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Liban

Gouvernement : une nouvelle équipe d’ici à une semaine, « voire moins », claironne Berry...

crise

Saad Hariri travaillerait sur une formule de trente ministres où siégerait un nouvel « oiseau rare » neutre ou polyvalent.

Fady NOUN | OLJ
23/01/2019

Les tractations pour la mise sur pied d’un nouveau gouvernement ont repris après plusieurs semaines de blocage, liées à l’organisation du sommet économique de la Ligue arabe et aux polémiques qui ont entouré cet événement. C’est ainsi qu’après avoir reçu, lundi, le président du CPL, Gebran Bassil, le Premier ministre désigné, Saad Hariri, s’est rendu hier à Aïn el-Tiné. À l’issue de la rencontre, le président de la Chambre, Nabih Berry, a lâché la grande nouvelle, affirmant que Saad Hariri « espère que le nouveau gouvernement verra le jour d’ici à une semaine, voire moins ».

Au bout de sa laborieuse gésine de huit mois, le Liban va-t-il enfin accoucher d’un gouvernement ? « Saad Hariri redouble d’efforts », a affirmé M. Berry, avec cette réserve : « Si une promesse ferme de formation du gouvernement n’est pas faite, je demanderai au gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes de se réunir pour examiner le budget 2019 et je convoquerai le Parlement à des séances législatives. »

Contrairement à M. Hariri, qui a observé un mutisme total à ce sujet, M. Berry a précisé, au sujet de la formule envisagée, que M. Hariri n’a toujours pas l’intention de former un gouvernement de 32 ministres, une solution qui a eu l’appui du chef de l’État et du Courant patriotique libre, mais que M. Hariri a nettement rejetée, car elle prévoyait l’attribution d’un ministère à un alaouite, une décision qui aurait créé un précédent non souhaitable à ses yeux.

En l’absence de toute déclaration de M. Hariri, force est quand même de déduire que, si la formule des 32 est exclue, c’est probablement à la formule des trois blocs de dix ministres qu’il songe à nouveau. Selon des sources fiables, c’est en effet dans cette direction que l’on avance, avec une réédition de la tentative Jawad Adra, le ministre sunnite agréé en un premier temps par les députés sunnites de la Rencontre consultative, mais dont la nomination s’est heurtée à un problème d’allégeance, quand M. Adra, revendiqué par le CPL, a refusé de son côté d’être le représentant exclusif au sein du gouvernement des sunnites non haririens.

Selon la source citée, les trois présidents seraient depuis hier à la recherche de l’oiseau rare qui représenterait aussi bien le bloc du CPL que les sunnites anti-haririens, les seconds renonçant à l’allégeance exclusive, et le premier renonçant (à moitié) au tiers de blocage. La concession du Hezbollah consisterait, elle, à renoncer à voir le député sunnite de leur camp soustrait de la part du Premier ministre et à convaincre les sunnites indépendants de la nécessité d’être en retrait par rapport à leurs premières exigences.


(Lire aussi : Mieux vaut Qatar..., l'éditorial de Issa GORAIEB)


Sons de cloche opposés

S’exprimant en leur nom, Abdel Rahim Mrad a quand même affirmé hier n’avoir encore vent « d’aucun progrès significatif » en ce qui concerne la formation du gouvernement.

Son de cloche tout à fait opposé, côté CPL. C’est ainsi qu’en écho à l’impatience du chef de l’État, le secrétaire général du bloc du Changement et de la Réforme, Ibrahim Kanaan, a déclaré hier à l’issue de la réunion hebdomadaire de ce bloc que la formation du nouveau gouvernement n’est plus qu’« une question de jours », que « le tour de la question avait été fait » et que « rien ne doit empêcher que la question soit désormais clairement tranchée ».

