L'éditorial de Issa GORAIEB

Mieux vaut Qatar...

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
23/01/2019

Qu’il faut peu de chose à la propagande officielle pour, d’une pitoyable déroute, s’appliquer à faire une réussite. Ou, du moins, un très appréciable demi-succès !


En participant in extremis au sommet arabe du week-end dernier à Beyrouth, l’émir de Qatar ne faisait probablement que saisir au bond l’occasion de faire la nique à ses frères ennemis d’Arabie saoudite. En cédant à l’insistance de l’hôte libanais, il a certes porté du simple au double le niveau de représentation des délégations étrangères qui se limitait à un seul et unique chef d’Etat, alors que la Ligue en compte une bonne vingtaine. Et même si le monarque n’a pas attendu la clôture de la séance inaugurale pour rentrer chez lui, il s’est engagé à acquérir pour un demi-milliard de dollars de bons du Trésor libanais.


Le brave homme, nous assure-t-on, manifestait ainsi sa confiance dans la parfaite capacité de l’État à honorer sa dette publique, intérêts compris. Manque de pot, c’est presque au même moment que la très sérieuse agence de notation financière Moody’s déclassait la note souveraine du Liban, pour cause d’important retard dans la formation d’un gouvernement et dans la mise en œuvre des réformes exigées par la communauté internationale désireuse d’aider notre pays. L’agence n’exclut pas même la funeste éventualité d’un rééchelonnement de la dette : celle-là même qu’évoquait récemment le ministre libanais des Finances lui-même avant de se dédire, suite aux mises au point rassurantes apportées en quatrième vitesse par le chef de l’État et le gouverneur de la Banque centrale. Tout cela pour dire que pour bienvenus qu’ils soient, les 500 millions de l’émir Tamim ben Hamad al-Thani – une paille pour le richissime Qatar – devront faire beaucoup de petits pour renverser notablement la tendance. De fait – croisons les doigts – les Saoudiens, apparemment piqués au vif, promettaient hier d’ouvrir à leur tour les cordons de la bourse.


Un autre motif de gloriole officielle est la campagne menée par le régime, dans ses deux avatars de beau-père et beau-fils, pour une réhabilitation arabe de la Syrie ; un tel retour dans le giron de la Ligue étant propre, selon eux, à faciliter celui, dans leurs foyers, des réfugiés syriens installés au Liban. Sans citer expressément nos voisins de l’Est, le président Michel Aoun a proposé aux congressistes la création d’une banque pour la reconstruction des pays arabes en guerre. Plus volubile, c’est presque avec des trémolos dans la voix que le ministre des Affaires étrangères a vanté l’expertise des entrepreneurs en matière de chantiers. On notera au passage que celui de Syrie promet d’être particulièrement juteux, compte(s) tenu de l’ampleur effroyable des dégâts causés par les barils explosifs de Bachar al-Assad largués sur les zones habitées. Anticipant allègrement de la fin du conflit syrien, on se montre en somme plus soucieux de remettre en état des édifices de pierre et de béton que de reconstruire une relation de confiance, de bon voisinage, de coopération sincère dénuée de toutes visées suspectes avec le régime baassiste. Lequel, pourtant, ne montre nulle disposition à s’amender et à rompre avec un long passé de criminelles violences faites au Liban.


Pour couronner le tout, les participants à la conférence de Beyrouth auront été les témoins des incroyables dysfonctionnements d’une démocratie libanaise qui, dans le passé, et par crainte de la contagion, ne cessait de donner des sueurs froides aux potentats et dictateurs arabes. Ici en effet, un président de la République qui, pour être l’hôte naturel du sommet, n’était pas maître pour autant de la liste des invités ; là, un chef du législatif exigeant dans le même temps la participation d’une Syrie non encore réhabilitée par la Ligue et l’exclusion de la Libye ; et là encore, un Premier ministre notoirement réfractaire à toute normalisation avec Damas et réduit à qualifier de personnelles, non officielles et non avenues, les idées de son ministre des AE sur la question !


Les tyrannies peuvent dormir tranquilles : c’est une république en pièces détachées qu’elles viennent de voir à l’œuvre. En live.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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