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Les journalistes libanais Fida' Itani et Nawal Lichaa Abboud poursuivis en justice

Liberté de la presse

Fida' Itani, exilé à Londres, affirme avoir été condamné au total à 22 mois de prison et environ 50.000 dollars d'amende. Nawal Lichaa Abboud devra se présenter devant le tribunal des imprimés jeudi prochain.

03/05/2019

Alors que le monde célèbre aujourd'hui la journée de la liberté de la presse, au Liban, deux journalistes, Fida' Itani et Nawal Lichaa Abboud, sont poursuivis en justice, des mesures qui viennent alourdir encore plus le climat de répression des libertés au pays du Cèdre.

Il y a moins de vingt-quatre heures, Fida' Itani, journaliste libanais exilé à Londres et connu pour ses positions hostiles au Hezbollah, au Courant patriotique libre de Gebran Bassil, et au régime syrien de Bachar el-Assad, a publié sur sa page Facebook plusieurs documents de justice en vertu desquels il a été récemment condamné au total à 22 mois de prison, et à des amendes se montant à 75 millions de livres libanaises (50.000 dollars).



"Dix-huit mois de prison pour Gebran Bassil, et quatre mois de prison pour avoir écrit +la poubelle (du président de la République) Michel Aoun", a écrit Fida' Itani dans son message publié jeudi. Il explique que les peines pour lesquelles il a été condamné par contumace concernent notamment un message qu'il avait partagé sur Facebook le 30 juin 2017. Dans cette publication, le journaliste évoquait "la maltraitance des réfugiés", une "petite fille renversée" et des "meurtres au hasard", il y critique vertement également le président de la République, Michel Aoun, le Hezbollah, les "haines de la maronité politique", "(le Premier ministre) Saad (Hariri), (l'ancien ministre de l'Intérieur Nouhad) Machnouk et (le responsable au sein du Hezbollah Wafic) Safa", ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil.

"Je fais pour le moment l'objet de neuf condamnations, toutes suite à des procès intentés contre moi par Gebran Bassil", a précisé le journaliste, contacté vendredi par L'Orient-Le Jour.

Le 22 octobre dernier, la justice libanaise avait déjà condamné M. Itani par contumace à deux mois de prison et une amende de 35 millions de livres libanaises (plus de 23.000 dollars) pour diffamation à l'égard du chef du CPL, ce dernier ayant porté une série de plaintes contre M. Itani.

En juin dernier également, Fida' Itani avait été condamné à quatre mois de prison et une amende de 10 millions de livres libanaises (un peu plus de 6.660 dollars), toujours pour diffamation contre Gebran Bassil, ainsi que le président de la République, Michel Aoun.



(Pour mémoire: Solidarité massive avec quatre journalistes libanais ayant défié la censure)



Nawal Lichaa Abboud devant le tribunal des imprimés
Par ailleurs, le Club de la presse a annoncé jeudi que la journaliste radio Nawal Lichaa Abboud, qui travaille pour la Voix du Liban (VDL, 100.5), a été convoquée par le tribunal des imprimés et doit se présenter devant la justice jeudi prochain, après une plainte déposée contre elle par le recteur de l'Université libanaise, Fouad Ayoub. "Sa convocation concerne une émission de son programme radio +Nokta Aal Satr+ qui remonte à cinq mois environ", explique à L'Orient-Le Jour Widad Jarbouh, chercheuse et journaliste au centre SKeyes (Fondation Samir Kassir) pour la liberté de la presse. "Les discussions durant l'émission portaient sur le manque de qualification présumé de certains enseignants et responsables au sein de l'UL, et des questions autour des diplômes du recteur de l'université ont été soulevées", explique Widad Jarbouh.

Plusieurs collègues du recteur de l'UL l'accusent de vouloir "entacher l'image" de l’université. Fin 2018, M. Ayoub avait intenté plusieurs procès en diffamation contre des journalistes, un ancien administrateur de l’UL et un professeur à la retraite, Issam Khalifé.

"Nawal Lichaa Abboud se présentera devant le tribunal des imprimés jeudi prochain. Elle m'a dit qu'elle le fera par respect pour la justice", explique Widad Jarbouh.

Sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, de nombreux internautes ont exprimé leur solidarité avec Nawal Lichaa Abboud, lançant un mot-dièse en son nom.

Le ministre de l'Information Jamal Jarrah n'avait toujours pas réagi vendredi matin à ces deux affaires. Toutefois, plusieurs responsables politiques ont affiché leur soutien à la journaliste. C'est le cas du député Elias Hankache (Kataëb). "Sans la liberté, le Liban n'existerait pas. Le Liban... Point à la ligne", a écrit le député sur Twitter, en référence au nom de l'émission radio de Mme Lichaa Abboud.

Le député Nadim Gemayel (Kataëb), a lui aussi apporté son soutien à la journaliste. "La journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée au moment où le Liban officiel s'attelle à pourchasser les journalistes et les poursuivre en justice. Qu'en est-il de la liberté d'expression consacrée par la Constitution?", s'est-il interrogé.

L'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi a pour sa part estimé que "les poursuites contre Nawal Lichaa Abboud qui exerçait son rôle médiatique est une tâche noire pour la liberté de l'expression et de la presse et un indicateur d'une dérive dangereuse".

Le Bloc national dirigé par Carlos Eddé s'est dit de son côté "contre des sanctions qui prévoient l'incarcération pour les journalistes ou toute autre personne ayant exprimé son opinion", en allusion à la peine d'emprisonnement requise contre Fida' Itani. Le parti appelle à remplacer ce genre de peines par "des amendes raisonnables". Il a enfin rappelé que la Constitution est "fondée sur le respect de la liberté de penser et garantit ce droit dans le cadre de la loi".

L'Union catholique internationale de la presse-Liban (UCIP) a, elle, parlé d'un "nouveau choc" en apprenant la nouvelle de la convocation en justice de la journaliste, évoquant "une atteinte à la liberté d'expression, l'un des droits les plus sacrés du corps journalistique".



(Lire aussi : Un activiste convoqué après avoir annoncé son intention de dénoncer des affaires de corruption)



Ces derniers mois, les poursuites contre des journalistes et autres militants se sont multipliées, notamment pour des écrits sur les réseaux sociaux critiquant certains responsables politiques ou tournant en dérision des symboles religieux. En mars, le propriétaire et directeur de la rédaction du site libanais d'informations Lebanon Debate, Michel Kanbour, a été condamné par le tribunal des imprimés à six mois de prison et une amende de 10 millions de livres libanaises après une plainte pour diffamation à l'encontre du directeur général des Douanes, Badri Daher.

Le journaliste vedette Marcel Ghanem, poursuivi pour avoir laissé s'exprimer dans son émission Kalam el-Nass, un journaliste saoudien qui s'était livré à des attaques en règle contre le président de la République Michel Aoun, le président du Parlement Nabih Berry, et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, les accusant d'être "partenaires du Hezbollah dans le terrorisme", a été interrogé avant d'être maintenu en liberté sous caution d'élection de domicile en février dernier. Deux mois plus tard, le premier juge d’instruction au Mont-Liban, Nicolas Mansour, émettait un non-lieu dans l’affaire et décidait de la renvoyer devant le tribunal des imprimés.

Le journaliste et activiste Ahmad el-Ayoubi avait été incarcéré en novembre pour avoir "porté atteinte au président de la République et à un pays frère", à la suite d'une plainte en diffamation de la part du conseiller du Premier ministre Saad Hariri, Nader Hariri. Dans un article publié sur le site al-Janoubia le 12 novembre dernier, le journaliste avait pointé du doigt le chef du gouvernement comme étant l'une des personnes à l'origine de la crise actuelle entre le Liban et l'Arabie saoudite.

Le Liban est à la 101ème place sur 180 pays dans le classement annuel des libertés de la presse de Reporters sans Frontières, qui dénonce des arrestations fréquentes de journalistes en ligne et de blogueurs.

Selon le rapport, le Liban, qui a perdu une place depuis le dernier classement, est caractérisé par "une réelle liberté de ton dans les médias locaux" même si "ces derniers restent néanmoins extrêmement politisés et polarisés".


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gaby sioufi

MEA CULPA, MEA MAXIMA CULPA
pour mes critiques acerbes & repetees a l'encontre des journalistes&reporters locaux,
faute de vrais reporters d'"investigations/d'enquetes" pensais- je !
MAINTENANT je comprend la raison de ce manquement professionnels:
C le risque d'etre poursuivi par la justice, qui a faire son metier doit imperativement travailler a faire evoluer/moderniser les lois relatives au journalisme audio visuel,mediatiques sociales etc...


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