« Les Libanais sont à bout de patience et nous de même », a même été jusqu’à dire M. Kanaan. Une annonce qui correspond aussi à l’urgence économique qui se fait sentir de tous, et qui a fait dire hier au ministre Pierre Bou Assi, dans une déclaration radiodiffusée, que « chaque minute de retard dans la formation du gouvernement compte… et coûte ».

Explications

Selon la source citée, cet assouplissement des positions s’expliquerait par trois raisons : la situation économique, avec la régression de la notion du Liban par Moody’s, l’impatience du chef de l’État, alarmé par le niveau atteint par la corruption et impatient de commencer à la contrecarrer, et enfin la situation régionale, avec un raidissement progressif des axes régionaux et la nécessité pour le Hezbollah de « s’abriter » politiquement derrière un gouvernement, à l’heure où Israël, pour compenser le retrait des forces américaines de Syrie, étale et fait même la promotion de son interventionnisme militaire en Syrie. L’impossibilité de dissocier ce qui se passe au Liban de l’évolution de la situation régionale éclate d’ailleurs aux yeux de tous et le ministre de l’Intérieur en a fait état hier devant la représentante du secrétaire général de l’ONU au Liban, Pernille Cardel.

Par ailleurs, certaines données internes rendent plus crédibles qu’auparavant une sortie de crise. C’est ainsi qu’on a entendu Nabih Berry affirmer hier que ses relations avec le président de la République et le chef du CPL, Gebran Bassil, sont « bonnes », alors qu’on croyait les trois hommes à couteaux tirés une semaine avant la tenue du sommet économique de la Ligue arabe. Et M. Berry d’ajouter que ni son bloc ni celui du Hezbollah « n’ont de problème avec Saad Hariri ». Selon les observateurs, les déclarations de M. Bassil favorables à une réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe seraient l’une des causes du réchauffement des relations avec le Hezbollah et comme un acompte versé par le CPL au parti chiite en échange d’un assouplissement de l’appui de ce dernier aux sunnites du 8 Mars. Rommel Saber, vice-président du CPL pour les affaires administratives, a même ouvertement évoqué à la télévision la possibilité d’une prochaine visite de M. Bassil à Damas.


(Lire aussi : Pressions intérieures et extérieures autour du cabinet : qui l’emportera ?)


Faille systémique

Le vent d’optimisme au sujet d’une prochaine formation du nouveau gouvernement a, par coïncidence, soufflé quelques heures après une conférence de presse du député Jamil Sayyed, membre du bloc du Hezbollah, au cours de laquelle l’ancien directeur général de la Sûreté converti avait invité le président de la Chambre à accorder une dernière chance d’une semaine au processus, avant de convoquer le Parlement et de voter en faveur d’un retrait du mandat de M. Hariri, une éventualité qui ne figure pas dans la Constitution.

Refusant d’attribuer la responsabilité de l’échec du processus au seul Premier ministre désigné. M. Sayyed avait fait état d’une « faille systémique ».

Répondant plutôt sèchement à ces injonctions, le président de la Chambre avait assuré « connaître (ses) devoirs », autant qu’il connaît « le pays, ses intérêts et ses besoins ».


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Wlek Sanferlou

Mêmes fauteuils, mêmes poses, mêmes cravates, mêmes regards hagards ou amusés, mêmes têtes, mêmes nouvelles et mêmes commentaires et promesses, enfin les mêmes politiciens et leurs enfants depuis des décennies, mêmes avenir furtif qui nous file d'entre les doigts comme un cerf volant dont on a lâché le fil...
En attentant Godot ?

ON DIT QUOI ?

Il suffirait de peu pour que le Liban reparte sur le chapeau des roues, pour le bien de toute la nation.

Vraiment peu. On a tout ce qu'il faut pour transformer l'essai.

Sarkis Serge Tateossian

On en a tellement entendu....que cette fois-ci j'ai envie de dire : Yalla hat-enchouf ya baba. Natrine.
C'est noté pour la énième fois !
Et un grand sourire aux lèvres bien-sûr.

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