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Moyen Orient et Monde

L’Irak, nouvelle plateforme de lancement des missiles iraniens ?

Conflit

La République islamique a annoncé un déploiement de projectiles ayant une portée de 200 à 700 km sur des bases qu’elle contrôle en Irak, de quoi inquiéter nombre de protagonistes.

01/09/2018

C’est un jeu plus que dangereux auquel semble jouer l’Iran. Plusieurs sources occidentales, iraniennes et irakiennes ont affirmé hier à Reuters que l’Iran avait procédé à la livraison de missiles balistiques à des milices alliées en Irak. Celles-ci auraient été également formées à en fabriquer d’autres. Le déploiement de ces missiles a eu lieu dans des bases iraniennes dans l’ouest et le sud de l’Irak. Celles-ci sont sous le contrôle de la Force al-Qods, l’unité d’élite de l’armée iranienne, dirigée par le général Kassem Soleimani.

Selon les mêmes sources, l’Iran aurait opéré ce déploiement d’artillerie pour protéger ses intérêts et se donner les moyens de riposter à une attaque de ses ennemis dans la région. « La logique était d’avoir un plan B si l’Iran était attaqué », a expliqué à Reuters un haut responsable iranien. « Le nombre de missiles n’est pas élevé, juste quelques dizaines, mais il peut être augmenté si nécessaire », a-t-il ajouté. Les missiles en question, de type Zalzal, Fateh-110 et Zolfighar, peuvent parcourir des distances variant entre 200 et 700 kilomètres. De quoi atteindre la capitale saoudienne, Riyad, ou encore Tel-Aviv, en Israël, mais aussi les forces américaines dans la région. Cependant, d’après des sources iraniennes ainsi qu’une source sécuritaire irakienne, la décision d’utiliser les milices chiites pro-iraniennes pour produire des missiles en Irak n’est pas nouvelle. Elle a été prise il y a un an et demi mais ce n’est que très récemment que l’accélération de l’activité a été constatée, avec notamment l’arrivée de lanceurs de missiles.Depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien le 8 mai dernier, le niveau de tension entre Américains et Iraniens ne cesse de croître. Les responsables des deux pays n’ont cessé de multiplier les joutes verbales.


(Lire aussi : Nucléaire : Paris pousse Téhéran à rouvrir des négociations)


C’est dans ce contexte de tensions plus que palpables que l’Iran a décidé de passer à la vitesse supérieure. À la mi-août, Téhéran a dévoilé un nouveau type d’arsenal de combat, notamment un missile balistique à courte portée ainsi qu’un nouvel avion. L’acheminement de missiles vers les bases contrôlées par les milices alliées de l’Iran semble s’inscrire dans cette politique de renouveau militaire pour une République islamique fortement touchée ces dernières semaines par la crise résultant de la réimposition, par Washington, des sanctions économiques. Celles-ci ne vont d’ailleurs pas s’arrêter là puisqu’un nouveau train de mesures punitives est prévu pour le 4 novembre. Elles porteront notamment sur le pétrole et le gaz iraniens.

Toutefois, même si la République islamique assure que la livraison de telles armes en Irak, où les États-Unis maintiennent une présence militaire conséquente, ne se fait que dans un but défensif, la stratégie militaire de Téhéran a de quoi en inquiéter plus d’un, à commencer par les ennemis de l’Iran dans la région, à savoir les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et Israël, mais aussi les alliés occidentaux et les voisins de Téhéran.


(Pour mémoire : Washington ne cherche pas un changement de régime mais de "comportement" en Iran)


Bagdad « partagé »

Le premier pays concerné par la stratégie iranienne, c’est bien l’Irak. Bagdad a jusqu’ici pu compter sur la présence des milices chiites soutenues par l’Iran dans le cadre de la lutte contre le groupe État islamique, comme par exemple la coalition paramilitaire Hachd al-Chaabi (HAC). Celle-ci est devenue de plus en plus indispensable, à tel point qu’en 2016, le Parlement irakien a voté une loi pour l’intégrer dans l’armée nationale et la placer sous le contrôle du Premier ministre irakien Haïder al-Abadi. Mais en réalité, c’est l’Iran qui conserve la main sur ses dirigeants, et cela reste vrai pour les missiles stockés dans les bases iraniennes. « Nous ne pouvons empêcher ces milices de tirer des missiles iraniens, tout simplement parce que les commandes ne sont pas dans nos mains, ce sont les Iraniens qui les contrôlent », a indiqué hier à Reuters un responsable des renseignements irakiens. Bagdad a donc peu d’emprise sur les milices pro-iraniennes, mais une réponse sera certainement donnée par le futur gouvernement irakien, pour le moment en attente de formation. « Je pense que le message envoyé par l’Iran va directement au gouvernement irakien. Celui-ci est partagé entre une double loyauté envers les Américains et les Iraniens. C’est une façon de rappeler aux Irakiens que l’Iran est incontournable et que sa présence est incontestable dans la région », dit à L’Orient-Le Jour François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran. « Cela continuera jusqu’à ce que le gouvernement irakien décide que ça suffit. C’est à lui de prendre ses responsabilités et (de chercher à empêcher) que s’installe en Irak un mouvement de type Hezbollah libanais qui pèsera très lourdement sur les équilibres politiques irakiens », a-t-il ajouté.Du côté européen, la France a répété sa fermeté vis-à-vis de la question balistique iranienne. Jeudi, Paris avait haussé le ton et appelé, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, Téhéran à revenir à la table des négociations pour inclure son programme balistique au sein de l’accord sur le nucléaire. Le chef de la diplomatie française a tenu à préciser que l’Iran « ne pourra pas échapper à des négociations sur trois autres grands sujets qui nous préoccupent : (…) l’avenir des engagements nucléaires de l’Iran au-delà de 2025 ; la question balistique (...); et le rôle que l’Iran joue pour stabiliser l’ensemble de la région ». M. Le Drian a également enjoint à Téhéran d’« éviter cette tentation hégémonique qu’il manifeste ». Mais si la France a l’habitude de privilégier la diplomatie et les discussions, Israël, ennemi juré de l’Iran, pourrait être moins patient.

L’État hébreu a montré tout au long du conflit syrien qu’il était prêt à intervenir directement contre des cibles désignées par Tel-Aviv comme étant des dépôts d’armes du Hezbollah ou des groupes proches de l’Iran. Mais Israël pourrait-il répéter les interventions sur le sol irakien contre les bases iraniennes ? En théorie, c’est possible. Les avions israéliens pourraient emprunter un itinéraire passant par la Jordanie pour rejoindre le sud de l’Irak. Ainsi, dans la mesure où la Jordanie est un pays en paix avec Israël, cela pourrait ne poser aucun problème à l’aviation israélienne. Mais il est cependant trop tôt pour affirmer si cela se produira. En revanche, ceux qui pourraient intervenir directement contre les bases iraniennes, ce sont les États-Unis, allié incontournable d’Israël et ennemi numéro 1 de l’Iran.

Washington dispose en effet de troupes (dont les effectifs s’élèvent à cinq mille soldats) stationnées en Irak et a récemment annoncé que celles-ci resteront sur place « tant que nous (les États-Unis) estimerons qu’elles sont nécessaires. La raison principale, après la défaite militaire de Daech, tient aux efforts de stabilisation et nous devons encore être là-bas pour cela  », selon les propos le 19 août dernier du colonel Sean Ryan devant la presse à Abou Dhabi. Ces troupes américaines pourraient donc, à l’inverse, devenir des cibles potentielles pour les missiles iraniens. Des sources iraniennes ont d’ailleurs assuré que ces bases serviront d’objectifs pour la riposte à une éventuelle attaque américaine contre les intérêts iraniens en Irak. « Nous possédons des bases comme celles-là dans de nombreux endroits et l’Irak est l’un d’entre eux. Si l’Amérique nous attaque, nos amis attaqueront les intérêts américains et leurs alliés dans la région », déclare à Reuters un haut commandant des gardiens de la révolution, vétéran de la guerre Iran-Irak dans les années 1980.

L’Iran est donc en train de jouer avec le feu, mais pourrait finir par se brûler s’il perd le contrôle de la situation, déjà très sensible entre lui et ses ennemis.


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