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Liban

Efforts synchronisés du Hezb et des partis pro-Assad pour une coopération sécuritaire avec Damas

Retour des réfugiés

En plus des sept Syriens morts en détention à Ersal, il y aurait six blessés actuellement hospitalisés sous haute surveillance à Zahlé.

10/07/2017

Les retombées du raid militaire et de quatre offensives terroristes dans les deux camps de Nour et Qariyé à Ersal ont continué d'alimenter les débats durant le week-end, les protestations des milieux militants pour les droits de l'homme se heurtant à un climat politique très largement soucieux de défendre l'armée comme « une ligne rouge infranchissable » , selon les propos utilisés hier par le député aouniste Ibrahim Kanaan, au lendemain des accusations de torture qui ont été soulevées ces derniers jours.

Au niveau politique, le Hezbollah a appelé à reprendre d'urgence le dialogue avec Damas afin d'assurer le retour des déplacés. Cet appel a suffi pour réintroduire dans l'arène consensuelle du pouvoir une question litigieuse d'ordre stratégique. Certes, le Premier ministre s'est hâté, lors du dernier Conseil des ministres, de rappeler l'impossibilité d'un compromis sur la question et l'inutilité d'en débattre, en même temps que d'autres ministres suggéraient l'alternative d'emprunter les voies onusiennes pour assurer un retour sûr des déplacés.

Mais à cette réponse « réaliste », le Hezbollah a opposé hier un refus net, par la voix du chef de son bloc parlementaire, le député Mohammad Raad. Prenant part à la commémoration annuelle de l'exécution d'Antoun Saadé, fondateur du Parti populaire syrien (PPS), devant des représentants des partis prosyriens, du Parti syrien national social, du mouvement Amal, des Marada, du Tachnag et du Courant patriotique libre (ce dernier étant le seul, toutefois, à ne pas avoir réclamé explicitement un dialogue avec Damas), M. Raad a appelé à « aborder le dossier des déplacés avec fermeté et courage (...). Il n'y a d'autre moyen de le faire que celle d'une entente directe entre les deux gouvernements du Liban et de la Syrie ». Et de préciser, dans un concert de voix le soutenant : « Le pari sur l'ONU est une perte de temps, une cause d'atermoiement, voire le moyen de livrer ce dossier au bazar politique, sans d'autre issue que celle de prolonger la pression et les souffrances des uns et des autres. »

 

(Lire aussi : Retour en force du Liban sur la scène parlementaire francophone)

 

La nouvelle « bataille » de Ersal
Ces propos, qui ne font pas mention explicite du retour des déplacés, sont comme un appel général à une coopération entre Damas et Beyrouth sur tout ce qui a trait à la présence des Syriens sur le sol libanais.
Il serait possible d'y voir, plus précisément, un appel à une coopération bilatérale de nature militaro-sécuritaire (par opposition au « bazar politique » dénoncé par M. Raad). Des rumeurs circulent déjà dans les médias, attribuées à des milieux proches du Hezbollah, d'une nouvelle « bataille » à Ersal. Selon les sources, il est tantôt question d'une offensive conjointe du parti chiite et de l'armée syrienne régulière, tantôt question d'une opération menée par l'armée libanaise avec l'aide du Hezb. Une source chiite indépendante n'écarte pas l'éventualité d'une « coopération à trois », une coordination de fait entre Beyrouth et Damas, forcée par le Hezbollah, sous prétexte d'une nouvelle bataille à Ersal.

« Une bataille contre qui ? » s'interroge sur ce point l'avocat syrien Wissam Tarif, qui dénonce une volonté de « terroriser » les déplacés, plus que de les inciter au retour. « Si la volonté réelle du Hezbollah était de les ramener chez eux, aucun problème ne se serait posé », dit-il, en rappelant que la plupart des déplacés présents à Ersal sont originaires de Qousseir et « sont prêts à y rentrer à tout moment ». Mais des considérations similaires sont comme balayées par les politiques, qui préfèrent les discours alarmistes en guise de soutien à l'armée. En visite hier à Jeb Jennine au Liban-Sud au siège de la troisième brigade d'infanterie, le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, a ainsi appelé l'armée à prendre garde contre les « ennemis du Liban, qui prennent mal l'idée de la stabilité » du pays.

 

(Lire aussi : Rentrer dignement chez soi en Syrie)

 

Le cas des prévenus syriens décédés
L'appel du Premier ministre Saad Hariri, lors du dernier Conseil des ministres, à enquêter sur les cas de Syriens décédés en détention dans des casernes de Ersal aurait dû prendre la forme d'une décision prise en Conseil des ministres, sans quoi tout porte à croire que l'étau doive encore se resserrer sur les camps. Le bureau du Premier ministre a attendu hier pour signaler que c'est bien « une décision en Conseil des ministres » qui a été prise dans ce sens, sachant pourtant que rien ne l'a indiqué dans le procès-verbal de la réunion. Cette tentative de se rattraper laisse-t-elle présager une enquête transparente ? Rien n'est encore sûr.

