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République de peu


La démocratie libanaise cache des usages souvent fort éloignés de ceux qu’on enseigne dans les manuels : lois électorales pondues tous les quatre ans ou presque pour changer la règle du jeu, juste avant de les piétiner et de reconduire la ménagerie de l’Étoile ; constitution cornecul sans cesse bidouillée au bénéfice de comiques troupiers devenus brusquement orphelins depuis que le Parti barbu se fait raser gratis au Liban-Sud ; et pompon suprême, des projets de loi épisodiques proposant d’amnistier les assassins saisonniers qui bourgeonnent au gré des guerres fleuries qui ont parsemé cette République de peu.

Alors pour amuser le plouc de base que toute cette gesticulation fait tarter grave, on lui invente des événements historiques assortis de quelques animations de proximité. L’événement c’était la rencontre mardi à Washington entre Joseph 1er du Château et le Trumpinambour. Quant à l’animation elle était représentée par l’entrée de nos bidasses dans les premiers villages méthodiquement concassés par les Hébreux.

Dans un cas comme dans l’autre, le cinéma fait rêver. Notre châtelain est sans doute le dernier homme sur la planète à prendre pour argent sonnant et trébuchant les élucubrations de son hôte, qui vient de s’inventer un « axe stratégique » turco-syro-irakien visant à mettre à loilpé le Hezbollah. En somme, trois dictatures délabrées pour mettre au pas le supplétif dégradé d’une théocratie chiite sévèrement démantibulée. Le spectacle s’annonce appétissant…

Sur le terrain, on rejoue la même scène usée depuis les premières escarmouches de 1975 : une colonne militaire de l’armée sous une pluie de riz issu de la miséricorde internationale, au mépris de la hausse des cours de cette denrée de base. Combien durera la liesse avant la pluie d’autres projectiles bariolés tirés par des ahuris qui entendent libérer le Moyen-Orient de Vladivostok à Casablanca ? Allez savoir !

Mais c’est à Washington, au beau milieu de la kermesse libano-US, que l’on a fait tourner les tables et invoqué la présence clignotante du Baron de Aïn el-Tiné et de toutes ses dépendances. On le pensait en rogne contre le chef de l’État, eh ben, non ! Le concept de sa réconciliation éclair était d’ailleurs très simple et ne nécessitait pas plus d’un neurone : lorsque son téléphone portable est secoué d’un pépiement pressant venu des hautes sphères, Istiz Nabeuh doit presser aussitôt la touche verte, porter l’appareil à sa feuille et prononcer le mot « allo ! » dans la petite grille située au bas du gadget. Un geste auquel il était naguère habitué quand d’un seul coup de fil de Damas, il se couchait. À ce stade, sa bouderie n’était manifestement plus de mise.

Après 34 ans d’affilée au perchoir, l’Ancêtre a au moins la reconnaissance du ventre. Rien qu’en salaire, il aurait déjà pu inonder la Békaa et le Liban-Sud de panneaux solaires ! Et c’est cet homme-caoutchouc que Baabda continue à vouloir intégrer dans sa stratégie du Liban nouveau. Dans l’espoir, semble-t-il, de le rendre moins teigneux.

Churchill avait dit : « Je préfère qu’un mec soit chez moi et qu’il pisse dehors, plutôt qu’il soit dehors et pisse sur ma tente. » Le « vieux lion », qui avait pourtant bien connu Nabih Berry, aurait dû envisager l’hypothèse d’un mec qui est à la fois dedans et qui pisse dans la tente…

gabynasr@lorientlejour.com

La démocratie libanaise cache des usages souvent fort éloignés de ceux qu’on enseigne dans les manuels : lois électorales pondues tous les quatre ans ou presque pour changer la règle du jeu, juste avant de les piétiner et de reconduire la ménagerie de l’Étoile ; constitution cornecul sans cesse bidouillée au bénéfice de comiques troupiers devenus brusquement orphelins depuis que le Parti barbu se fait raser gratis au Liban-Sud ; et pompon suprême, des projets de loi épisodiques proposant d’amnistier les assassins saisonniers qui bourgeonnent au gré des guerres fleuries qui ont parsemé cette République de peu.Alors pour amuser le plouc de base que toute cette gesticulation fait tarter grave, on lui invente des événements historiques assortis de quelques animations de proximité. L’événement c’était la...
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