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Liban

L’université libanaise en proie à une guerre au sommet

UL

Le recteur Ayoub est pointé du doigt, une fois de plus, pour ses « dérives » sectaires, clientélistes et autres.

27/07/2018

Accusé par nombre de ses pairs de chercher à éroder l’image de l’Université libanaise du fait d’actes que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « sordides », le recteur de l’UL, Fouad Ayoub, n’a pas fini de faire parler de lui. Pointé du doigt pour « abus de pouvoir » et « falsification de diplômes », mais aussi pour son unilatéralisme au niveau des prises de décisions au sein de l’UL, le recteur a pris les devants en intentant, ces dernières semaines, plusieurs procès en diffamation contre des journalistes, un ancien administrateur de l’UL et un professeur à la retraite, Issam Khalifé. Ces derniers avaient dénoncé des pratiques qui, selon M. Khalifé, « dérogent à la culture démocratique qui a longtemps prévalu au sein de cette institution publique ». Hier, M. Khalifé a été entendu par la police dans le cadre de la plainte pour diffamation déposée contre lui par le recteur. L’ancien professeur d’histoire, qui mène depuis plusieurs années un combat pour réformer l’université publique, avait à maintes reprises contesté le style « quasi autoritaire » de M. Ayoub à la présidence de l’UL, ses « décisions arbitraires », mais aussi le fait que M. Ayoub « persiste à maintenir un flou douteux sur son prétendu diplôme universitaire en médecine légale ».

Hier, une foule de sympathisants et plusieurs membres de la Ligue des anciens professeurs de l’UL se sont rassemblés devant le Palais de justice, en signe de solidarité, alors que M. Khalifé livrait son témoignage à la justice. À sa sortie, il a précisé que cette affaire n’a rien d’une « rancune personnelle ou d’un règlement de comptes pour des considérations sectaires (M. Khalifé étant chrétien et M. Ayoub chiite). C’est une cause que je continue à défendre, à savoir l’UL », a-t-il déclaré. 

Évoquant la question du diplôme de médecin légiste que le recteur affirme détenir, M. Khalifé a tenu à rappeler à ce sujet que « plusieurs plaintes ont été déposées par un » collègue « de M. Ayoub, Imad Mohammad Husseini, médecin légiste, qui avait présenté à la justice tous les documents nécessaires prouvant le faux et l’usage de faux dans le dossier professionnel constitué par M. Ayoub ».

Selon une source qui suit de près ce dossier, « l’enquête judiciaire n’a jamais abouti et les poursuites n’ont jamais eu lieu ». M. Khalifé évoque pour sa part « des pressions politiques exercées pour geler le dossier et faire en sorte qu’aucun jugement ne soit émis dans cette affaire ».


(Pour mémoire : Issam Khalifé, un ancien leader estudiantin qui a su concilier le parcours intellectuel et le travail de la terre)


La gestion de Fouad Ayoub critiquée
 « Il est choquant de voir une personne désignée à l’un des plus hauts postes d’une institution universitaire, chargée de surcroît de distribuer des diplômes prestigieux, garder un flou à propos de ses propres diplômes », affirme un ancien doyen de l’UL qui suit de près ce dossier. « Personnellement, j’estime que chaque personne travaillant au sein de l’UL doit ressentir une humiliation certaine face à cette situation. Cela ne s’est vu nulle part ailleurs au monde », ajoute cet ancien doyen.Désigné en 2016 par l’ancien ministre de l’Éducation, Élias Bou Saab, à la tête de l’UL, succédant ainsi à Adnan Sayyed Hussein dont le mandat avait expiré en octobre de la même année, M. Ayoub a attiré depuis sa nomination une série de critiques sur sa gestion de l’université. Contactés en soirée par L’OLJ, MM. Ayoub et Bou Saab étaient injoignables.

On reproche à M. Ayoub notamment de passer outre les règles de la hiérarchie au sein de l’institution en matière de prise de décision. Tant M. Khalifé que l’ancien doyen, mais aussi un responsable de l’Association des amis de l’UL (Aulib), affirment qu’il est resté à chaque fois « sourd » aux remarques et demandes. Les trois se plaignent du fait que la majorité de ses décisions est prise de manière « unilatérale », ce qui va à l’encontre des pratiques démocratiques au sein de l’université et des règles internes fondées sur le principe d’une prise de décision collégiale, notamment en matière de mutation ou de licenciement, qui nécessitent que le doyen concerné et le conseil de la faculté soient préalablement consultés.

