X

À La Une

Offensive turque en Syrie : les Kurdes craignent d'être lâchés par leurs alliés

conflit

"Pour nous, les Etats-Unis ont une obligation morale de protéger la démocratie et le système démocratique dans cette région" du nord-ouest de la Syrie, a dit à Washington Sinam Mohamed, représentante de la Rojava.

OLJ/AFP/Dave Clark
24/01/2018

Les Kurdes de Syrie, qui ont combattu le groupe Etat islamique (EI), craignent d'être désormais abandonnés par leurs alliés occidentaux après l'offensive turque lancée contre une de leurs enclaves.

Les forces turques et leurs alliés arabes ont attaqué samedi la région d'Afrine, bastion dans le nord-ouest de la Syrie des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde considérée comme terroriste par Ankara mais soutenue par Washington. Cette offensive intervient après l'annonce par la coalition internationale anti-jihadistes, emmenée par les Etats-Unis, de la création d'une force frontalière de 30.000 hommes dans le nord syrien, avec notamment des combattants des YPG.



Ces YPG sont l'épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par Washington dans la lutte contre l'EI. Elle a offert au président américain Donald Trump sa première victoire militaire en faisant tomber Raqqa, la capitale de facto des jihadistes en Syrie.

Mais Ankara refuse l'établissement à sa frontière sud d'une fédération auto-proclamée par les Kurdes, la Rojava, au nom de sa sécurité nationale, et accuse la milice d'être la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.


(Lire aussi : Qui sont les groupes rebelles engagés aux côtés des Turcs)


Pour les responsables kurdes, la fédération est une expérience démocratique qui pourrait servir d'exemple au reste de la Syrie quand le pays sortira de la guerre civile, qui a fait plus de 340.000 morts depuis 2011.
"Pour nous, les Etats-Unis ont une obligation morale de protéger la démocratie et le système démocratique dans cette région", a dit à Washington Sinam Mohamed, représentante de la Rojava, assurant que le PKK est un problème interne à la Turquie.

Les responsables américains ont appelé la Turquie à "la retenue" tout en reconnaissant son "droit légitime" à se "protéger". Mercredi soir, le président Donald Trump a exhorté son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à réduire ses opérations militaires en Syrie.

Le président français Emmanuel Macron s'est dit "préoccupé" et l'Union européenne "extrêmement inquiète" par cette offensive.


(Lire aussi : Kurdes et rebelles syriens racontent la bataille d’Afrine)


Accord sur Afrine
Washington a soutenu militairement les Kurdes combattant l'EI à l'est de l'Euphrate mais, à l'ouest du fleuve, les peshmergas sont seuls. Omar Mahmoud, un civil originaire de Tal Tamr (nord-ouest de la Syrie), est indigné par le "silence américain" face à l'offensive turque. "Les Kurdes ont combattu Daech (acronyme arabe de l'EI, NDLR), pour défendre tout le monde, ils se coordonnaient avec la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis", a dit l'homme de 35 ans à l'AFP. "Maintenant les Etats-Unis sont silencieux et c'est décevant".
"L'aviation turque survole Afrine, et tue les enfants et les femmes, au prétexte que nous sommes des séparatistes, mais on fait partie de la Syrie", affirme Massoud Baravi, un autre civil, âgé de 34 ans.

Les Etats-Unis semblent pourtant sensibles au sort des Kurdes d'Afrine. Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a eu des conversations "franches et sérieuses" avec son homologue turc Mevlut Cavusoglu, selon la porte-parole Heather Nauert. La région d'Afrine "était relativement stable comparé au reste de la Syrie", a-t-elle dit, récusant la thèse turque d'une présence de l'EI.

Mais Washington a peu de moyen de pression sur Ankara, son allié au sein de l'Otan. Les relations sont tendues depuis plusieurs mois en raison du soutien américain aux Kurdes et l'offensive en cours souligne sa perte d'influence dans un conflit qui rebat les cartes.


(Lire aussi : Washington pris en étau entre Ankara et les Kurdes)


Et la Turquie n'aurait pas attaqué sans le feu vert - qu'elle affirme avoir reçu - de la Russie, soutien essentiel du régime du président syrien Bachar el-Assad. Les troupes russes combattent aux côtés de l'armée syrienne et des milices chiites contrôlées par l'Iran, principal soutien régional de Damas.

Ankara s'est également engagé dans les négociations pour la paix en Syrie menées par Moscou, parallèlement à celles conduites par l'ONU et soutenues par Washington. En échange, selon l'analyste de la Fondation pour la défense des démocraties Merve Tahiroglu, M. Erdogan aurait obtenu du président russe Vladimir Poutine qu'il laisse les forces turques prendre Afrine.

Des responsables kurdes ont indiqué à l'AFP que Moscou leur avait offert une protection contre la Turquie s'ils laissaient leurs territoires au régime syrien, et avait retiré son soutien aérien quand ils avaient refusé la proposition. L'accord pourrait aussi prévoir une pause dans les combats entre les rebelles pro-Turcs et l'armée syrienne à Idleb (nord-est).


Lire aussi
À Afrine, « les Kurdes n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre »

Qui sont les rebelles engagés dans l'opération turque en Syrie    

Opération rameau d'olivier : les risques d'un embrasement    

Dans Afrine bombardée, des enfants terrifiés et des rues désertes    

Environ 25 000 rebelles de l'Armée syrienne libre mobilisés dans la bataille d'Afrine

Damas menace de détruire les avions turcs en cas d'intervention d'Ankara à Afrin

Pourquoi la position turque est intenable en Syrie

Et si Washington ne se donnait toujours pas les moyens de sa politique en Syrie ?

Pour Florent Parmentier, la Russie « comprend » la Turquie concernant la question kurde

Les Kurdes syriens 'sont prêts à défendre seuls' la poche d’Afrine

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Bery tus

Connivence quand tu nous tiens !!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MEGA ERREUR DES USA S,ILS LACHENT LES KURDES QUI ONT COMBATTU AVEC ENTHOUSIASTE SOUS LEUR BANNIERE POUR CONTENTER LE NOUVEAU TYRAN DU PEUPLE TURC ET LE MASSACREUR DES KURDES...
TRUMP, ARRETEZ CETTE MASCARADE !

PAUL TRONC

Et voilà enfin c'est dit à présent.

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Entre les États-Unis et le Liban, des relations qui se compliquent

Commentaire de Anthony SAMRANI

MBS et le retour de flammes

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants