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Économie

Efficacité énergétique : le Liban se donne encore 5 ans pour se rattraper

Électricité

Le gouvernement doit plancher dans le mois à venir sur un nouveau plan quinquennal visant à réduire la demande d'énergie de 5 % à l'horizon 2020.

20/02/2016

Alors que la fourniture d'électricité est plus que jamais plombée par un décalage abyssal entre l'offre et la demande, le Liban ne parvient pas à s'extirper du peloton de queue en matière d'économies d'énergies : il a encore été classé à la 115e place sur 125 pays par le Forum économique mondial en 2015. Pourtant, les pouvoirs publics ne sont – sur le papier tout du moins – pas totalement insensibles au phénomène : dès 2010, le plan Bassil pour l'électricité se donnait notamment pour objectif – en sus d'assurer de l'électricité 24h/24 à partir de 2015 et de porter la part des énergies renouvelables à 12 % de la production – de réduire la demande d'énergie de 5 % d'ici à 2014... Peine perdue : selon le Centre libanais pour la conservation de l'énergie (LCEC), affilié au ministère de l'Énergie, celle-ci continue d'augmenter à un rythme d'environ 7 % par an.

Objectifs réalisés à 40 %
Le LCEC a donc repris cet objectif dans un nouveau plan quinquennal. « Le National Efficiency Action Plan 2016-2020 (NEEAP) est une feuille de route basée sur une trentaine d'initiatives. Ce document sera soumis pour approbation d'ici à un mois au ministère de l'Énergie, puis au Conseil des ministres », affirme Pierre Khoury, PDG du LCEC.

Là encore, l'initiative n'est pas nouvelle : un premier plan sur les thèmes d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables pour 2010-2015 avait déjà été adopté en Conseil des ministres 2011 et comprenait 14 initiatives, finalement achevées à 40 % en moyenne. « Un taux de réalisation à 40 % est déjà une réussite. Les initiatives qui ont le plus péché sont celles qui demandent une coopération ministérielle accrue », objecte Pierre Khoury.
Le nouveau plan décline et prolonge les objectifs de la mouture antérieure en 36 initiatives, regroupées sur deux axes majeurs : les économies d'énergie au niveau de la production et de la distribution électriques et celles réalisables au niveau de l'utilisateur final. Le montant global de ces mesures s'élèverait à environ 1,2 milliard de dollars sur cinq ans, permettant une économie d'énergie de 1514,2 gigawatts-heure (GWh), soit 5 % de la demande en énergie estimée en 2020.


(Lire aussi : « L’absence de loi sur les Partenariats Public-Privé coûte des milliards à l’État »)


Les cinq premières initiatives visent à moderniser les infrastructures pour un investissement de 473,5 millions de dollars, dont 95 % ont déjà été prévus dans le plan Bassil. « Le réseau électrique et les équipements sont vétustes, beaucoup d'économies d'énergies peuvent être réalisées à ce niveau », commente Pierre Khoury. Il s'agira par exemple de remplacer les turbines à gaz des centrales de Tyr et de Baalbeck par des turbines à cycle combiné (gaz et vapeur) – au rendement supérieur en termes de production énergétique – ou d'améliorer le réseau de distribution d'électricité en augmentant la tension électrique de certaines sous-stations. L'initiative majeure, côté distribution, concerne la mise en place de compteurs communicants – qui mesurent en temps réel la consommation d'électricité – pour résoudre le problème des pertes non techniques. « Ces pertes, dues aux branchements illégaux, atteignent 25 à 30 % de la production totale », rappelle Nada Boustani, conseillère au ministère de l'Énergie. Confiée en 2012 à trois prestataires de services privés (Bus, KVA et New Electricity Utility Company), l'installation de ces compteurs – évaluée à un montant compris entre 300 et 350 millions de dollars – accuse déjà de plus d'un an de retard.

(Lire aussi : Pourquoi une nouvelle centrale électrique à Jiyeh ?)

 

« Travail de titan »
Les 31 initiatives restantes visent, elles, l'utilisateur final. L'une des principales porte sur le soutien du financement privé à l'économie verte, déjà prévu par le premier plan du LCEC et réalisé à 80 % depuis. Elle repose sur le mécanisme de prêts subventionnés mis en place par la Banque du Liban et l'Union européenne (UE) en 2010, sous l'appellation Neerea (National Energy Efficiency and Renewable Energy Action). Cette ligne de crédit, à taux d'intérêt très bas (0,6 %), s'adresse aux particuliers et entreprises souhaitant investir dans des équipements et des infrastructures privilégiant les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique, comme l'isolation thermique ou l'installation de double vitrage. Le NEEAP prévoit environ 500 millions de dollars de subventions de la BDL d'ici à 2020 pour ce mécanisme, mais aussi de nouvelle lignes de crédit ouvertes par la Banque européenne d'investissement (50 millions d'euros) et l'Agence française de développement (30 millions d'euros). « Quelque 380 millions de dollars ont été octroyés à travers le plan Neerea depuis sa création, et en 2016 nous estimons que les financements de nouveaux projets atteindront les 100 millions de dollars », continue Pierre Khoury.

Le NEEAP remet aussi sur le couvert certains objectifs très peu ou pas du tout réalisés, comme les initiatives touchant à l'efficience énergétique dans le secteur de la construction (neuf au total à 37,2). Il s'agit par exemple de la mise en place d'isolation thermique pour les futurs bâtiments via le changement des codes de construction, comme l'obligation d'installer des doubles parois. « Ces projets sont assez compliqués à mettre en œuvre, car ils impliquent un nombre important d'acteurs et sont assez coûteux », relève M. Khoury. Pourtant, cette réforme ne concernait que les bâtiments en construction et non le parc existant. « Ce serait un vrai travail de titan ! »
glisse-t-il. Or, selon un rapport publié par le ministère de l'Énergie, 40 % des bâtiments à Beyrouth ont été construits avant 1950.

Les autres initiatives concernent respectivement les secteurs de l'industrie et de l'agriculture (trois mesures pour un coût minimum de 120 millions), le public (quatre mesures à 2,2 millions) et cinq mesures transversales à 595 millions. Reste à savoir combien d'entre elles seront effectivement implémentées en 2020. « Nous le saurons lors de l'évaluation finale, mais nous espérons les compléter à 100 % », conclut Pierre Khoury.

 

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