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Moyen Orient et Monde

Vue d’Idleb, la bataille de Afrine ressemble à une opportunité

Témoignages

Les habitants ne croient pas à un deal entre Moscou et Ankara concernant un échange entre les deux provinces.

25/01/2018

À quelques 80 km de Afrine où la bataille fait rage, les habitants d’Idleb et de son rif suivent de près les derniers développements non sans un certain enthousiasme. Les forces turques et leurs alliés arabes ont attaqué samedi la région de Afrine, bastion dans le nord-ouest de la Syrie des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde considérée comme terroriste par Ankara mais soutenue par  Washington. Alors que des rumeurs circulaient les jours précédents sur un éventuel échange entre les régions d’Idleb et de Afrine, négocié secrètement entre Ankara et Moscou – rumeur propagée notamment par le porte-parole du YPG Birush Heseke – les habitants du plus grand bastion rebelle ne semblent guère y croire. « Ce sont des ragots », estime Karim, résident d’Idleb, originaire d’Alep. « Si la Turquie voulait vendre Idleb au régime et aux Russes, que ferait-elle des millions de déplacés ? Elle ne les accueillera sûrement pas chez elle ! » poursuit-il.

Ankara n’a lancé l’offensive qu’après avoir obtenu le feu vert de Moscou, ce que les Turcs confirment eux-mêmes. En revanche, la Russie aurait proposé aux Kurdes sa protection s’ils laissaient leurs territoires au régime syrien, proposition aussitôt déclinée par le groupe dissident. « Moscou joue sur les deux tableaux, et il est clair que le grand gagnant de la bataille de Afrine, c’est bel et bien le régime qui contemple le spectacle », estime Imad*, un activiste. Mou’taz, originaire et habitant d’Idleb, travaillant dans une ONG, ne croit pas non plus à un échange entre les deux provinces. « Si c’était le cas, nous verrions un déluge de feu dans tout le rif, or pour l’instant le focus se porte sur le Sud-Est, entre Idleb et Damas », dit-il.


(Lire aussi : Kurdes et rebelles syriens racontent la bataille d’Afrine)


Aéroport repris par le régime
Idleb et son rif sont depuis fin décembre dans le collimateur des forces de Bachar el-Assad et de ses alliés russe et iranien, après qu’une offensive eut été lancée le 25 décembre dans le sud-est de la ville, seule province qui échappe entièrement à son contrôle. La région, aujourd’hui dominée par Tahrir el-Cham, une coalition jihadiste formée par l’ex-branche d’el-Qaëda, est depuis plus de deux ans régulièrement bombardée par les aviations syrienne et russe. Mohammad, un Aleppin déplacé à Idleb, perçoit l’offensive turque comme une bonne chose. « Je suis sûr que les deux régions vont finir entre les mains de la rébellion. Si accord secret il y a eu entre les Turcs et les Russes, c’est plutôt celui qui permet au régime de sécuriser la route qui relie Alep, notamment en s’emparant de l’aéroport d’Abou Douhour (repris par les forces de Bachar el-Assad dimanche dernier) », estime-t-il.


Si le sud-est de la province continue de subir une puissance de feu sans précédent depuis décembre, contraignant plus de 200 000 personnes selon les chiffres de l’ONU à quitter leurs villages, le reste de la région est, selon les habitants, moins exposé aux représailles du régime et de son allié russe. « La situation est plus tranquille chez nous depuis quelque temps », constate Bachar el-Bacha, instituteur originaire de Binnich, à quelques kilomètres du centre-ville d’Idleb. « Tout le monde est bien trop occupé au Nord », dit-il. De nombreux combattants de la province d’Idleb ont notamment rejoint les forces qui combattent aux côtés de la Turquie à Afrine. Malgré ce départ de soldats de l’ASL, les habitants ne craignent pas de voir tomber Idleb dans le giron du régime. « Nous arriverons à nous défendre en cas d’attaque, notamment car nos forces armées seraient en train d’installer davantage de postes de surveillance pour bien protéger la ville », précise Karim. Un départ de troupes nécessaire à ses yeux afin de combattre des milices kurdes qui ont « déplacé des milliers de personnes parmi les populations arabes au fil des ans ». Bachar estime que l’offensive turque n’a rien à voir avec celle des Russes, même si, « au final, ce sont les civils qui paient le prix fort dans les deux cas », dit-il.

Tout comme Mohammad, l’instituteur ne cautionne pas le déferlement de violences opéré par la Turquie sur les civils kurdes et les populations arabes vivant dans ces zones. « La Turquie veut en finir avec les groupes armés kurdes qui la menacent, et je suis pour cela. Mais je suis contre les bombardements des civils. Le peuple syrien ne fait qu’un, qu’il soit kurde, arabe ou chrétien », poursuit-il.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

YPG MILICE KURDO/ARABE CONSIDEREE COMME TERRORISTE PAR ANKARA... C,EST LA NOUVELLE CHANSON PARTOUT DANS LE MONDE DES TYRANS POUR SE DEBARRASSER DE LEURS OPPOSANTS... ILS PRETENDENT COMBATTRE DES TERRORISTES ... LE TURC COMBAT LES PEUPLES KURDES EN TURQUIE, EN IRAQ ET EN SYRIE... ET L,IRAN DE MEME... MAIS LE JOUR VIENDRA OU CES DEUX PAYERONT TRES CHER POUR CES MASSACRES INHUMAINS !

Bery tus

Kurde arabe ou .... chretien ley il n’y a pas de chrétiens arabe?!

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