Après avoir établi sa compétence exclusive en la matière, le tribunal militaire a décidé de mener une enquête sur trois des sept cas de décès signalés 48 heures après leur détention. Mais les avocats des familles des trois victimes en questionnent les procédés et doivent se rendre demain au siège du tribunal militaire pour déposer une demande de désignation de quatre médecins légistes, dont deux qui soient choisis par elles.

 

(Lire aussi : Le dossier des déplacés syriens entre contraintes internationales et considérations locales, le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Des pressions politico-sécuritaires
Outre les procédés judiciaires, ce sont surtout les pressions politico-sécuritaires qui couvent sous le dossier, révélées d'ailleurs par un mutisme politique quasi général sur l'hypothèse de décès qui auraient été provoqués, ne serait-ce qu'accidentellement, par des éléments de l'armée – cela sans parler de la possibilité, comme le rapportent des sources bien informées, que ce soient « des éléments du Hezbollah, familiers des casernes militaires de Ersal, qui aient mené les interrogatoires ». Seul à avoir condamné vertement les décès des détenus, le député haririen Okab Sakr essuie des accusations de « soutien au terrorisme contre l'armée » par des inconditionnels de Bachar el-Assad, comme le général à la retraite Moustapha Hamdane, qui a appelé hier à « lever l'immunité parlementaire » du député.

Des pressions directes s'exerceraient en outre sur les familles des trois victimes pour renoncer à leur action, selon des sources proches du dossier, qui évoquent le risque que les trois corps, qui sont toujours à l'hôpital de Zahlé, ne disparaissent mystérieusement... D'ailleurs, ceux des quatre autres victimes ont été enterrés à Ersal dans des conditions équivoques. « Les corps ont été remis par l'armée au président du conseil municipal de Ersal, qui s'est vu contraint de coopérer », affirme une source proche des victimes. Le responsable municipal aurait été conseillé par des activistes des droits de l'homme présents sur le terrain d'obtenir l'autorisation officielle préalable du ministère de l'Intérieur. Une autorisation qu'il aurait sollicitée, sans que le ministère ne lui réponde, le laissant seul face à une « situation peu enviable », selon la source. De fait, les corps ont été enterrés sans avoir été examinés et leur état n'a été documenté que par le biais de photos d'amateurs ou de journalistes-citoyens présents sur les lieux.

 

(Lire aussi : La polémique enfle dans l’affaire des quatre Syriens décédés à Ersal)

 

En revanche, des photographies ont été prises sur les trois autres, aussi bien par les médecins légistes que par les avocats des victimes. Ceux-ci entendraient les soumettre à une expertise internationale, parallèlement à l'enquête menée par les autorités locales. On apprenait par ailleurs que parmi ces trois victimes, l'une d'elles, un Syrien membre du corps infirmier de l'hôpital de Zahlé, n'a pas été arrêté dans la foulée du raid à Ersal, mais à son domicile, situé hors du camp. Toujours selon nos informations, en plus des sept morts remis par l'armée, six blessés seraient actuellement soignés à l'hôpital Hraoui à Zahlé et placés sous haute surveillance militaire. Contacté hier par L'Orient-Le Jour pour des éclaircissements sur ces cas, le ministère de l'Intérieur restait injoignable.

Il reste qu'une réunion est prévue aujourd'hui au Grand Sérail entre le Premier ministre et le commandant en chef de l'armée, à la demande du premier. Mais, dans une tentative manifeste de faire pression sur le Premier ministre et de mener le dossier à l'impasse, des voix s'élevaient déjà hier soir, par le biais de certains organes de presse, pour dénoncer cette « convocation irrégulière » du commandant en chef de l'armée par Saad Hariri et « le silence honteux » du ministre de la Défense à cet égard...

 

 

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Fredy Hakim

Les milliers de réfugiés syriens au Liban et ailleurs sont les victimes du régime syrien et des regimes arabes qui ont alimenté la guerre civile et encouragé la population à se déplacer vers les pays voisins et en particulier le Liban afin de créer une nouvelle donne explosive ! Encourager des populations arabes a fuir vers d'autres pays n'est pas nouveau! En 1948 les regimes arabes ont encouragé les palestiniens a fuir( pour quelques semaines !!!) leur disaient ils, et on connaît la suite.: création au Liban d'une force militaire avec l'OLP afin de déstabiliser le pays qui a sombré dans une sale guerre civile! Et aujourd'hui certains régimes arabes ont tenté d'exploiter le drame des refugies syriens au Liban en cherchant à les militariser pour les utiluser par la suite en tant que milice "sunnite " dans des affrontements qui nous auraient renvoyer 40 ans en arrière, comme en 1975 avec le déclenchement de la guerre civile libanaise !

