Liban

Gouvernement : Aoun ferait bientôt de nouvelles propositions pour faciliter la mission de Hariri

Éclairage
28/08/2018

Le Premier ministre désigné Saad Hariri se rendra cette semaine à Baabda pour se concerter avec le président de la République Michel Aoun au sujet des derniers développements liés au processus de formation du gouvernement et aux obstacles qui empêchent encore la naissance de ce dernier.

Au préalable, M. Hariri doit effectuer une série de rencontres avec des représentants des différentes forces politiques, notamment les Forces libanaises (FL), le Parti socialiste progressiste (PSP) et les Marada, pour procéder à une évaluation des différentes postures au sujet du futur cabinet. Il devrait également s’entretenir avec le président de la Chambre Nabih Berry sur base des positions exprimées par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, du leader du PSP Walid Joumblatt, du président des FL Samir Geagea et du chef du Courant patriotique libre (CPL), le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil. Ces derniers ont exprimé des signaux positifs qui pourraient ouvrir une brèche dans le mur actuel et permettre d’aplanir les obstacles qui entravent la genèse du nouveau cabinet.

Des sources FL expriment leur réconfort face à la ténacité de Saad Hariri dans ses prises de position et dans son attachement à ses constantes au niveau de ses options. Partant, les événements ne peuvent aller que dans le bon sens puisqu’il est apparu que le Premier ministre désigné ne ploie pas. Des sources ministérielles indiquent dans ce cadre que M. Hariri est attaché à la formule de répartition des quotes-parts qu’il a proposée avec le président de la République, celle des 3 x 10 : dix pour la présidence de la République et le CPL, dix pour le courant du Futur et les FL et dix pour le duopole chiite Amal-Hezbollah, le PSP et les Marada. Les constantes auxquelles est attaché le Premier ministre désigné sont : l’accord de Taëf en tant que document d’entente nationale, le refus de tout amendement de l’équation issue de ce dernier, le compromis présidentiel, qui repose sur une entente interlibanaise appuyée et consolidée par la communauté régionale et internationale, les options politiques claires fondées sur la formule « le Liban d’abord », la mise des relations du Liban avec l’extérieur au service de la scène intérieure, et pas le contraire. En d’autres termes, l’agenda libanais devrait avoir la priorité par rapport aux agendas extérieurs et la stabilité devrait constituer une ligne rouge infranchissable. D’où la nécessité d’adopter la politique de distanciation, afin de consolider la stabilité.


(Lire aussi : Vous avez dit « normalisation » ?, l'édito de Michel Touma )


La constance de Saad Hariri face à ceux qui exercent des pressions sur lui pour l’inciter à faire des concessions a contraint ces derniers à mettre de l’eau dans leur vin. D’où l’émergence de signaux qui pourraient faire croire qu’il existe une volonté renouvelée d’aider M. Hariri à mener à bon port son entreprise. Le 8 Mars se serait aperçu que l’intimidation ne prend pas et qu’elle ne fait au contraire que renforcer la détermination du Premier ministre désigné à rester fidèle à ses options et ses alliés. Les dernières prises de position de Hassan Nasrallah seraient à cet égard des signaux clairs, voire une invitation adressée à M. Hariri pour qu’il accélère le processus de formation du cabinet « dans la mesure où la situation politique et économique est pesante pour tous » et où les développements attendus à l’étranger, surtout en Syrie, et sur la scène locale, avec le Tribunal spécial pour le Liban et l’imminence de plus de sanctions US contre le Hezbollah, imposent la mise sur pied rapide d’un cabinet.

Des sources politiques bien informées révèlent que le président de la République devrait proposer de nouvelles idées à Saad Hariri au nom du maintien de l’entente et du partenariat, qui pourraient aider à dépasser les obstacles en présence. Ces sources expriment leur stupéfaction face aux propos de certains relatifs à un « coup d’État » qui serait effectué par le régime Aoun contre l’accord de Taëf, comme s’il y avait derrière une volonté de torpiller le compromis présidentiel. Les nouvelles propositions de Michel Aoun visent à contribuer positivement à la naissance du gouvernement, notamment en ne fixant pas de délais au Premier ministre désigné. Des sources proches du CPL précisent à ce sujet qu’il n’y a pas de désaccord avec Saad Hariri et que ce dernier sait que le parti de Gebran Bassil a offert toutes les facilités pour la formation du cabinet. Selon ces sources, les obstacles inattendus sont venus d’autres forces politiques.

