X

Moyen Orient et Monde

Kurdes et rebelles syriens racontent la bataille d’Afrine

Témoignages
24/01/2018

Quatre jours après le début de l’offensive turque, baptisée « Rameau d’olivier », visant à reprendre Afrine des mains des forces kurdes du PYD (Parti de l’Union démocratique), que la Turquie considère comme l’extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, labélisé par Ankara de « terroriste »), L’Orient-Le Jour rapporte les témoignages d’acteurs du conflit.

Birusk Heseke, porte-parole des YPG (Unités de protection du peuple kurde, bras armé du PYD) à Afrine
C’est le 4e jour de cette attaque lancée par la Turquie et les forces engagées à ses côtés. La bataille dirigée contre nous est extrêmement brutale. La Turquie a déployé toutes ses forces, ses armes lourdes et toute sa flotte aérienne pour nous bombarder de manière aveugle. Les combats sont intenses depuis lundi matin pour reprendre le village de Jinderis (Nord) et Hamame, où la population a subi des raids meurtriers. Quatre personnes sont mortes, dont deux enfants, et une dizaine d’autres ont été blessées.

Il y a un recul des forces qui nous combattent près de la frontière turque, mais l’offensive se poursuit. Selon nos dernières estimations, 33 combattants ont été tués dans leurs rangs et deux blindés transportant des lance-roquettes Douchka ont été détruits. Ce qui nous importe le plus, c’est la sécurité des civils présents à Afrine et ses environs, car ils souffrent grandement de cette situation. Beaucoup de familles portent aujourd’hui les armes suite à notre appel, afin de combattre et défendre le canton à nos côtés. Ils nous disent qu’ils n’accepteront qu’aucune autre force ne vienne leur voler leurs terres. Concernant le jeu politique en cours, la Turquie, la Russie et même l’Iran ont, selon notre point de vue, vendu Idleb au régime syrien en échange d’Afrine. C’est ce qui explique cette offensive. Nous n’acceptons et ne demandons aucun soutien de forces extérieures. Mais les pays démocratiques qui veulent se joindre à notre peuple contre les terroristes d’Erdogan et ses affidés sont évidemment les bienvenus, mais nous n’irons pas quémander. Ces terres n’appartiennent à aucun pays étranger. Notre honneur et notre dignité valent plus que notre soumission à un quelconque pays. Et si personne ne nous vient en aide, nous nous battrons jusqu’à la mort plutôt que d’avoir un dictateur au-dessus de nos têtes.


(Lire aussi : Washington pris en étau entre Ankara et les Kurdes


Sajed, combattant au sein du premier régiment de l’Armée syrienne libre

Je combats dans le rif d’Alep-Nord et je suis engagé contre les forces terroristes du PYD. Les Kurdes ont déplacé des dizaines de milliers de personnes de villes et des villages comme Tal Rifaat, Deir al-Jamal, Maraanaz, Kafr Naya et bien d’autres encore. C’est l’armée turque qui a choisi le nom de « rameaux d’olivier » pour cette offensive. Nous combattons actuellement au mont Barsaya entre Aazaz et Afrine. Nous avons pu avancer lundi, mais nous avons été stoppés hier à cause de conditions climatiques peu favorables. Nous espérons continuer notre travail aujourd’hui afin que les déplacés puissent enfin revenir sur leurs terres. Pour moi, cette bataille est cruciale, car je suis originaire de Tal Rifaat, qui a été prise par le PKK terroriste (des mains des rebelles en février 2016), et que nous avons dû fuir. C’est notre droit le plus strict de reprendre ce qui nous est dû. Cette terre est à nous, et je dois bien y retourner un jour ou l’autre. Je n’ai absolument rien contre le peuple kurde, ni haine ni crainte. Bien au contraire. Nous sommes des voisins et une même famille depuis tellement longtemps. Mais nous avons un problème avec le groupe armé qui le contrôle et qui enlève ses enfants. C’est lui qui nous a fait partir de chez nous.

