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Liban

Affaire Marcel Ghanem : l’opposition déterminée à faire face à « la dictature »

Liberté d’expression

« La présidence de la République n'est pas intervenue et n'interviendra pas dans une affaire judiciaire », assure Michel Aoun.

Yara ABI AKL | OLJ
21/12/2017

La polémique qu'a suscitée la procédure judiciaire lancée par le ministre de la Justice, Salim Jreissati, à l'encontre de notre confrère Marcel Ghanem – qui avait reçu sur le plateau de son talk-show Kalam el-Nass des journalistes saoudiens critiques du régime libanais – est loin de s'estomper. Et pour cause : le président de la République, Michel Aoun, a insisté hier sur l'importance pour les juges « de ne pas répondre aux interférences politiques, quelles qu'en soient les provenances ».

S'exprimant devant une délégation de juges du parquet financier, le chef de l'État a assuré que « personne n'est au-dessus du pouvoir judiciaire qui garantit les droits et préserve les dignités », soulignant que « la limite des libertés médiatiques est la vérité ». « Il est intolérable de porter atteinte à la justice, ou de s'insurger contre ses décisions, dans la mesure où tout le monde doit la protéger d'autant que ses jugements sont émis au nom du peuple libanais », a encore dit Michel Aoun, avant d'assurer que « la présidence de la République n'est pas intervenue et n'interviendra pas dans une affaire judiciaire, encore moins dans les dossiers concernant des journalistes, dont Marcel Ghanem ».

Ces propos du chef de l'État revêtent une importance certaine dans la mesure où ils interviennent au lendemain d'une conférence de presse du député Boutros Harb, avocat de M. Ghanem. M. Harb avait clairement accusé le pouvoir de tenter « de contrôler la justice et de la dompter pour servir des intérêts politiques », au moyen de nouvelles nominations judiciaires « qui lui permettraient de porter atteinte à ses adversaires ».

 

(Lire aussi : Appel à un sit-in aujourd'hui contre « le musellement des voix »)

 

Harb s'en prend à Jreissati
Sauf que Salim Jreissati n'a pas tardé à répondre au député. Prenant la parole lors d'une cérémonie organisée en l'honneur du commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Peter Germanos, M. Jreissati a déclaré : « Les nominations judiciaires au niveau des parquets des mohafazats constituent un changement radical de l'activité de ces parquets pour les libérer de la mainmise politique qui guidait leur action. Il s'agit du premier pas sur la voie de la réforme du pouvoir judiciaire conformément aux directives du président de la République, Michel Aoun », a ajouté le ministre de la Justice.
Plus tôt dans la journée d'hier, une autre polémique avait opposé Boutros Harb à Salim Jreissati. Dans l'introduction de son journal de 20 heures, la OTV (proche du chef de l'État) s'en est violemment prise au député de Batroun et à l'ancien président de la République Amine Gemayel, qui était présent mardi à la conférence de presse de M. Harb. La OTV avait ainsi appelé MM. Gemayel et Harb à « respecter les lois en vigueur », accusant le député de Batroun de divulguer le secret de l'enquête. « Si Boutros Harb s'était exprimé en sa qualité politique, il aurait tenu des propos à caractère politique. Mais pour s'exprimer en sa qualité d'avocat, il aurait dû avoir l'aval du barreau », a poursuivi la chaîne.

 

(Lire aussi : De Paris, Gemayel exprime ses craintes pour les libertés au Liban)


Répondant à la chaîne, Boutros Harb s'est adressé à M. Jreissati en ces termes : « Comme tous les gens libres de ce pays, nous voulons que vous respectiez la loi et l'indépendance du pouvoir judiciaire, et que vous ne donniez pas l'impression d'être le bourreau de la liberté des médias et de la liberté d'expression. Vous n'êtes pas en position de sermonner ceux qui respectent les lois et ont mené la bataille de l'indépendance du pouvoir judiciaire », a ajouté M. Harb.
Assurant qu'il a tenu sa conférence de presse en sa qualité de citoyen libanais qui respecte les libertés, le député de Batroun a invité M. Jreissati à le poursuivre en justice s'il considère qu'il a commis un crime. « Dans le cas contraire, ce que je fais ne vous concerne pas », a ajouté Boutros Harb.
De son côté, le Conseil supérieur de la magistrature a publié hier un communiqué dans lequel il a fait état de certains vices de forme entachant le dossier de Marcel Ghanem. À titre d'exemple, le communiqué souligne que « l'avocat de l'accusé a demandé un délai pour présenter un recours pour vices de forme ». Mais Boutros Harb a précisé à L'Orient-Le Jour que le délai visait à étudier l'affaire et non à présenter le recours.

