

La décision portait également sur les constructions en dur érigées sans autorisations obtenues auprès de la municipalité.

Or, soutient une source informée, les constructions en dur ont été érigées à Ersal « avec l’approbation des propriétaires des terrains concernés, et les réfugiés croyaient avoir été autorisés à le faire ». La source, qui rappelle la nécessité pour les réfugiés notamment de respecter les lois libanaises, estime toutefois que l’application des textes et la concrétisation des mesures prises par les autorités devraient se faire « de manière humaine et dans le respect de la dignité des réfugiés ».

Cela suppose que ces derniers soient notifiés à l’avance du démantèlement de leurs abris, afin de garantir un minimum de protection, notamment aux plus vulnérables d’entre eux, comme les personnes âgées, les enfants et ceux qui souffrent de handicap.

Pour de nombreux analystes, le discours de haine et la violence physique et morale pratiquée à l’encontre des réfugiés doivent cesser. « À défaut, de telles attitudes risquent à long terme d’avoir un effet boomerang et d’accentuer un climat d’inimitié et de ressentiment aux conséquences extrêmement néfastes », assure une source qui suit de près ce dossier.



Lire aussi

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