Abou Iyad, combattant au sein de l’Armée nationale syrienne (composante de l’ASL soutenue par la Turquie)
Le premier jour de l’offensive a été assez facile car nous n’avons pas été confrontés à trop de résistance, et avons pu nous emparer de plusieurs villages. Le second jour, des affrontements ont eu lieu et nous avons tué 4 combattants kurdes et capturé un autre. Désormais, la bataille semble être entrée dans une phase sérieuse car la résistance s’est accentuée, notamment à cause de la présence de nombreux tireurs d’élite dans les rangs de nos opposants. Je combats aux côtés des Turcs mais je sais qu’ils ne nous utilisent pas. C’est notre bataille. Je me bats contre les Kurdes afin de mettre fin à la présence de ces groupes séparatistes dans notre région. La garantie est que nous reprendrons le contrôle de ces zones, même si les forces turques resteront présentes, mais uniquement dans le but d’assurer notre protection. Notre victoire ne fait pas de doute. Nous sommes plus de 10 000 combattants et nous avons de nombreux moukhabarats chez les Kurdes, ce qui nous donne une longueur d’avance. Même si l’on sait que les Américains les soutiennent, et leur ont fourni des armes, nous vaincrons.


Lire aussi

Qui sont les groupes rebelles engagés aux côtés des Turcs

À Afrine, « les Kurdes n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre »

Qui sont les rebelles engagés dans l'opération turque en Syrie    

Opération rameau d'olivier : les risques d'un embrasement    

Dans Afrine bombardée, des enfants terrifiés et des rues désertes    

Environ 25 000 rebelles de l'Armée syrienne libre mobilisés dans la bataille d'Afrine

Damas menace de détruire les avions turcs en cas d'intervention d'Ankara à Afrin

Pourquoi la position turque est intenable en Syrie

Et si Washington ne se donnait toujours pas les moyens de sa politique en Syrie ?

Pour Florent Parmentier, la Russie « comprend » la Turquie concernant la question kurde

Les Kurdes syriens 'sont prêts à défendre seuls' la poche d’Afrine

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Sarkis Serge Tateossian

C'est trop triste pour en rire de cette naïveté typiquement orientale!

Abou Iyad, combattant au sein de l’Armée nationale syrienne (composante de l’ASL soutenue par la Turquie)
"Je combats aux côtés des Turcs mais je sais qu’ils ne nous utilisent pas."
--------------------------

En attendant nous observons sur l'image (l'article) des soldats turcs qui font le signe symbolisant "les loups gris" (symbole du fascisme turc qui pense à la supériorité des peuples turcophones sur le reste des peuples) et ceci sur les terres syriennes, kurdes ou arabes...

La naïveté des arabes n'est plus à démontrer hélas je le regrette car je me sens solidaire et j'aurai aimer que le monde arabe soit plus ouvert, plus généreux, plus fraternel, plus respectueux des droits de l'homme et des femmes et surtout moins dépendants de ces racailles qui jouent le double jeux, et qui profitent de leurs divisions et de leur naïveté.

Heureux, un brin d'espoir commence à naitre dans le Golf et notamment en Arabie

Le potentiel est immense (il y a les ressources il a les moyens...restent la volonté)
A encourager sur cette voie

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BOUCHER TURC DU PEUPLE KURDE S,EST EMBOURBE DANS CETTE REGION ET MALGRE LE SUPPORT DE L,IRAN ET DE SES ACCESSOIRES... AUTRES BOUCHERS DU PEUPLE KURDE... ET DE L,HEBETUDE RUSSE... ERDO JOUE SON PRESTIGE ET SON AVENIR ET RISQUE DE TRANSPORTER LA GUERRE CIVILE CHEZ LUI !

Dernières infos

Les signatures du jour

L’édito de « L’Orient-Le Jour »

Alerte au plastique

Décryptage de Scarlett HADDAD

Gouvernement : le déblocage serait imminent

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué