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Liban

Quelle politique de distanciation après les propos de Nasrallah ?

Déclaration ministérielle

Les FL ont été les seules à émettre des réserves, sans succès, sur l’article du « droit à la résistance ». Certains s’interrogent déjà sur le bien-fondé d’une opposition de l’intérieur, et le parti répond...

08/02/2019

Le débat autour de la déclaration ministérielle n’était pas vraiment houleux entre les différentes composantes du nouveau gouvernement, ce qui explique son adoption en un temps record. La volonté d’éviter les sujets litigieux et de s’en tenir aux anciennes formules était évidente tout au long de ces discussions. Seule exception : les réserves formulées par les ministres des Forces libanaises autour de l’article sur « le droit à la résistance contre Israël ». À ce propos, les ministres de ce parti ont proposé de « limiter la stratégie de défense aux forces armées libanaises », faisant référence aux armes du Hezbollah, ainsi que l’a précisé May Chidiac, ministre d’État pour le Développement administratif. « Nous avons demandé que soit ajoutée cette phrase, mais cela n’a bien sûr pas été retenu », a-t-elle déclaré avant d’entrer au Conseil des ministres à Baabda.

Si la formule sur la résistance est restée inchangée dans la déclaration ministérielle, des craintes entourent également le sort du concept de distanciation (par rapport aux conflits extérieurs) – qui fait pourtant l’objet d’un engagement du gouvernement – depuis que le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a déclaré mercredi, au cours de son discours à l’occasion des 40 ans de la révolution iranienne, que « l’Iran ne sera pas seul en cas de guerre contre les États-Unis ».

L’ancien ministre Achraf Rifi a été le premier à réagir, estimant que « ces propos mettent le Liban dans l’œil du cyclone ». Et d’ajouter, dans un tweet : « Le Hezbollah entraînera-t-il le Liban dans une guerre pour défendre l’Iran ? Le pays supportera-t-il une telle guerre ? Et qu’en pensent les différentes composantes du pouvoir, surtout que l’article sur la distanciation vient d’être inclus dans la déclaration ministérielle ? »


(Lire aussi : Nasrallah prêt à demander à Téhéran une aide militaire pour l’armée)


Quel sort réserve-t-on donc à la politique de distanciation et aux armes du Hezbollah, dans le cadre d’un silence qui n’a été rompu que par les FL ? Une source de ce parti s’est contentée de dire à L’Orient-Le Jour que celui-ci « aurait souhaité que ce point fasse l’objet d’un débat plus profond et sérieux, ce qui aurait été le cas si d’autres voix s’y étaient jointes ».

Et d’ajouter : « Telle est notre lutte depuis 2005, et elle persiste parce qu’il s’agit pour nous d’un problème fondamental. » Qu’en est-il de la politique de distanciation et de la déclaration de Hassan Nasrallah sur l’Iran ? « Nous avons en fait insisté sur trois points de la déclaration présidentielle, la stratégie de défense sous l’égide de l’État, une politique étrangère qui reflète la politique du pays et l’attachement au principe de distanciation », répond-on de même source.

Pour le député FL Wehbé Katicha, cette opposition est une évidence. « Nous agissons suivant nos principes, quelles que soient les circonstances, dit-il. Nous exprimons ce que nous pensons pour que l’opinion publique soit au courant que des armes restent sous contrôle iranien. »

À une question sur la position affichée par les FL au cours de la discussion sur la déclaration ministérielle, une source proche du Hezbollah affirme à L’OLJ qu’« il n’y a rien de surprenant, telle a été la position de ce parti de tout temps parce qu’il se base sur le fait que l’armée peut protéger le territoire libanais contre Israël ». Selon cette source, « l’action du Hezbollah a réussi à instaurer un équilibre parfait qui décourage l’ennemi tout en dissipant les craintes sur le plan interne ».

