Le thérapeute libanais John Haddad (au centre) aux côtés des footballeurs Erik Botheim (à gauche) et Erling Haaland (à droite). Photo DR
Lorsque le footballeur Erling Haaland ressent une gêne physique, il ne se tourne pas forcément vers le staff médical de son équipe Manchester City. Depuis plusieurs années, l’attaquant norvégien consulte aussi un thérapeute installé... à Beyrouth. Un Libanais dont le nom est longtemps resté inconnu du grand public avant de commencer à circuler sur les réseaux sociaux, notamment au Liban, à l’occasion de la Coupe du monde de football 2026.
À 48 ans, John Haddad se présente comme « thérapeute du mouvement » et « coach en biomécanique ». Son travail consiste à corriger les restrictions de mouvement, les déséquilibres musculaires et les mécaniques articulaires propres à chaque sportif afin de prévenir les blessures ou d’en accélérer la guérison. Une méthode qu’il enseigne aujourd’hui à des praticiens dans plusieurs pays. Rien ne le prédestinait pourtant à faire désormais partie du « cercle proche » de l’un des meilleurs buteurs de la planète.
Né à Detroit, dans le Michigan, le Libanais grandit entre Abou Dhabi et Los Angeles avant que sa famille ne rentre définitivement au Liban en 1993, après la guerre civile. Il termine ses études secondaires à Eastwood College puis décroche, au début des années 2000, une licence en finance à l’Université Notre-Dame de Louaizé. En 2009, il ouvre un petit centre consacré au sport et à la nutrition. Mais les blessures récurrentes de ses patients le poussent à remettre en question les approches classiques. Enchaînant alors les formations en Allemagne, aux États-Unis et au Portugal, il se trouve d’abord « mal formé », la théorie ne correspondant pas à la pratique selon lui, puis conclut : « C’est le système lui-même qui est daté. »
Son constat est radical : « Les notions d’insertion et d’origine musculaires – soit les deux points où un muscle s’attache à l’os, l’un fixe (l’origine), l’autre mobile (l’insertion) – reposent sur des travaux vieux de 150 ans et jamais mis à jour depuis. Il faut tester les muscles quand ils bougent, pas au repos. » Selon lui, l’idée reçue voulant qu’un muscle ne se contracte que dans un sens, l’insertion se rapprochant toujours de l’origine, est fausse : « Les deux extrémités peuvent bouger si tu leur en donnes l’intention. »
Traiter « en un temps record »
Cette relecture de la mécanique musculaire est, selon lui, ce qui lui permet aujourd’hui de traiter certaines blessures « en un temps record ». Il en tire une conviction plus large : « Je pense qu’on n’a fait qu’effleurer la surface de ce qu’on pourrait vraiment accomplir en matière d’optimisation du mouvement, de prévention et de guérison des blessures. » C’est avec les sports de combat qu’il affine sa méthode dès 2011-2012, en travaillant avec des lutteurs de MMA, de Muay Thaï et de kickboxing au Liban, avant d’être approché par des athlètes internationaux. À partir de 2014, il commence à donner des formations à travers le monde. Ses patients « louent la rapidité avec laquelle je répare les blessures et, pour moi, ce n’est pas un miracle ».
La collaboration avec Erling Haaland démarre véritablement en 2020, en pleine pandémie de Covid-19, par l’intermédiaire d’un contact commun. Le footballeur règle alors son problème physique en une seule séance à distance. Les deux hommes ne se rencontrent en personne qu’en 2021 en Espagne. « Le monde du football paraît énorme de l’extérieur, mais en réalité la communauté professionnelle est toute petite, et les gens parlent entre eux », explique-t-il. C’est ainsi que le bouche-à-oreille lui amène progressivement d’autres footballeurs professionnels.
Ce qui n’était au départ qu’une relation professionnelle s’est transformé, au fil des années, en une véritable proximité. Le travail se fait en amont plutôt que dans l’urgence : à 90 % à distance, complété par des séances sur place. « Avant les matchs, on le préparait vraiment bien, et après il n’avait plus besoin de moi », raconte le thérapeute.
Petit clin d’œil au passage : Erling Haaland a adopté le mot arabe « yalla », qu’il glisse régulièrement dans ses échanges avec son coach. Ce dernier raconte surtout l’engagement sans faille du joueur : « Il est sérieux, structuré, toute l’année. Ce n’est pas juste un discours, c’est son mode de vie. Il est extrêmement engagé, c’est une vraie mentalité. »
Rester au Liban, envers et contre tout
Ce n’est pas un hasard si le nom de John Haddad n’a émergé publiquement que très récemment. « Je suis très discret dans ma façon de travailler », affirme-t-il, présentant cette réserve comme une valeur cardinale de son métier. Malgré la crise financière, l’explosion au port de Beyrouth et les guerres traversées par le pays, le thérapeute, qui possède aussi les passeports américain et français, a toujours choisi de rester au Liban. « J’aurais pu aller n’importe où dans le monde. J’ai choisi de rester parce que je pense que le Liban nous a façonnés pour devenir qui nous sommes », dit-il.



