La police allemande a ordonné samedi la dispersion d'une manifestation tendue de près de 20.000 Kurdes à Cologne dénonçant l'offensive turque en Syrie, en raison de la présence dans le cortège de nombreux symboles du PKK, interdits dans le pays. AFP / Patrik STOLLARZ
La police allemande a ordonné samedi la dispersion d'une manifestation tendue de près de 20.000 Kurdes à Cologne dénonçant l'offensive turque en Syrie, en raison de la présence dans le cortège de nombreux symboles du PKK, interdits dans le pays.
"De nombreux manifestants ont déployé des drapeaux interdits à l'effigie d'Abdullah Öcalan", le chef historique du PKK, tandis que d'autres défilant le visage dissimulé ont refusé de se découvrir la tête, s'est justifié un porte-parole de la police locale, interrogé par l'AFP.
La police a utilisé du spray irritant pour disperser quelques protestataires qui voulaient continuer à marcher, et interpellé deux personnes. Elle a chiffré entre 15.000 et 20.000 au total le nombre de manifestants, qui ont marché aux cris de "Erdogan dictateur!".
L'organisation PKK est classée terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux et il est interdit de montrer en public ses symboles en Allemagne. Dans le passé, Ankara a régulièrement reproché à Berlin d'être trop laxiste sur ce point lors des rassemblements de Kurdes en Allemagne.
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La dispersion critiquée
Du coup, la gauche radicale allemande (Die Linke) a accusé les autorités de s'être "indirectement agenouillées devant Erdogan" en ordonnant la dispersion du rassemblement, au moment où Berlin cherche à améliorer ses relations fortement détériorées avec Ankara depuis les purges ayant suivi la tentative de putsch de 2016.
La manifestation de Cologne s'est ébranlée en milieu de matinée dans une atmosphère tendue, avec quelque 2.000 policiers mobilisés. Elle a été stoppée à mi-parcours du fait de la présence des symboles du PKK. La police a ensuite raccompagné le cortège vers son point de départ, sans incidents signalés.
"Plusieurs petits affrontements" ont toutefois eu lieu "entre Turcs et Kurdes", sans que de "gros actes de violences" ne soient à déplorer, a indiqué un porte-parole de la police à l'agence de presse DPA
En France aussi, des manifestations pro-Kurdes, d'ampleur plus limitée, ont eu lieu samedi : 2.500 personnes ont défilé dans le centre de Paris derrière une banderole tenue par une demi-douzaine de femmes affirmant que "le fascisme truc d'Erdogan sera enterré à Afrin".
A Marseille, 2.000 personnes, selon la police, se sont rassemblées sans incident sur le Vieux-Port. "On a été trahis, on a vaincu Daech, et aujourd'hui la Turquie massacre notre peuple", s'est indigné Sahil Azad, porte-parole du centre démocratique kurde de la ville.
A Cologne, certains participants à la manifestation brandissaient des pancartes réclamant la "Liberté pour le Kurdistan" ou proclamant "Honte à toi, l'Europe !", selon un journaliste de l'AFP.
Certains manifestants en colère ont utilisé des hampes de drapeaux pour s'en prendre à la police, selon les médias allemands, mais ces incidents ont vite pris fin.
Ankara a lancé ses troupes dans l'enclave d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, contre les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde jugée terroriste par Ankara mais soutenue par Washington dans le cadre de la coalition contre le groupe Etat islamique (EI).
(Lire aussi : Pourquoi Washington est en train de tomber dans le piège syrien)
Importation du conflit
"La Turquie a commencé une guerre d'agression contraire au droit international", a accusé samedi le co-président de la communauté kurde d'Allemagne, Mehmet Tanriverdi.
L'inquiétude monte en Allemagne face au risque d'une importation du conflit turco-kurde sur son territoire, où vivent environ un million de Kurdes et quelque trois millions de citoyens turcs ou d'origine turque, ce qui en fait la plus grande diaspora turque dans le monde.
Le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a exhorté Ankara cette semaine à stopper son offensive militaire et annoncé le gel d'une fourniture d'armements à la Turquie pour moderniser ses chars de fabrication allemande Leopard.
Ces blindés sont utilisés au cours de l'offensive dans le Nord de la Syrie, où la Turquie redoute la création d'un Etat kurde, ce qui mis le gouvernement allemand dans l'embarras.
Avant la manifestation de Cologne, quelques échauffourées entre membres des deux communautés et des actes de vandalisme contre des mosquées turques ont d'ores et déjà eu lieu ces derniers jours en Allemagne.
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