Liban

Le Liban uni pour réclamer le retour de Hariri à Beyrouth

Décryptage
10/11/2017

Chaque jour qui passe confirme les interrogations sur le sort du Premier ministre Saad Hariri. Au point qu'à l'issue de la réunion, hier, de la direction du courant du Futur sous l'égide de l'ancien Premier ministre Fouad Siniora, un communiqué donne clairement la priorité au retour de M. Hariri à Beyrouth. Ce qui était samedi dernier de simples rumeurs sujettes à controverse est désormais une réalité : il y a quelque chose d'anormal dans le séjour de Saad Hariri à Riyad. Et ce ne sont pas quelques réunions annoncées avec des ambassadeurs occidentaux à Riyad qui vont suffire à lever toutes les ambiguïtés qui entourent les circonstances de son séjour soudain en Arabie, alors que ses proches continuent à ne pas pouvoir l'atteindre par téléphone ou, en tout cas, avoir de véritables conversations avec lui.

D'ailleurs, tous ceux qui affirment être entrés en contact avec lui se contentent de dire qu'il va bien et qu'il devrait rentrer bientôt au Liban, sans fournir plus de détails, alimentant ainsi le flou autour de sa situation réelle. Aujourd'hui, tous les Libanais s'interrogent donc sur le sort de leur Premier ministre et réclament des précisions, pointant plus ou moins du doigt les dirigeants saoudiens.

En quelques jours, une grande partie de l'opinion publique libanaise s'est donc retournée et au lieu de reprendre les thèses du ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane, sur la nécessité d'isoler le Hezbollah, voire de lui déclarer la guerre, elle pose des questions sur les circonstances de la démission télévisée de Saad Hariri.

 

(Lire aussi : Tête-bêche, le billet de Gaby Nasr)

 

En donnant, dès samedi, la priorité au retour de Saad Hariri au Liban pour présenter sa démission selon les formes et dans le respect des usages étatiques, le président de la République a donc fait preuve d'une grande sagesse.

Aujourd'hui, il est clair que le plan avait été mis au point pour créer une crise politique grave et diviser encore plus les Libanais. La démission-surprise et surtout le texte contenant des attaques violentes contre le Hezbollah étaient destinés à monter les Libanais contre cette formation pour pousser les autorités à former un gouvernement qui puisse l'isoler et l'affaiblir.

De fait, profitant du choc causé par la démission du Premier ministre, les personnalités radicales du 14 Mars se sont relayées sur les chaînes de télévision pour expliquer le contenu de la déclaration de Saad Hariri et préciser que sa démission était dictée par son ras-le bol à l'égard du comportement du Hezbollah et à travers lui de l'Iran. Ces personnalités ont occulté le scénario de la démission pourtant suspect, pour déplacer le débat vers la condamnation du Hezbollah.

 

(Lire aussi : Le Liban, unanime, réclame le retour de Hariri à Beyrouth)

 

Si cette condamnation s'était confirmée, le pays serait aujourd'hui en pleine crise non pas seulement institutionnelle, mais aussi politique et populaire, avec des rues mobilisées et radicalisées. Le chef de l'État a donc immédiatement réagi pour recentrer le débat et donner la priorité au retour de Saad Hariri au Liban. Les « faucons du 14 Mars » ont commencé par tourner en dérision cette démarche reprenant le refrain de la libre décision du Premier ministre et justifiant sa présence en Arabie par des menaces sur sa vie, rapidement démenties par tous les services de sécurité du pays qui ont précisé dans des communiqués ne pas être au courant de tentatives d'assassinat contre le Premier ministre. En même temps, Baabda a mené une grande valse de concertations avec toutes les parties politiques libanaises, même les plus petites formations, pour assurer l'unanimité autour de la démarche consistant à réclamer le retour du Premier ministre.

La manœuvre, que certains avaient qualifiée de perte de temps, a porté ses fruits, puisque aujourd'hui toutes les parties reconnaissent l'existence d'anomalies dans le séjour prolongé de Saad Hariri à Riyad. La presse locale et étrangère se pose des questions à ce sujet et, aujourd'hui, les ambassadeurs en poste devraient être officiellement sollicités par le chef de l'État pour réclamer à leur tour le retour de Saad Hariri à Beyrouth.

 

(Lire aussi : Raï « obtient » de rencontrer Saad Hariri à Riyad)

 

Par ce procédé, le président Aoun – et avec lui le président de la Chambre et le chef druze Walid Joumblatt qui ont approuvé sa démarche et appelé à l'unité et à l'apaisement – a pratiquement réussi à retourner la situation. Au lieu de laisser la discorde interne s'approfondir, il a réussi à obtenir un front libanais uni derrière le Premier ministre qui ne sera considéré comme démissionnaire que lorsqu'il aura clairement annoncé cette intention au Liban. De même, les autorités saoudiennes, qui croyaient que le scénario de la démission bouclé à la va-vite pouvait convaincre les Libanais trop occupés à s'entre-déchirer, se sentent désormais sur la sellette. Elles ont d'ailleurs jeté un peu de lest en organisant des rencontres entre M. Hariri et des ambassadeurs occidentaux et elles promettent aussi d'assurer une rencontre entre le patriarche Raï et le Premier ministre, au cours de la visite que compte effectuer le chef de l'Église maronite à Riyad. Mais toutes ces initiatives ne font que confirmer les doutes soulevés par cette démission unique en son genre dans l'histoire du Liban et peut-être aussi dans le monde.