La contestation des FL portait cependant sur le fait qu’il faut placer ces armes et cette stratégie de défense sous l’égide de l’État… « Pourquoi changer une formule qui fonctionne bien ? » se demande cette source.


(Pour mémoire : Nasrallah à Netanyahu : Le nouveau gouvernement n'est pas "le gouvernement du Hezbollah")


« Des inquiétudes qui n’ont pas de sens »
La déclaration du secrétaire général du Hezbollah sur l’Iran ne va-t-elle pas à l’encontre de la politique de distanciation du gouvernement? « Ce genre d’inquiétudes n’a pas de sens, affirme-t-elle. L’Iran est menacé depuis 1979. Si une guerre éclatait contre ce pays, ce serait un bouleversement total de toute la région, et il serait alors impossible de rester neutre. » Et d’ajouter : « Le Liban est en sécurité, quoi qu’on en dise, et même l’intervention en Syrie a protégé nos frontières. Mais est-on seulement d’accord sur l’identité de notre ennemi au Liban? »

À l’opposé du Hezbollah, les alliés traditionnels des FL, eux, émettent certains doutes sur l’efficacité d’une opposition au sein du gouvernement. Interrogé par L’OLJ sur les réserves exprimées par le parti lors de la réunion portant sur la déclaration ministérielle, le général à la retraite Khalil Hélou, analyste politique et militaire, a estimé que « cette opposition des FL est de pure forme dans un gouvernement clairement mené par le Hezbollah ». « Tout le monde sait qu’il n’y a pas de déclaration ministérielle si le Hezbollah ne l’approuve pas, et les FL ont accepté ce marché », a-t-il ajouté.

À ces propos, tenus aussi par d’autres opposants, la source FL précitée dénonce « de la surenchère ». « Il ne fait pas de doute qu’il y a une coexistence politique actuellement, mais ni le Hezbollah ne peut annuler les partis souverainistes, ni ceux-ci ne peuvent obliger le Hezbollah à abandonner ses armes dans la conjoncture actuelle, poursuit-elle. Mais même au plus fort du 14 Mars, qu’avions-nous pu faire ? L’opposition au sein du gouvernement est la seule option possible actuellement. »

Le général Hélou ne se fait pas d’illusions sur la période à venir. « Toute opposition de poids est désormais inexistante, dit-il. Au Parlement, il n’y a que le bloc Kataëb hors du pouvoir, mais il a une marge de manœuvre limitée de par le nombre de ses députés. À l’extérieur, beaucoup d’opposants au gouvernement sont des membres de la société civile dont les revendications sont loin de cette question stratégique des armes en dehors de la légalité. Dorénavant, nous sommes clairement alignés sur l’Iran, et le concept de distanciation n’a plus aucun sens. »


Lire aussi

Il y a 13 ans, le CPL et le Hezbollah scellaient leur alliance

L’opposition stigmatise « un gouvernement largement déséquilibré en faveur du Hezbollah »


Et notre dossier

I- Les prémices libanaises de la naissance du Hezbollah

II – Le projet Hezbollah à l’ombre de la révolution iranienne

III – Le Hezbollah entre culture de l’espace et intégration au système libanais


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Gebran Eid

BRAVO Le Faucon Pèlerin, RÉSISTER AUX MOULINS À VENT. ISRAEL N'A PAS OCCUPER À CE JOUR LE LIBAN, MALHEUREUSEMENT CA NE VA PAS TARDER À VENIR.

DAMMOUS Hanna

Dit-on d'un côté le grand Satan finance et dicte ce que fait le petit Satan avec approbation de ses vassaux; de l'autre côté le grand ayatollah finance et dicte au petit ayatollah ce qu'il doit faire avec le concours de ses vassaux. Le reste du monde dans cette région est une quantité négligeable. Dur dur la réalité pour ceux qui veulent contrôler leur destins.

Sarkis Serge Tateossian

Je ne vise personne, je commente une réalité.

