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Liban

Pressions intérieures et extérieures autour du cabinet : qui l’emportera ?

Éclairage
23/01/2019

Timidement, les contacts politiques ont repris dans la perspective d’une formation d’un nouveau gouvernement, attendue depuis 8 mois. Après son entretien, lundi soir avec le chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, qu’il a reçu à la Maison du Centre, le Premier ministre désigné, Saad Hariri, s’est rendu hier auprès du président de la Chambre, Nabih Berry, pour un entretien qui a été qualifié de positif et de constructif par les deux parties.

Dans les milieux du CPL, on s’efforce de distiller un climat positif en présentant le déblocage au niveau du dossier gouvernemental comme étant prochain. On se fonde pour cela sur la détermination du président Michel Aoun à obtenir la mise en place d’un cabinet qui assurera le suivi nécessaire de la CEDRE, la conférence économique qui s’était tenue à Paris, le 6 avril dernier, à l’initiative du président français, Emmanuel Macron, ainsi que du sommet économique arabe qui s’est tenu le week-end dernier à Beyrouth et au cours duquel le chef de l’État avait proposé la création d’une Banque arabe de reconstruction.

Sauf qu’à la Maison du Centre, l’optimisme affiché dans les milieux aounistes est loin d’être partagé. Les nœuds à l’origine du blocage restent les mêmes et chaque partie campe sur ses positions. Le Premier ministre désigné reste ainsi attaché à la formule des trois dix qui ne permet à aucune des forces en présence de détenir une minorité de blocage dans le prochain cabinet, ainsi qu’à la répartition des portefeuilles qu’il avait proposés entre les différents courants politiques. Toutes les idées qui perturberaient l’équilibre qu’il avait réussi à établir au niveau de la composition de son équipe sont irrecevables pour lui. C’est ce qu’il a fait savoir à M. Bassil et c’est ce qu’il a répété devant Nabih Berry hier.


(Lire aussi : Mieux vaut Qatar..., l'éditorial de Issa GORAIEB)


Même si la plupart des parties s’efforcent d’assurer que les raisons du blocage sont strictement locales, de sources diplomatiques occidentales on souligne que c’est en dehors des frontières libanaises qu’elles se trouvent. Toujours est-il que tant que Gebran Bassil n’aura pas renoncé à avoir le tiers de blocage et tant que le Hezbollah continue d’insister sur l’intégration d’un ministre sunnite anti-Hariri dans la quote-part réservée au Premier ministre désigné, il sera utopique d’espérer que la nouvelle équipe de Saad Hariri voie le jour, estime-t-on de mêmes sources.

Cela ne veut pas pour autant dire que la naissance du gouvernement est impossible dans les circonstances actuelles. La conjoncture régionale pourrait favoriser la mise en place d’un gouvernement. Toute la question est de savoir suivant quel scénario et quel équilibre des forces. Selon une analyse faite par ces mêmes sources, l’échec du mouvement Amal et du Hezbollah à obtenir le report du sommet économique arabe, à l’instigation de leurs alliés régionaux, pourrait pousser le Hezbollah à faciliter la mission de Saad Hariri, mais suivant ses propres conditions. C’est que le sommet économique de Beyrouth que les pays du Golfe ont maintenu en dépit de tous les incidents qui l’ont entouré est considéré comme une réunion préparatoire à la conférence qui se tiendra à Varsovie le mois prochain. Organisées conjointement par les États-Unis et la Pologne, ces assises porteront sur la paix et la sécurité au Moyen-Orient et sont en quelque sorte perçues comme étant dirigées contre l’Iran. Toujours suivant la même analyse, le Hezbollah pourrait faciliter la formation du gouvernement avant la réunion de Varsovie, parce qu’il a besoin d’une couverture officielle, en sa qualité de membre du gouvernement et du Parlement libanais.

C’est dans ce contexte qu’on place, de mêmes sources, la détente amorcée par Aïn el-Tiné au lendemain du sommet économique arabe. L’hommage rendu par Nabih Berry à Gebran Bassil au sujet de la position de ce dernier par rapport à la Syrie – il avait plaidé pour son retour au sein de la Ligue arabe – ainsi que les compliments adressés dans les milieux du président de la Chambre à Michel Aoun pour sa gestion des réunions du somme, ont été interprétés comme une tentative chiite de tourner la page de la tension qui avait surgi entre Baabda et Aïn el-Tiné avant la tenue du sommet. La présidence de la République ne peut que réagir favorablement à l’initiative de Aïn el-Tiné, tout en tirant les leçons des événements qui ont ponctué le sommet arabe, et qui ont surtout servi à montrer que l’axe syro-iranien a son mot à dire dans le pays.

C’est ce qui a poussé certains milieux à s’interroger sur le point de savoir si la clé de la formation du gouvernement ne sera livrée par Damas, compte tenu des rumeurs persistantes sur les préparatifs d’une visite de Gebran Bassil à Damas, placée sous le signe d’une médiation libanaise pour ramener la Syrie à la Ligue arabe. Si cette visite se produit et si elle sera suivie de la mise en place d’un cabinet, elle confirmera surtout le maintien de l’influence syrienne sur le Liban et sera considérée comme un message adressé aux puissances réunies à Varsovie, selon lequel le Liban fait partie intégrante de « l’axe de la résistance ».





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gaby sioufi

normal qu'on ne sache quoi penser, quoi ecrire !

normal qu'on soit plus que sceptique.

normal qu'on ne s'attendent plus a rien de leur part .

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