Accusations de clientélisme
 « Comment une université peut-elle fonctionner si les règles de base ne sont pas respectées ? » se demande par ailleurs le doyen à la retraite. Il impute également au recteur de « faire fi du caractère national de l’UL et du principe d’une répartition équitable entre les différentes communautés de sorte à respecter, au minimum, le tissu social des différentes régions où sont réparties les sections de l’UL ». Le recteur est aussi accusé par cet ancien responsable d’avoir, à plusieurs reprises, « fait preuve de clientélisme en plaçant des personnes proches de sa communauté et des milieux politiques dont il est issu, en écartant des fonctionnaires, administrateurs et professeurs issus d’autres communautés, chrétiennes surtout ».

Ces « déviations », selon le terme utilisé par l’ancien doyen, ont d’ailleurs été rapportées au patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, qui a organisé une réunion avec le recteur, en présence de membres de l’Aulib. « En vain. Il promet des choses, mais continue à n’en faire qu’à sa tête », commente le vice-président de l’Aulib, le père Tony Khadra.
Dans la foulée des irrégularités qui lui sont attribuées par les responsables déjà cités, le recteur se serait également octroyé, via le conseil d’administration, des échelons supplémentaires avec effet rétroactif remontant jusqu’en 1994, obtenant ainsi une augmentation de fonds de 900 000 LL par mois pour ses recherches. « Faites le compte », commente l’ancien doyen avant d’ajouter : « Heureusement que le ministre de l’Éducation (Marwan Hamadé) a réussi à bloquer cette décision en revoyant à la baisse les échelons acquis par le recteur. »

À la question de savoir comment le conseil d’administration a pu avaliser une telle augmentation de fonds indexés à ses émoluments, l’ancien doyen répond : « Il commet un abus de pouvoir sur les doyens qui craignent de voir leur formalités administratives bloquées s’ils ne se soumettent pas. »

Pour M. Khalifé, c’est le prestige de l’UL et sa crédibilité qui sont en jeu, d’autant que le comité d’évaluation des recherches et de l’enseignement supérieur issu du Conseil de l’Europe « a mis en garde à maintes reprises contre l’absence de réformes souhaitées au sein de l’université, menaçant de suspendre les accréditations permettant aux étudiants de l’UL de poursuivre leurs études en Europe ». « L’affaire est très grave », conclut M. Khalifé.

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Badia Mazboudi

M.Issam Khalifé est un éminent professeur d'histoire, chercheur, qui a tjrs défendu les intérêts et la place de l'Université Libanaise. Cependant, ds ce différend qui l'oppose au recteur de notre université, je ne peux qu'exprimer mon indignation de voir, une fois n'est pas coutume, le nom de notre université traîner ds la boue. M. Khalifé nous dit qu'il n'y a rien de personnel en lui et M. Ayoub, je veux bien le croire, mais ce tapage médiatique a rompu les limites déontologiques, ds une volonté tacite, voulue ou non, d'abattre l'homme. Ce que je trouve inapproprié, ce sont les méthodes employées où il s'agit de deballer notre linge sale ou propre, de mettre en doute l'intégrité de notre université en la personne de son recteur. Dire que le recteur n'a pas de diplôme de médecin légiste est une insulte à tout le corps enseignant, M. Khalifé le dit lui-même : il est dans le doutev il est prêt à s'excuser s'il s'avère que le recteur possède ces documents. Ainsi donc on abat puis on s'excuse. Le mal est fait. Quant au sectarisme au Liban, parlons-en.
Badia Mazboudi. Faculté des Lettres et des Sciences Humaines.

Gebran Eid

ON TOUCHE À UN GRAND COMME MONSIEUR KHALIFÉ QUI DEVRAIT ÊTRE PROTÉGÉ ET INTOUCHABLE. UNE PERLE RARE MADE IN LIBANON. LA HONTE ! ISSAM KHALIFÉ, UN DES RARES PATRIOTES, BOURRÉ DE CONNAISSANCES CULTURELLES. PLUS HONNÊTE QUE CE MONSIEUR C'EST IMPOSSIBLE. PLUS COURAGEUX NON PLUS. SI ON AVAIT UN PRÉSIDENT QUI S'APPELLE ISSAM KHALIFÉ, LE LIBAN SERA SANS DOUTE CONNU ET RESPECTÉ DANS LE MONDE ENTIER. MAIS HÉLAS C'EST LE CONTRAIRE CE QUI SE PASEE AUJOURD'HUI, NOTRE IMAGE DE MARC VOUS LA CONNAISSEZ MALHEUREUSEMENT ET CE N'EST PAS FINI.

Gerard Avedissian

On raconte qu'on peut acheter un Doctorat a $3.000.

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