Les 30 dernières années, voilà ce que a changé au Liban.

Au début de la guerre civile au Liban, la Syrie se positionnait en force dominante et au fut et au mesure elle à mis notre pays sous tutelle.

L'Iran pays encore plus influent ayant des ambitions régionales a bien joué ses cartes. La guerre civile en Syrie a particulièrement profité à l'Iran qui s'est positionné en sauveur de la Syrie (l'arroseur, arrosé).
Pour l'Iran, Israël est devenu un fabuleux prétexte pour avancer son influence.

Résultat ?

Le regretté grand reporter, le journaliste Antoine Sfeir disait sur une chaîne française il y a plus de dix ans : l'Iran et pour la première fois a réussi à étandre son influence depuis le golf persique jusqu'au Liban en passant par la Syrie.

On voit bien que tout ceci est une question d'influence régionale et les petites guerres contre Israël n'est qu'un prétexte pour placer ses pions.

Ainsi va l'histoire depuis la nuit des temps...

Le Faucon Pèlerin

La stratégie de défense incombe exclusivement à l'armée libanaise. Aucun autre point de vue n'est accepté.
Quant au terme "résistance" employé à tort et à travers ne doit jamais exister en dehors de la France et ce, par respect envers la Résistance française contre l'occupant nazi. Le Liban n'étant pas occupé par un pays étranger, il est inutile et absurde de "résister" aux moulins à vent.

Gebran Eid

C'EST CONFIRMÉ MAINTENANT POUR TOUT LE MONDE ENTIER, NOTAMMENT POUR ISRAEL. LE GOUVERNEMENT DU LIBAN EST SOUS LES ORDRES DE L'IRAN. LE HEZBOLLAH EST UNE BRANCHE DE L'ARMÉE IRANIENNE SUR LE SOL LIBANAIS FACE À ISRAEL QUI ATTEND L'OCCASION POUR TAPER L'IRAN. ISREAL N'A JAMAIS EU UNE BELLE OPPORTUNITÉ COMME AUJOURD'HUI. VU LA SITUATION ACTUELLE AU LIBAN. ÇA SE SENT MAUVAIS....POUR TAPER L'IRAN, ON COMMENCE PAR OÙ ? SAUVE QUI PEUT.

Irene Said

Une milice dont les membres sont de nationalité libanaise, il est vrai, mais dont le chef Hassan Nasrallah reconnaît sans aucune gêne qu'il agit sur les ordres de son commanditaire et financier l'Iran pour accomplir les projets de ce pays...qui ne consistent pas seulement à "résister à Israël"...mais aussi a établir ce fameux "axe de la résistance IRAN-IRAK-SYRIE...et le Liban". Non pour des raisons de paix, mais pour entretenir un état de guerre permanent dans notre région.
Donc, cette milice "occupe" effectivement notre pays en grande partie pour des projets d'un pays étranger.
Et la soi disant "résistance à Israël" ne constitue qu'une petite partie de ses activités, qui risquent à tout moment de déclencher sur notre territoire une guerre destructrice qui ne nous concerne pas vraiment, mais le conflit Iran-Israël
Irène Saïd

gaby sioufi

je cite : "" Si une guerre éclatait contre ce pays( iran) ce serait un bouleversement total de toute la région, et il serait alors impossible de rester neutre""-fin de citation
VRAIE a 100% la replique des sources proches du hezb.
la guerre du yemen ne nous a engage a rien de mechant....C DONC BIEN la relation hezb//vali fakih qui met le Liban au devant des perils. aboutir a la conscription obligatoire aux fins de le defendre -il n y a pas loin -

--""Pourquoi changer une formule qui fonctionne bien ""??
VRAIE a 100% cette formule magique.elle est tellement "Generale " qu'on ne peut decemment pas la refuter.
bien entendu si on ne veut pas la dissequer .