 

(Pour mémoire : Marcel Ghanem à « L'OLJ » : « Je ne me rendrai pas à l'audience prévue aujourd'hui »)

 

L'opposition : Nous n'avons pas peur
Si cette situation incite certains à déplorer le fait que le pays vire de plus en plus vers « la dictature », les milieux de l'opposition se disent déterminés à faire face aux tentatives « d'instaurer une dictature » et à mener « la bataille de la liberté d'expression dans un pays qui se veut démocratique ».
Dans un tel contexte, l'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi affirme qu'il est déterminé à « affronter l'État policier et les agissements dictatoriaux du pouvoir en place ». Dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour, M. Rifi s'est dit désolé de « voir des journalistes poursuivis en justice sous le mandat de Michel Aoun ». « Cela nous rappelle la journée noire du 7 août 2001 », déplore l'ancien ministre de la Justice, soulignant que le « peuple libanais ne s'est pas révolté contre la tutelle syrienne pour la remplacer par celle de l'Iran ».
De même, le président du Rassemblement de Saydet el-Jabal, l'ancien député Farès Souhaid estime que l'affaire Marcel Ghanem s'inscrit dans le cadre d'un règlement de comptes avec les opposants. M. Souhaid a répondu aux propos du chef de l'Etat via L'OLJ. « Personne ne s'est insurgé contre le pouvoir judiciaire. Le Hezbollah est le seul à le faire. Et c'est là que réside le problème que Michel Aoun doit résoudre, au lieu de s'en prendre aux opposants. Ce sont les régimes faibles qui ont recours à ces méthodes pour combler leurs lacunes, mais nous ne craignons rien », lance l'ancien député de Jbeil, d'un ton déterminé.

 

(Lire aussi : L’affaire Marcel Ghanem, une « dérive vers la dictature »)


L'affaire Ghanem a également suscité de vives réactions dans les milieux loyalistes. Élie Keyrouz, député de Bécharré, membre du bloc des Forces libanaises, a exprimé sa solidarité avec le journaliste vedette de la LBCI ainsi qu'avec « les médias libres du Liban », soulignant que « cette affaire constitue un précédent dans les rapports (du pouvoir) avec les médias ».
Quant à l'ordre des journalistes qui avait jusqu'à présent observé un silence radio au sujet de l'affaire Ghanem, il a rappelé hier que le tribunal des imprimés « est le seul compétent pour trancher les questions impliquant des journalistes », dans un communiqué publié à l'issue de l'assemblée générale annuelle de l'ordre. Quant au ministre de l'Information, Melhem Riachi, il a exprimé sur son compte Twitter son soutien à la position de l'ordre des journalistes, émettant par ailleurs l'espoir qu'« un ordre garantissant l'immunité des journalistes verra le jour en 2018 ».

 

Lire aussi
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Georges MELKI

Beaucoup de bruit pour rien...des deux côtés!

Bery tus

Pour la manif ... même si un journaliste a tort ... car le travail du judiciaire est justement de montrer ou prouver qu’il y a faute avant de le faire comparaitre alors je suis pour la manif

VITESSE DE CROISIÈRE

Tout de suite les grands et gros mots .

LE LIBAN reste la seule démocratie de la région, y compris israel.

Le Faucon Pèlerin

Le président de la République Michel Aoun, avec les dérives de ses ministres non-élus venus de la société civile, finiront par le pousser à la démission.
Rappelez-vous le cas du président Béchara el-Khoury avec le comportement de ses sbires à leur tête son frère Salim surnommé "Sultan Salim", avaient poussé le Président à démissionner le 18 septembre 1952.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE SUIS CONTRE LE MUSELAGE DE LA LIBRE EXPRESSION ! MAIS DANS CETTE AFFAIRE IL Y A EXAGERATION DES DEUX COTES !

gaby sioufi

COMME QUI DIRAIT QUE SEULS QUELQUES DEPUTES SONT CONCERNES PAR CE GRAVE PROBLEME(je ne parle pas de celui de ghanem ).
COMME SI LES AUTRES DEPUTES ET POLITIQUES SONT SOIT DES IGNORANTS , S'AGISSANT DES LOIS EN VIGEUR SOIT SONT POUR LA LIMITATION DES LIBERTES, SOPIT LES 2 .

C QU'ILS ne craignent pas un renversement de situation ou eux memes, despotes aujourd'hui seraient poursuivis pr ce meme CRIME DE LESE MAJESTE pr ex.
C qu'ils pensent que la startegie de wali fakih va perdurer pour au moins encore un sexennat au moins.

Fredy Hakim

Pour certains le journalisme est une mission, pour d’autres
il est un business.
Un journaliste digne de ce nom tient la calomnie, les
accusations sans preuves, la déformation des faits
pour les plus graves fautes.
Mais on assiste malheureusement à la dérive morale
de la grande presse, insoucieuse de la vérité et du respect
de la déontologie journalistique.


Saliba Nouhad

Hypocrisie étonnante de la part du chef de l’ état qui prétend que la limite des libertés médiatiques est la vérité?
Ah bon, mais de quelle vérité parlez-vous?
Celle qui blesse, qui débusque les réalités évidentes que vous voulez cachez où qui ne fait pas votre affaire?
Personne n’est au-dessus du pouvoir judiciaire que vous dites!
Parfaitement d’accord, dans la mesure où ce dernier respecte le droit de chacun à se défendre selon les lois en vigueur et les procédures judiciaires bien reconnues dans les sociétés démocratiques!
Demandez au moins à votre ministre de la justice de n’a pas intervenir et de faire des commentaires désobligeants et de laisser une justice indépendante suivre son cours!
Alors là, vous serez le Président de tous les Libanais!

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