La page d’Oslo est terminée, mais impossible à tourner

Le 11 mai 2018, dans la bande de Gaza, le Palestinien Saber al-Ashkar, 29 ans, lance des pierres durant des affrontements avec les forces israéliennes le long de la frontière, à l’est de la ville de Gaza. AFP/Mahmud HAMS

Rétrospective Monde 2018

Les Palestiniens sont plus que jamais coincés dans une impasse politique.

05/01/2019

Comment raconter, encore et encore, l’actualité du plus vieux conflit du Proche-Orient sans pour autant se répéter ? Comment raconter la nouveauté d’un conflit qui a la double caractéristique de ne pas vraiment évoluer, mais de sans cesse devenir plus insoluble ? 2018 aura été à la fois semblable et pire que les années précédentes pour les Palestiniens : elle pourrait se résumer par la colère désespérée de ces jeunes Gazaouis qui ont couru vers la mort. C’était au mois de mai, le 14, c’était le moment palestinien : Américains et Israéliens faisaient couler le champagne à flots pour célébrer l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, tandis que plus de 50 Palestiniens étaient abattus par des soldats israéliens à quelques dizaines de kilomètres plus au sud (plus de 150 Palestiniens ont été tués en tout pendant la « marche du retour »). Le moment n’aura toutefois pas duré.


(14 mai à Gaza : la journée la plus sanglante depuis 2014 en 14 photos)


2018 était l’année d’un double anniversaire : les 25 ans d’Oslo et les 70 ans de la Nakba. Comme une double claque qui a plus que jamais donné l’impression que les Palestiniens sont coincés dans une impasse politique. 25 ans après Oslo, qui a donné naissance à l’Autorité palestinienne, embryon voulu d’un État palestinien, la génération Arafat a pris conscience de son échec. Oslo apparaît aujourd’hui comme un leurre qui les a amenés à faire nombre de concessions sans rien, ou presque, recevoir en échange. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu ne veut pas entendre parler de la solution à deux États et poursuit sa politique de colonisation qui fait plus que compromettre la création d’une entité palestinienne. La communauté internationale, au mieux, se contente de rappeler cet objectif sans mettre pour autant la pression sur le gouvernement israélien pour y parvenir ; au pire, se rallie à la vision israélienne d’un problème interne qui se résout par des moyens de police et demande au contraire aux Palestiniens d’être moins exigeants.


(Lire aussi : Gilbert Achcar : Les accords d’Oslo ont accéléré la colonisation israélienne)


En 2018, la page Oslo semble terminée mais impossible à tourner. Et pour cause : le leadership palestinien, englué dans ses querelles de clans, apparaît incapable de penser l’après. La solution à un État binational est brandie comme une menace, mais pas vraiment défendue. L’Autorité palestinienne s’accroche à l’idée d’une solution à deux États sans développer la moindre stratégie pour y parvenir, dans un contexte où tous les voyants sont au rouge : le président Mahmoud Abbas manque de charisme et d’autorité, la réconciliation entre le Fateh et le Hamas demeure chimérique, la population est désabusée par ses luttes de pouvoir, les États-Unis de Donald Trump ne manquent pas une occasion d’humilier l’Autorité, et les dirigeants arabes sont aux abonnés absents.


(Lire aussi : Mahmoud Abbas se refuse à choisir un dauphin, mais sa succession est déjà ouverte)


Annexion

Avant même de commencer, l’année annonçait sa couleur : en décembre 2017, les gouvernements parallèles du Hamas à Gaza et de l’Autorité dominée par le Fateh en Cisjordanie occupée annonçaient que les pourparlers de réconciliation ne menaient nulle part et, surtout, le président américain Donald Trump rompait avec la politique de tous ses prédécesseurs et de la communauté internationale en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Le médiateur américain a définitivement choisi son camp, tandis que certains ministres israéliens n’hésitent plus à évoquer l’annexion des territoires occupés. Tel-Aviv accentue les divisions intrapalestiniennes en traitant directement avec le Hamas à Gaza, sans passer par l’Autorité palestinienne.

Avec le transfert de son ambassade à Jérusalem et l’arrêt de ses contributions financières à l’Unrwa (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens), l’administration Trump, emmenée sur ce dossier par le gendre du président, Jared Kushner, considère les questions épineuses du statut de la Ville sainte et des réfugiés palestiniens off the table. Le « plan du siècle » mijoté par les Américains a été rebaptisé « claque du siècle » par le vieillissant président palestinien Mahmoud Abbas, dont la santé chancelante devrait amener l’Autorité à ouvrir bientôt le dossier de sa succession sans qu’aucun héritier naturel et éligible ne se dégage.


(Lire aussi : L’effarant remède Kushner aux problèmes des réfugiés palestiniens)


L’Autorité palestinienne a « disqualifié » les États-Unis de leur rôle de médiateur, et s’est en contrepartie vue être obligée de fermer son bureau de représentation à Washington. Depuis, une nouvelle entité médiatrice se fait toujours attendre. Ramallah, qui refuse de discuter directement avec les États-Unis, a cherché du soutien cette année auprès d’acteurs tels que l’Inde, l’Union européenne ou le quartette (États-Unis, Nations unies, Russie, Union européenne) dans son ensemble, mais il est difficile de remplacer le tout-puissant médiateur.

Plus d’une décennie après les dernières élections, la cote de popularité de l’Autorité palestinienne ne cesse de décroître, ce qui donne lieu à la médiatisation de personnages issus de la société civile, tels que la jeune Ahed Tamimi, et à des manifestations spontanées telles que le début de la grande marche en mars dernier.

Gaza symbolise mieux que n’importe quel autre territoire le désespoir et les contradictions palestiniens. Sous blocus, contrôlé par le Hamas, empêché de négocier une trêve avec Israël par l’Autorité qui conditionne toute amélioration de la situation à sa prise de contrôle du territoire, Gaza ne survit que grâce aux aides extérieures. Ni Israël ni le Hamas ne veulent d’un nouveau conflit dans l’immédiat, mais les deux adversaires ont failli se laisser entraîner dans une escalade à plusieurs reprises cette année. Conscient que le territoire est une bombe à retardement, Benjamin Netanyahu a laissé le Qatar envoyer des valises pleines de dollars à Gaza, avec le risque pour Israël que cela ne renforce le Hamas.


(Lire aussi : Trump et le Moyen-Orient : une politique irréfléchie de puissance)


Isolement

Mahmoud Abbas est le grand perdant de l’année 2018. « Jérusalem n’est pas à vendre. Et les droits des Palestiniens ne sont pas à vendre », a lancé le leader palestinien à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre, se sentant obligé de rappeler que « l’OLP est le seul représentant légitime du peuple palestinien ». Mais les applaudissements de solidarité ne cachent pas l’isolement du raïs.

En face, le discours du Premier ministre israélien n’a porté que sur l’Iran et sur le rapprochement de son pays avec les pays arabes du Golfe. Fort du soutien de Washington et de ses avancées diplomatiques sur tous les continents, Benjamin Netanyahu aimerait présenter le « problème palestinien » comme un dossier interne à Israël.

L’OLP a tenté de répondre aux positions américaines et israéliennes en brandissant ses seules cartes : la menace d’adopter la stratégie de l’État unique, et celle de suspendre la reconnaissance de l’État d’Israël, ainsi que les coordinations sécuritaires et économiques. Mais concernant la suspension de la reconnaissance, l’OLP sait qu’elle risquerait non seulement d’ôter le statut légal de l’Autorité palestinienne, fruit du processus d’Oslo, mais aussi de rejoindre la position du Hamas et de se retrouver sur le mauvais banc au niveau international.

L’annonce attendue du fameux plan de paix de l’administration Trump ou les élections législatives israéliennes en avril 2019 peuvent-elles changer la donne ? Rien n’est moins sûr.

Pour les Palestiniens, 2019 a de grandes chances de ressembler à 2018. En pire...


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