Et maintenant ? Des sources diplomatiques arabes au Liban estiment que l'attitude des responsables libanais va probablement augmenter la colère des dirigeants saoudiens qui vont essayer de trouver de nouveaux moyens pour poursuivre leur offensive contre le Hezbollah. Le ministre al-Sabhane l'a d'ailleurs annoncé dans un tweet hier. La crise est donc loin d'être terminée, mais le premier obstacle a été surmonté.

 

 

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Fredy Hakim

Proposition à nos amis Saoudiens: rendez nous Hariri et prenez Geagea à sa place ! Merci

Tony BASSILA

Aucun gouvernement étranger n’a le droit de détenir contre son gré un haut responsable étranger quel qu’il soit. M. Hariri doit avoir le droit de rentrer chez lui pour expliquer son geste en toute liberté et légalité constitutionnelle.

Pierre Hadjigeorgiou

Le temps de grâce est apparemment terminé. Si la décision de régler le problème du Moyen orient est venu, ni le Hezbollah, ni l'Arabie, ni l'Iran ni même Israël n'y peuvent rien. Ainsi sera-t-il. Le Hamas a été mis au pas, l'EI itou, les Kurdes aussi, le Yémen va dépérir jusqu’à ce qu'il abdique, le Hezbollah et l'Iran sont a présent dans le collimateur. Le monde a besoin d'exploiter les richesses qui gisent en méditerranéenne, entre le Liban, Chypre, Israël et l'Egypte. Pour ce faire il faut que la paix dans la région et paix il y aura que cela plaisent a l'Iran ou au Hezbollah ou pas. Quoi qu'il arrive aujourd'hui, demain ou après demain, que Hariri soit "emprisonné" ou pas, que le Président ou autres hurluberlus, bêtes et stupides, calme le jeu en gagnant une manche ou deux, retardant l’inéluctable, ne servira a rien, car au final le Hezbollah sera d'une manière ou d'une autre amener a disparaître tout comme l'EI. La balle est dans son camps! Soit il compose en respectant la déclaration de Baabda et la constitution sauvant le pays et soi même de plus de catastrophes, soit il choisit le suicide avec pour dommage collatéral le reste du pays...

gaby sioufi

HEUREUSEMENT QUE TOUT LE LIBAN , dirige par le papa de tous, demande son rapatriement !
mais en fait pour faire quoi apres ?
notre dignite aura qd meme ete bafouee(pr la ennieme fois, par plus d'un-libanais et/ou pas),
certains auront ainsi moins de mal a se culpabiliser etant -pas les seuls- a l'origine de la "colere" saoudienne ( encore que l'on est ds l'obscurite la )
ces memes "certains" auront eu la "vie" sauve et poursuivront leur politique victorieuse ,
les autres-tous les autres-vaqueront a leurs occupations telles qu'autorisees par les "certains" nommes ci-haut, quiets et heureux.

Marionet

Morale (provisoire) de l'histoire: certains ont perdu une occasion de parler et d'autres, de se taire.

yves kerlidou

son retour au Liban est un faux débat qui cache le vrai débat.Quel choix pour le Liban? Peut il rester neutre? Ou est son intérêt économique mis à part ses intérêts philosophique ? Une chose est sure c'est qu'il va subir une crise économique jamais égalée

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE NE LIS PAS L,ARTICLE CAR IL CONTIENT A COUP SUR DU BARATIN... MAIS J,APPUIE LE TITRE ET JE DEMANDE COMME TOUS LES LIBANAIS DE TOUS BORDS LE RETOUR DU P.M. SAAD HARIRI... LA DIGNITE DU PAYS EST EN JEU !

Bery tus

Quel surmonter Elle ne fait que commencer la premiere partie essayer de faire un nouveau gouv ?!?!

roger abdelnour

Ils ont tort a chercher a manipuler les libanais.Malgré les positions decevantes de quelques leaders du 14 mars,cette crise n aura aucun effet tant que les libanais font signe de sang froid et de resistance .

Saliba Nouhad

Pour une fois, nous sommes d’accord avec votre analyse!
Il y’a quelque chose d’anormal dans ce séjour à Riyad.
Ne pensez-vous pas qu’au départ, les Saoudiens ont joué le jeu du consensus national de garder le Liban loin des conflits régionaux, en ramenant le jeune Hariri sur le terrain sunnite, et s’entendant comme un larron en foire avec le Président...
Pour réaliser par la suite qu’il devenait le dindon de la farce de la dictature armée du Hezbollah...Alors...
Changement de programme et de situation régionale : nous n’accepterons plus cette mascarade et tu as 2 choix:
1- Tu retournes au Liban et changes complètement ton attitude en condamnant la position armée du Hezbollah. Tu refuses de t’asseoir avec eux et mobilise une opposition populaire active, avec certainement le risque de finir comme ton père...ou
2- Tu annonces ta démission de chez nous, en dénonçant cette situation intolérable et le risque pour ta vie et tu nous laisses faire le reste.
Peut-être le 2ème scénario le plus plausible fut accepté pour expliquer ce mystère.

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