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Liban

Gouvernement : une fois de plus, la solidarité intersunnite avec Hariri à l’œuvre

Grand Sérail

« Je connais mes prérogatives » et « je citerai nommément ceux qui entravent la formation du gouvernement le moment venu », a insisté le Premier ministre désigné.

29/08/2018

Le communiqué publié hier à l’issue de la réunion du bloc du Futur à la Maison du Centre, ainsi que les réponses du Premier ministre désigné aux questions des journalistes dans un point de presse informel témoignent d’un certain durcissement de ton par rapport aux attaques contre M. Hariri sur le retard dans la formation du cabinet d’union nationale. Une impression confortée par une réunion nocturne au domicile même du Premier ministre, qui, selon notre correspondante Hoda Chédid, a rassemblé les anciens Premiers ministres Fouad Siniora et Nagib Mikati, sachant que l’ancien Premier ministre Tammam Salam s’est excusé pour cause de voyage. Cette réunion se place dans le cadre du soutien à Saad Hariri et à la présidence du Conseil, face aux accusations d’atermoiements dans la formation du gouvernement, et de délais précis qui n’auraient pas été respectés jusqu’ici, se basant sur le fait que la question de délais n’est pas évoquée dans la Constitution.

Hier donc, et plus de trois mois après sa désignation, M. Hariri a insisté sur le fait que la facilitation de la formation du cabinet est de la responsabilité de tous, assurant qu’il allait citer nommément tous ceux qui entravent cette opération si la situation actuelle se prolongeait, sans toutefois fixer de délai pour cela. « Le moment venu », a-t-il dit. Répondant à des questions sur les délais pour la formation du gouvernement, soulevées dans des déclarations politiques dernièrement, il a adopté un ton ferme. « Je suis le Premier ministre désigné et je connais mes prérogatives. Si quelqu’un a des remarques, qu’il me les adresse », a ajouté M. Hariri.


(Lire aussi : L’envers du jeu, l'éditorial de Issa Goraieb)


Un compromis qui n’est pas « une balade »
Et d’ajouter : « Je ne suis pas concerné par les avis formulés par tel ou tel ministre. Je suis le Premier ministre désigné et je le resterai. Je forme le gouvernement en coopération avec le président de la République, point final. »

Le communiqué du bloc n’était pas en reste pour insister sur les prérogatives du Premier ministre, dénonçant « des déclarations suspectes qui outrepassent les dispositions de la Constitution et vont à l’encontre de l’esprit de l’accord de Taëf et des principes de l’entente nationale ». Le texte, lu par le député Samir Jisr, citait plus particulièrement « certaines prises de position et théories juridiques qui recommandent la récusation du Premier ministre désigné, tout en ramenant la décision à son propos au Parlement ». Le texte note également « l’insistance à faire assumer au Premier ministre désigné la responsabilité du retard dans la formation du gouvernement, tout en masquant les véritables raisons qui sous-tendent la crise ».

Le communiqué insiste tout particulièrement à dénoncer « le discours qui s’oppose aux dispositions du compromis qui a pourtant redonné corps aux institutions constitutionnelles », en référence au compromis politique qui a porté Michel Aoun à la présidence de la République. « La coopération entre Saad Hariri et Michel Aoun n’était pas une simple balade politique dont les effets se terminent avec telle ou telle échéance, poursuit le texte. Cette coopération était, et reste, au centre du projet de protection du pays, de la solidarité contre les défis externes et de la relance de l’économie et du développement, sans compter la lutte contre la corruption dans les institutions étatiques. »

À ce propos, le bloc a appelé « à arrêter les tentatives de briser l’entente entre les présidences et de consolider le compromis présidentiel ».


(Lire aussi : Pour le Futur et les FL, aucun lien entre le TSL et la formation du gouvernement)


Un gouvernement où aucune partie ne serait lésée
Pour sa part, s’adressant aux journalistes, M. Hariri a réaffirmé son attachement à un cabinet d’union nationale, où aucune partie ne se sentirait lésée, fustigeant ceux qui tentent de défaire d’autres parties dans ce processus.

M. Hariri a fait savoir, dans ce contexte, qu’il a contacté lundi par téléphone le chef de l’État et qu’il s’est mis d’accord pour se réunir avec lui « prochainement », une fois de plus sans préciser de date. Rappelons que la veille, alors qu’il recevait le président de la Confédération suisse, M. Aoun avait appelé le Premier ministre désigné à lui présenter une mouture au plus tôt, estimant qu’il avait assez sondé les intentions des différentes parties politiques. « Je vais me réunir avec plusieurs formations politiques, et si Dieu le veut, dans les deux ou trois prochains jours, quelque chose en sortira », a fait savoir Saad Hariri.

Le Premier ministre désigné a par ailleurs insisté sur le fait que « la formation du gouvernement répond surtout à des impératifs locaux, ayant trait aux parts allouées à certaines parties ou à d’autres ». Il a cependant estimé que « chacune des parties connaît dorénavant la part qui lui reviendra », assurant que les pourparlers se poursuivent.


(Lire aussi : Berry définit les priorités : le nœud chrétien d’abord)


Le « chantage » du régime syrien
Sans surprise, le Premier ministre désigné a commenté les récents propos du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, concernant le Tribunal spécial pour le Liban qui juge les assassins du père du chef du gouvernement actuel, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. M. Nasrallah avait mis en garde dimanche contre les velléités de lier la formation du gouvernement au verdict attendu du TSL et conseillé à ses adversaires politiques de « ne pas jouer avec le feu ».

« La position du Hezbollah concernant le TSL est claire depuis longtemps, il n’y a rien de nouveau à ce sujet, a déclaré hier M. Hariri. Ma position est également connue, depuis que j’ai annoncé au siège du tribunal à La Haye (en 2014), mon attachement au pays, en affirmant que l’essentiel reste la stabilité du Liban. » Il a cependant assuré que « la justice suivra son cours ».

Abordant également les relations avec la Syrie et le récent débat sur la « normalisation » avec le régime syrien, M. Hariri a rappelé que « la porte n’a jamais été fermée avec la Syrie », soulignant que le Liban a accueilli les flots de réfugiés et que « même des membres du régime ont pu voyager en passant par l’aéroport de Beyrouth ». Mais il n’a pas démenti que le régime syrien soit en train « d’exercer un chantage » sur le Liban, en réponse à une question sur d’éventuelles pressions économiques.


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Eleni Caridopoulou

La Syrie est un boa , il veut asphyxier le Liban avec les ayatollahs

aliosha

Vivement la formation d'un gouvernement il faut caser le MILLION de poste comme promis ...Bien entendu il faut trouver le temps autre que les voyages de vacance ,et les voyages bizareu - dangereu ...

Irene Said

"balade"...le mot exact pour décrire ce que font nos responsables...ils se mènent en balade les uns les autres, oubliant qu'ils ont été élus et... payés...!!!...pour conduire notre pays d'une façon décente.
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES BOYCOTTEURS QUI RETARDENT LA FORMATION DU GOUVERNEMENT AU PRIX DE PERDRE LES AIDES ECONOMIQUES DE CEDRE SONT BIEN CONNUS DE TOUS !

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