Des sources proches du 8 Mars indiquent pour leur part que les prises de positions exprimées par le secrétaire général du Hezbollah dimanche soir ont contribué à faciliter la mission du Premier ministre désigné, soulignant que le parti chiite souhaite la formation d’un cabinet. C’est pourquoi le leader du Hezbollah aurait indiqué que la normalisation des relations avec la Syrie et la déclaration ministérielle, entre autres, devraient être abordées après la naissance du gouvernement et ne devraient pas constituer un obstacle face à la mise sur pied de l’équipe ministérielle. Le 8 Mars accuse les forces du 14 Mars de semer l’entreprise d’embûches en se cachant derrière les grands dossiers comme la normalisation des relations avec la Syrie ou en pariant sur le Tribunal spécial pour le Liban, afin de ne pas prendre part au gouvernement avec le Hezbollah. D’où la réaction de Hassan Nasrallah, qui a affirmé dimanche qu’il ne reconnaît pas le TSL et qu’il en dédaigne l’existence. Pour le 8 Mars, le 14 Mars s’attache, dans une volonté destructrice, à des prétextes comme les quotes-parts, la revendication de portefeuilles de poids ou régaliens, le refus de la normalisation avec le régime Assad, les accusations portées contre certaines composantes d’empiéter sur les prérogatives du Premier ministre désigné, ou encore le renversement de l’accord de Taëf et le torpillage du TSL…

Il reste que Saad Hariri pourrait mettre sur pied une formule de gouvernement dans les dix jours à venir et la présenter au chef de l’État pour qu’elle soit adoptée selon les usages constitutionnels. Le retard n’est plus dans l’intérêt d’aucune composante, notamment du Hezbollah, qui souhaiterait voir une équipe ministérielle formée avant les développements régionaux et le projet de paix que l’administration Trump souhaite promouvoir.


Lire aussi

Malgré la réapparition du clivage politique, pas de retour à la situation d’avant-2016, le décryptage de Scarlett Haddad

Pour le Futur et les FL, aucun lien entre le TSL et la formation du gouvernement

Ralliement sunnite autour de Hariri : une portée stratégique ou communautaire ?

Que reste-t-il de l’accord de Meerab ?

Et si le « compromis présidentiel » était visé ?

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Wlek Sanferlou

Quand on a peu de choses a offrir on fait semblant que les choses sont difficiles à obtenir pour que le monde accepte, convaincu, que ce qu'il reçoit est sûrement le mieux possible.
Donc, tout les politiciens feignent se casser les reins pour pondre un gouvernement qui, comme tout libanais illettré ou non le sait, ne fera rien de spectaculaire autre qu'aider le pays à évoluer à reculons...
Cessons la comédie et choisissons des technocrates qui pourront au moins et dans les meilleurs des cas prolonger la durée de notre république hors de cette comédie tragique...
.... Akh ya baladna...

Honneur et Patrie

Je ne souhaite pas être l'oiseau de mauvais augure, mais vus mon âge certain et le spectacle des périodes Elias Hraoui, Emile Lahoud et Michel Aoun, exception faite de la période Michel Sleiman et sa Déclaration de Baabda, tout cela aboutira inévitablement à la disparition de la présidence maronite même chrétienne du Liban.
Je prie tout ceux qui s'estiment concernés par cette fin lamentable de prendre la barre et d'exécuter une manoeuvre de changement de cap de 180° avant qu'il soit trop tard.
Un Kesrouanais né pendant la période de Charles Debbas.

Honneur et Patrie

Le temps du "Niet" soviétique permanent au Conseil de Sécurité est à jamais révolu. Au Liban aucun parti ou mouvement n'a le droit d'opposer un veto à l'encontre de qui que ce soit. Il manque Ibrahim Chamseddine, Sami ou Nadim Gemayel, Talal Erslan, un Marada... au prochain gouvernement.
Allez-y Saad Hariri, sans regardez à gauche ou à droite ou à l'arrière, ne regardez que devant et foncer pour l'unique intérêt de notre chère Patrie bien-aimée. Les heureux danseront, les déçus aussi, les Libanais à l'unisson applaudiront de Naqoura à Arida.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,A QU,A FREINER LA GLOUTONNERIE GENDRISSIMO-BEAUPERIENNE !

Yves Prevost

La formule de 3x10 préconisée par Hariri accorde déjà près des 2/3 des ministres aux anti-souverainistes. Que veulent-ils de plus?

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants