Liban

Le Hezbollah entame « la quatrième phase » de son parcours

Décryptage
22/10/2018

Ceux qui suivent l’évolution du Hezbollah, depuis sa naissance officielle au milieu des années 1980, estiment qu’il se trouve aujourd’hui face à une nouvelle étape qui exige des changements structurels, ainsi que dans le projet et le plan. Pour ces experts, ce parti est passé par plusieurs étapes similaires au cours de sa relativement courte existence. Il est né officiellement en 1985 avec un document fondateur et un premier secrétaire général, le cheikh Sobhi Toufayli. À l’époque, le Hezbollah était composé de groupes de jeunes, essentiellement d’anciens membres du mouvement Amal ou des groupes de la gauche libanaise, généralement formés et encadrés par les organisations palestiniennes. Il se voulait un mouvement de résistance armée contre l’occupant israélien, tout en affichant son islamisme qui allait jusqu’à prôner la création d’un État islamique au Liban. Mais il était en même temps placé sous le signe de la clandestinité. À cette époque, le Hezbollah n’avait d’autre objectif que celui de combattre l’occupation israélienne et il n’avait aucun projet politique précis, à part son allégeance islamique générale.

En 1992, il y a eu un premier grand changement qui s’est concrétisé par la décision de participer aux élections législatives. Cette décision avait d’ailleurs fait l’objet d’un débat interne lancé par le nouveau secrétaire général Hassan Nasrallah qui venait de remplacer Abbas Moussaoui assassiné par les Israéliens. Ce débat s’était terminé par la décision du Hezbollah d’intégrer le système libanais et de sortir ainsi de la clandestinité, à travers la participation aux législatives. Cette décision avait d’ailleurs provoqué la scission du cheikh Sobhi Toufayli qui estimait que le Hezbollah devait rester un mouvement de résistance et ne pas participer au système politique libanais.


(Lire aussi : Transfert d'armes au Hezbollah : simples allégations ou véritables menaces ?)


En 2005, il y a eu de nouveau un grand changement à travers la décision du Hezbollah de participer désormais au gouvernement. Cette nouvelle évolution a été dictée par deux développements importants : d’une part, l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et le sentiment chez le parti qu’un complot se préparait contre la région et le Liban en particulier. Ce qui exigeait de sa part de ne plus être isolé sur le plan interne et de s’impliquer dans l’exercice du pouvoir au Liban. Le second développement qui a pesé sur la décision du Hezbollah était l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 1559 et le retrait des troupes syriennes du Liban qui devait créer un grand déséquilibre en faveur des forces du 14 Mars au sein des pouvoirs politiques au Liban.

Dans la foulée de cette décision, et à mesure que le Hezbollah commençait à intégrer le pouvoir politique et à devenir une composante importante du paysage politique libanais, il a publié un document fondateur en 2009 qui a été considéré de la plus haute importance car il définit la vision et la stratégie du Hezbollah pour la période à venir. C’était d’ailleurs Hassan Nasrallah lui-même qui avait lu les 32 pages du document, dans le cadre d’une cérémonie officielle. Dans ce document, le Hezbollah reconnaît officiellement la formule libanaise et la diversité religieuse du pays ainsi que le système politique en vigueur. Il ne réclame plus ni l’instauration d’un pouvoir islamique ni l’application du fameux principe du wilayet el-faqih, appliqué en Iran et contesté dans de nombreux pays. Dans ces 32 pages, le Hezbollah affiche ouvertement « sa libanité » et sa volonté d’intégrer encore plus le système interne en respectant les règles constitutionnelles.


(Lire aussi : Le Hezbollah désigné par les Etats-Unis comme organisation transnationale criminelle)


Aujourd’hui, selon les spécialistes, le Hezbollah se trouve devant un nouveau tournant dans sa vie et son rôle, en décidant cette fois d’intégrer l’administration libanaise, en plus du Parlement et du gouvernement, et en se voulant le fer de lance de la lutte contre la corruption. D’ailleurs, ceux qui connaissent bien les rouages du parti confient que des changements structurels ont été opérés qui mettent en avant les personnalités politiques bien plus que les responsables militaires et sécuritaires. C’est ainsi que les dossiers politiques sont désormais confiés au conseiller du secrétaire général du Hezbollah, Hussein Khalil, alors que pendant des années c’était plutôt le responsable de l’unité de coordination, Wafic Safa, qui gérait les relations du parti avec les différentes parties politiques. Selon les spécialistes, ces changements montrent une volonté chez le commandement du Hezbollah de donner désormais la priorité aux questions politiques et économiques au détriment de l’aile militaire et sécuritaire. Ces deux ailes seront bien sûr maintenues, mais elles devront désormais passer au second plan, au profit de la mise en avant de l’action politique, sociale et économique. Pour certains, ce changement serait dicté par deux facteurs : d’une part le fait que la guerre en Syrie tire à sa fin. Cela a été déclaré ouvertement par Hassan Nasrallah qui avait ajouté que ses unités pourraient rester en Syrie, tant que le commandement syrien le leur demandera, mais malgré tout, leur rôle ne sera plus de premier plan, d’autant que les affrontements militaires sont devenus limités.


(Lire aussi : Livraison d'armes au Hezbollah via l'AIB : l'aviation civile dément des informations de Fox News)


De même, la vigilance au Sud, face à Israël, reste de mise, mais les milieux du Hezbollah considèrent que le rapport actuel des forces limite les possibilités de déclenchement d’une nouvelle guerre militaire. Le second facteur déterminant est la conviction au sein du commandement du Hezbollah que la confrontation est désormais économique et sociale. Autrement dit, le Hezbollah estime que les efforts de tous ceux qui veulent l’affaiblir vont désormais se concentrer sur son environnement, dans la volonté de le monter contre lui. C’est pourquoi il a créé une unité chargée de lutter contre la corruption et il compte désormais intégrer l’administration, au lieu de laisser toutes les fonctions publiques qui reviennent aux chiites entre les mains des proches d’Amal. En même temps, pour la première fois depuis 2005, il cherche à obtenir au sein du nouveau gouvernement deux portefeuilles complémentaires, la Santé et l’Industrie. C’est en quelque sorte la quatrième phase du Hezbollah depuis sa naissance officielle...


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IMB a SPO

Vous connaissez tous l'histoire de la grenouille qui marinait dans un bol a petit feu. Lentement mais surement la fin va arriver pour le pauvre Libanais....

Remy Martin

"La quatrième phase de son parcours" et simultanément la dernière avant extinction de ce qui aurefois s'appelait République Libanaise ...

Lebinlon

Les petits copains du Hezbollah réclament les juteux portefeuilles de la santé et de l'industrie pour faire du bon vieux clientélisme à la Istiz Nabeuh (pardon Gaby). certainement choqué par la bronca des supporters a Hay el sellom et dans la bekaa-nord (avec les insultes et tout) et notoirement à court de cash, ils se rabattent sur l'Etat pour financer leur clientèle...certaines choses ne changeront jamais, le hezbollah aura juste mis plus longtemps a venir a cette realite.

Wlek Sanferlou

Quelle vision charmante que le hezb a!
Symphonie en 5 étapes, débutant en étape 1 comme un chérubin et en finale magistrale en étape 5 en tapant sur ses concitoyens juste pour préparer l'arrivée en trombe du Mahdi!
Et l'on croyait que Bollywood savait entretenir le monde!? On sait sûrement bien mieux faire au pays du Kalashnikov (previously known as pays du cèdre)

Le Faucon Pèlerin

La cinquième phase sera la paix de Tanger à Jakarta en passant par Jérusalem et le golfe arabo-persique.

Irene Said

"...quatrième...(ou un jour)...dixième phase de parcours du Hezbollah..."
qu'auront-elles apporté de vraiment constructif pour le Liban uniquement, et son peuple...Madame ?
Irène Saïd

gaby sioufi

ces memes experts qui suivent l'evolution de hezbollah sur le terrain irano-libanais ont omis d'indiquer que l'iran le parrainait des les 1eres annees ,
et que tout en lisant son long "document fondateur" de 32 pages(ainsi appele par l'auteure de cet article) a pt't bien parle de son acceptation de la diversite au Liban...sans toutefois jamais mentionner son rejet de la partie du ""document fondateur"" précédent , qui lui insistait clairement sur ses liens indefectibles avec vali fakih.

devrait on craindre une strategie non declaree qui veut que hezb embrasse la scene poilitique libanaise tres sincerement, tres voluptueusement afin de mieux avaler ce qui reste de notre pays ?
QUI, a part ces memes experts cites ci-haut oserait l'infirmer ?

ACE-AN-NAS

De même, la vigilance au Sud, face à Israël, reste de mise, mais les milieux du Hezbollah considèrent que le rapport actuel des forces limite les possibilités de déclenchement d’une nouvelle guerre militaire ( PAR ISRAEL ).

Apparemment , Scarlett , y en a que ça dérange .

Sinon , je reste sans voix devant une analyse de cette qualité , de cette finesse .

On dit que même le sucre consommé en exagérant peut écoeurer , vos articles ne sont pas de sucre Scarlett , mais ils sont insatiables .

HABIBI FRANCAIS

La sixieme etape du hezbollah que tous les libanais attendent est son auto dissolution et la remise de ses armes a l armee libanaise.

Pierre Hadjigeorgiou

Le Hezbollah n'a change ses projet que sur le papier afin de jeter de la poudre au yeux aux Libanais. Sinon il était, est et restera sujet de la politique du Waliy el fakih et suppôt de l'Iran donc pas Libanais. Si cela vous chante de voir le Liban transforme comme l'Iran ou plus personne ne rit, personne ne vit, personne ne respire que juste assez pour survivre, les portes de l'Iran vous sont grandes ouvertes pour aller y faire votre vie. Marbrouk pour vous, très peu pour nous! Son projet ne passera pas tant qui'il existera des FL, des Kataeb, PNL et autres Bloc National pour y faire face. Le Hezbollah fait sa politique, se meut petit a petit mais rien n'est irréversible s'il se retire de Syrie, remet ses armes a l’armée, ses criminels a la justice et s’intègre effectivement a la vie politique du pays. Autrement, nous allons encore avoir mal, très mal pendant longtemps...

yves kerlidou

"il compte désormais intégrer l’administration, au lieu de laisser toutes les fonctions publiques qui reviennent aux chiites entre les mains des proches d’Amal" pourquoi ce n'est déjà pas fait et pas que aux chiites ? UN PEU COMME LE PETIT CHAPERON ROUGE " c'est pour mieux te croquer mon enfant"

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS DECRIVEZ TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD LES ETAPES DE LA MAINMISE SUR LE PAYS !

Yves Prevost

Le Hezbollah qui, de facto, possède le pouvoir réel est en train de conquérir petit à petit le pouvoir légal.
Dans la genèse du Hezbollah, Mme Haddad oublie de mentionner le fait que le Hezbollah, dès sa fondation - et il le demeure actuellement par le wilayat el faqih - n'est que la branche libanaise des pasdarans. Son but premier étant l'instauration au Liban d'une république islamique. Si le parti prétendument "de Dieu" déclare maintenant ne pas vouloir imposer ce système par la force, il n'a pas renoncer à le faire par la ruse!

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