AIGLEPERçANT

Si on me permet une dernière réflexion, ne pensez vous pas que le consensus actuel de ce qui nous arrive au Liban , ne serait-il pas mondial ?

On attendra Scarlett , la seule professionnelle un peu plus dans le secret des dieux , que les autres.

AIGLEPERçANT

C'est assurément un

Liban NOUVEAU en ce sens quil n'est plus aligné sur les influences du passé qui nous faisaient prendre des claques sans reagir, par nos soit disant alliés du passé.

C'est un Liban LIBRE en ce sens qu'on a un parlement , un gouvernement représentant toutes les tendances politiques du pays , et que nos décisions sont prises dans l'enceinte de nos institutions. Desquelles les fl de geagix , bien que s'étant opposés ont fini par voter .

C'est un Liban DEMOCRATIQUE, toutes les voix et tendances se sont exprimées.

C'est un Liban INDÉPENDANT, oui INDÉPENDANT, en ce sens que dorénavant les décisions qui seront prises ne seront plus jamais alignées sur des machin onu et autres institutions qui nous maintenaient la tête dans le gaz dans l'intérêt d'un usurpateur .

Et enfin un Liban FORT, FORT , FORT avec un président PHARE AOUN VISIONNAIRE, avec des armes efficaces et dissuasives , ma question est que veulent de plus les usurpateurs pour nous attaquer ? Sils ne le FONT PAS cest que eux ils savent mieux que personne pourquoi .

Si ça n'avait pas été dans ce sens , ça aurait été dans un autre.
Driver's Seat is the best way To enjoy .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA MAINMISE EST DE MISE... ET REVENT CEUX QUI PARLENT DE DISTANCIATION DE L,ETAT CAR IL N,Y A PAS D,ETAT !

EDDE PAUL

Puis je prétendre que cette ferveur pour des sujets politiques que Sayed Nasrallah montre avec insistance depuis un certain temps soit quelque part un début d’invasion De l’arène Politique un espace actuellement favorable à une main mise à partir des méfaits de la démocratie dans un pays où la démocratie est la loi du nombre pour un nombre que les moutons de Panurge en sont maîtres ! Soit nous acceptons la dénomination «  démocratie » et ses conséquences soit plutôt s’atteler à en forger une reflétant les complexités d’un pays portant un message de convivialité ;si non avoir le courage de dire : notre système est purement libanais c.-à-d. De la purée en voie de pourrissement et de disparition : une façon de fuir encore et encore les réalités

Yves Prevost

"Toute opposition de poids est désormais inexistante". Le général Hélou a malheureusement raison!
"Dorénavant, nous sommes clairement alignés sur l’Iran, et le concept de distanciation n’a plus aucun sens". Au moment même où est publié le texte de la déclaration ministérielle - approuvée par les ministres du Hezbollah - son secrétaire général la contredit publiquement. Il est d'ailleurs coutumier du fait. Ceci signifie clairement: "Président de la République, Assemblée ou gouvernement, vous pouvez dire tout ce que vous voulez, cela n'a pas d'importance: de toutes façons, c'est MA politique qui est mise en oeuvre"

Bery tus

Me wehbeh détrompez vous !! Les FL au contraire de certains que vous défendez savent ce qh’ils Font

Zovighian Michel

Les déclarations de Nasrallah créent une anxiété chez les investisseurs Libanais et étrangers alors que le Liban est enfoncé dans une crise économique, financière, et monétaire. Exactement quels sont les mots que Nasrallah ne comprend pas.

Le problème des dictateurs, des militaires, et des religieux est qu'ils ne comprennent pas la complexité des liens entre les multiples composantes qui font qu'un pays est ce qu'il est devenu... mais n'est pas ce qu'il aurait pu être.

Pour eux, l'importance du pouvoir, ou du nationalisme, ou de la religion, est prédominante au dépend de toutes autres considérations. L'histoire a montré que c'est de très mauvais gérants.

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