Bibette

Les partis pro-régime syrien se mettent le doigt dans l’œil ! Parce qu’ils pensent vraiment que le régime Alaouite va œuvrer à faire retourner en Syrie les déplacés syriens à majorité sunnite réfugiés au Liban ! Le régime Assad n’en revient pas qu’ils aient été si nombreux à quitter la Syrie ! Et les voilà chez nous qui mettent en péril notre fragile équilibre confessionnel puisqu’ils font pencher la balance a la faveur des sunnites ! Haha !! et bien non! La présence de réfugiés syriens sur le sol libanais n’est pas matière exploitable dans quelque but ou visée que ce soit. Faire déclencher une guerre inter-communautaire libanaise visant à neutraliser le Hezb ne peut aboutir à réduire son arsenal ! Israël la toute puissante n’a pas réussi à le faire et ce ne sont pas les petites milices libanaises qui le feront ! D’ailleurs le Liban a déjà eu son lot de guerre et nous les libanais avons appris à respecter nos équilibres. Par ailleurs une guerre Israélo- Hezb serait très coûteuse pour Israël! Au final c’est ou le changement de régime en Syrie ou le changement au Liban ! La communauté internationale doit faire ou a déjà fait son choix : C’est le régime Syrien qui doit déguerpir au profit d’un régime respectueux de la diversité communautaire Syrienne, inspiré du model libanais. L’Iran devra se faire une raison et oublier ses visées colonialistes et la Russie réapprendra renouer des liens avec le monde sunnite si elle veut maintenir sa base navale en Syrie!

Bibette

Partant de la, le gouvernement Libanais doit lui-meme et avec le soutien du HCR inviter les déplacés Syriens réfugiés au Liban a comprendre qu'ils doivent regagner leur pays et que c'est sur leur terres qu'ils doivent investir et qu'ils doivent reconstruire leurs maisons, leurs écoles, leurs hôpitaux en ruine, avec le soutien des ONG et de l'ONU et des pays arabes.

Tony BASSILA

Non, le régime syrien du clan Assad a perdu depuis longtemps sa légitimité. Une majorité écrasante des Syriens n'en veulent plus et ils ont raison. Le Hezbollah et ses plus farouches alliés perdent leur temps à réclamer un dialogue direct avec ce régime. De telles prises de position ne contribueront pas à un retour prochain des réfugiés.

Bibette

Les partis pro-syriens libanais se mettent le doigt dans l’œil ! Parce qu’ils pensent vraiment que le régime Alaouite va œuvrer à faire retourner en Syrie les déplacés syriens à majorité sunnite réfugiés au Liban ! Le régime Assad n’en revient pas qu’ils aient été si nombreux à quitter la Syrie ! Et les voilà chez nous qui mettent en péril notre fragile équilibre confessionnel puisqu’ils font pencher la balance a la faveur des sunnites ! Haha !! Au final c’est ou le changement de régime en Syrie ou le changement au Liban ! Faire déclencher une guerre inter-communautaire libanaise visant à neutraliser le Hezb ne peut aboutir à réduire son arsenal ! Israël la toute puissante n’a pas réussi à le faire et ce ne sont pas les petites milices libanaises qui le feront ! D’ailleurs le Liban a déjà eu son lot de guerre et nous les libanais avons appris à respecter nos équilibres. Par ailleurs une guerre Israélo- Hezb serait très coûteuse pour Israël! La communauté internationale doit faire ou a déjà fait son choix : C’est le régime Syrien qui doit déguerpir au profit d’un régime respectueux de la diversité communautaire Syrienne, inspiré du model libanais. L’Iran devra se faire une raison et oublier ses visées colonialistes et la Russie réapprendra renouer des liens avec le monde sunnite si elle veut maintenir ses bases navales Est-Méditerranéennes!

gaby sioufi

en quoi notre gouvernment est il concerne pour ce qui le retour des refugies en syrie? dans la pratique, en RIEN.
que les autorites syriennes envoient des representants dans les camps et donnent le feu vert aux refugies pour leur retour, mettent des moyens de transport a leur service , leurs assurent le minimum de services dans leur villages/villes etc......
ou alors, y aurait il qq chose d'autre a faire? je ne vois pas !
les libanais refugies par milliers partout au monde decidaient le retour , ni la syire, ni la france, chypre, la jordanie -le gouvernement d'aucun pays n'avait a intervenir sur ce plan.
au conraire laissons au peuple syrien et son gouvernement planifier le retour sans y mettre notre(nos) gros nez.

Irene Said

"...partis pro-Assad, Parti populaire syrien, Parti syrien national social, Hezbollah et Amal partis 100% iraniens..."
Ce sont donc ces partis-là qui veulent dicter la conduite au gouvernement libanais concernant les réfugiés syriens ?
Notre Etat qui se nomme LIBAN...est-il vraiment libanais, indépendant et souverain...ou irano-syrien ?
Irène Saïd


L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POURPARLERS ET NEGOCIATIONS UNIQUEMENT AVEC L,ONU QUI EN EST LE SEUL RESPONSABLE DE LEUR EXISTENCE ET DE LEUR RETOUR DANS LES ZONES SECURISEES OU AUTREMENT...

M.E

Article 9 de la déclaration des droits de l'homme "Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé. "

Donc Raad qui fait certainement partie de ceux qui réclament le retour des Palestiniens en Palestine au nom du droit, dénie le retour des syriens au nom du droit. Bon on n'est plus 1a une hypocrisie près

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