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Culture

Valérie Cachard, la voix des autres

L’artiste de la semaine

Depuis une dizaine d’années qu’elle s’active sur la scène créative libanaise, cette femme discrète a collaboré avec de nombreux artistes et signé plusieurs œuvres originales. Portrait d’une artiste touche-à-tout qui propose en ce moment au musée Sursock une mystérieuse rencontre interactive.*

01/02/2019

Présenter Valérie Cachard à l’aide d’un seul épithète n’expliquerait pas grand-chose : oscillant à mi-chemin entre l’écriture, le théâtre, l’enseignement, la danse, le chant, ou encore l’audiovisuel, elle finirait presque par en devenir insaisissable. Pourtant, tant les actes que la parole ne manquent pas à cette Libanaise de 40 ans, dont le grand-père a francisé le nom de famille pour des raisons qui demeureront mystérieuses. Dans le jardin de l’Institut français de Jounieh (où, parmi ses innombrables activités, elle corrige de temps en temps des copies du DELF, le fameux Diplôme d’étude de langue française), sous un radieux soleil de janvier, elle retrace les différentes étapes d’une vie pleine de virages, de « déviations et autres tournants ».

« Tout a commencé avec la littérature. Peut-être parce que c’est un art extrêmement tourné vers le monde, la littérature pousse à creuser en soi », raconte-t-elle. Pourtant, premier indice d’un esprit curieux (ou peut-être un peu éparpillé), à peine s’est-elle lancée dans une licence de lettres françaises à l’Université Saint-Joseph qu’elle s’inscrit à un DESS de journalisme francophone à l’Université libanaise. En même temps, elle fait deux années de psychologie à l’UL. Mais cette fois-ci, c’est trop : elle s’arrête à mi-chemin. Pourtant, moins d’une dizaine d’années plus tard, en 2009, elle reprend les études et obtient un master de littérature française de l’USJ, université où elle a d’ailleurs donné des cours de théâtre, de langue et de culture, ainsi qu’un atelier d’écriture de 2016 à 2018. Sans oublier qu’il y a à peine trois ans, elle passait une licence en cinéma par correspondance avec l’Université de Paris III. « J’ai commencé à faire du théâtre en 2001. Depuis, j’ai fait énormément de stages au Liban et en France, de l’improvisation, du mime, du chant... » Elle l’admet aussi : « Ma formation dans le théâtre est assez éclatée. » Cette forme d’éclatement ou de dispersion n’aura pas empêché Valérie Cachard de monter et de jouer une pièce de théâtre il y a quelques mois au Monnot : L’histoire de l’œuf et la poule est un conte musical d’origine angolaise qui m’a été inspiré des trois ans que j’ai passés dans ce pays. La pièce a attiré des écoles, des clubs, des festivals, mais pour l’instant on est en suspens, car on a tous des métiers à côté. Et des métiers, Valérie Cachard en a exercés en nombre...

« L’art me permet de me sentir moins seule »

Entre 2001 et 2010, elle enseigne le français et le théâtre au Grand Lycée franco-libanais. Une expérience qui aboutira à un des projets « les plus importants de (sa) vie » : en 2010, elle monte avec ses élèves un spectacle à partir de lettres écrites par des personnes libanaises anonymes et connues, et qu’ils jouent dans les bureaux de poste. Puis, elle et son mari partent. Elle, qui n’avait pas quitté le Liban pendant la guerre, s’en va vivre pendant six ans à l’étranger, jusqu’en 2016. Ils vont en Angola, en Turquie, un peu en France, un peu en Asie du Sud-Est. Déracinée, loin de ses proches, son regard sur les choses change. « Pendant les six ans où je n’étais pas au Liban, mon activité artistique a pris le pas sur tout le reste », explique-t-elle. Elle fait des allers-retours au Liban et collabore avec des artistes plasticiens comme Saïd Baalbaki ou François Sargologo. Elle écrit. L’année 2015 est une année phare : elle publie un recueil de sept nouvelles regroupées sous le titre Déviations et autres détours chez Tamyras, une maison d’édition qui a fermé ses portes depuis. Le recueil, dont le titre semblerait presque autobiographique, est présélectionné pour des prix en France. « Chaque nouvelle met en lumière des choses qui m’ont touchée à un moment donné, comme la disparition forcée, les bombes qui explosent, une femme qui veut un enfant mais ne peut lui donner la citoyenneté libanaise… » livre-t-elle.

En parallèle, Valérie Cachard entame une collaboration de plus de sept ans avec Gregory Buchakjian. Quand elle revient au Liban, elle se lance avec l’artiste-chercheur dans l’exploration des habitats abandonnés de la capitale libanaise. Aujourd’hui, après avoir édité le livre de l’exposition, Valérie Cachard a imaginé une activité pour le moins originale qui consiste à recréer les étapes et les sensations qu’ils ont connues, elle et Gregory Buchakjian, en visitant ces lieux, pour les faire vivre à qui voudra. Pour ne pas gâcher la surprise, elle raconte à demi-mot : « C’est un jeu de cartes que j’ai inventé. En face à face avec moi, un spectateur-acteur va interagir dans le musée, dans des endroits où il ne serait normalement jamais allé. Pendant une quarantaine de minutes, on va jouer et échanger des confidences autour du thème de l’exposition. À terme, j’aimerais produire une œuvre à partir de ces interactions. » Un exercice qui permet de donner consistance à la voix d’un spectateur, un pari osé et intrigant que les plus curieux ne sauraient manquer…

* « La table des confidences », rencontre interactive de Valérie Cachard dans le cadre de l’exposition de Gregory Buchakjian « Abandoned Dwellings: Display of Systems » au musée Sursock. Les 2, 7, 9 et 11 février.

Réservations sur Ihjoz.com.

1979

Naissance à Beyrouth.

Novembre 2010

Premier solo de « Matriochka ou l’art de s’évider », sa première création théâtrale. Une manière de tout rassembler avant de quitter le Liban pour six ans. Première visite d’un appartement abandonné avec Gregory Buchakjian.

Octobre 2011

Première résidence d’auteur au théâtre du Tarmac, premiers ateliers d’écriture en milieu carcéral.

Décembre 2013

Visite de la ville abandonnée Kolmanscop en Namibie et premier nez à nez avec un rhinocéros blanc un peu plus tard.

Mai 2014

Visite de « Situation Rooms » de Rimini Protokoll à la Villette à Paris : une révélation politico-théâtrale.

Juin 2015

Début de la collaboration avec Saïd Baalbacki sur son projet « Memories of stone », écriture de Nos âmes en chantier.

2016

Visite de l’exposition « Se souvenir de la lumière » de Joreige/Hadjithomas au jeu de paume. Très longue pause devant « Wonder Beirut » et coup de cœur pour « Ismyrne », en conversation avec Etel Adnan.

2019

Lecture attentive et studieuse de Sophie Calle avec laquelle elle s’endort en ce moment tous les soirs.


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