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Énergie

Le projet de centrale électrique à Jbeil passé sur le gril

Le ministère de l'Environnement évalue l'étude d'impact sur l'environnement du projet de centrale électrique soutenu par Électricité de Jbeil. Un chantier qui soulève déjà quelques critiques.

La nouvelle centrale pourra couvrir les besoins en électricité des habitants de la côte entre les communes de Nahr Ibrahim et de Helwé. Photo P. H. B.

Longtemps resté au stade d'ébauche, le projet de construction d'une nouvelle centrale électrique à Jbeil commence à prendre forme. Byblos Advance Energy (BAE), une société privée, créée il y a deux semaines par les actionnaires de la concession Électricité de Jbeil (EDJ) – la Byblos Invest Bank et la société Simco Engineering & Trading (SET) –, attend désormais l'avis du ministère de l'Environnement sur l'étude d'impact environnemental et économique du projet. D'une capacité théorique de 66 mégawatts (MW), cette centrale devrait alimenter à terme près de 30 000 foyers répartis entre les communes de Nahr Ibrahim et de Helwé.

 

Multicarburants
Démarrée en juillet et remise le 22 octobre, cette étude d'impact s'inscrit dans le cadre de la demande de permis de production électrique déposée par BAE auprès du Conseil des ministres. Le cabinet de conseil et d'ingénierie Khatibi & Alami, qui a réalisé cette évaluation, a estimé que le ministère de l'Environnement pourrait rendre son verdict dans les deux semaines, avant que le Sérail ne statue à son tour. « Le ministère désignera une commission d'experts pour apprécier l'impact global du projet sur l'environnement. À l'issue de ce délai, elle peut décider de rejeter la demande, de l'approuver en l'état ou encore de soumettre son approbation à une révision de certains éléments du dossier, ce qui pourra éventuellement prolonger le délai », détaille Mario Chelala, propriétaire de SET et membre du conseil d'administration de BAE. « Il faut ensuite espérer que le Conseil des ministres inscrive rapidement notre demande à son ordre du jour... » laisse-t-il échapper.
Doté d'un budget évalué aux alentours de 70 millions de dollars, le projet sera financé par BAE à hauteur de 30 % environ. Le reste devrait être assuré via des prises de participation au capital de BAE, dont les modalités seront fixées dans les prochains mois. Dans ce cadre, les abonnés d'EDJ se verraient offrir la possibilité de devenir actionnaires.


Les générateurs seront déployés dans la zone industrielle de la commune de Blat, au sud-est de Jbeil. « Les 30 000 m2 réservés pour accueillir le site se situent à plus de 2 kilomètres de la première zone résidentielle », précise M. Chelala. La nouvelle centrale sera équipée avec des unités de production « multicarburants » conçues par la société finlandaise Wärtsilä. « Ces générateurs fonctionnent aussi bien au gaz naturel qu'au fioul à très basse teneur en soufre, ce qui permet de rationaliser les dépenses de carburants en fonction des fluctuations des cours de ces combustibles respectifs », explique M. Chelala. Les opérations de montage et de maintenance des nouvelles installations doivent être confiées à la société BWSC (Burmeister & Wain Scandinavian Contractor), une compagnie danoise spécialisée, sollicitée par Électricité du Liban (EDL) pour réaliser les travaux de rénovation des centrales de Zouk Mikaël et de Jiyé. « Il y a dans ce choix une volonté de s'aligner sur le niveau d'exigence d'EDL et de se mettre à l'abri des critiques éventuelles sur la qualité des installations que nous souhaitons mettre en place dans la région », commente M. Chelala.

 

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Contestations
Pour obtenir leur autorisation de production, les promoteurs du projet mettent en avant les progrès estimés en termes de distribution électrique. L'étude d'impact assure que la nouvelle centrale va permettre de répondre à l'augmentation de « la demande en électricité du caza de Byblos », estimée à « 10 % par an », en supprimant les 400 heures de rationnement mensuel auxquelles les abonnés d'EDJ sont soumis. La facture globale pour ces derniers serait, elle, réduite « de 37 % ».
Pourtant, le projet soulève certaines réserves au niveau local. « Nous dépêcherons nos propres experts pour avoir un deuxième avis sur l'impact écologique et économique de l'installation de cette centrale sur le territoire de la municipalité une fois que le ministère de l'Environnement aura rendu son verdict », indique ainsi à L'Orient-Le Jour Boulos el-Kosseifi, qui préside la municipalité de Blat. « Entre EDL et les 350 générateurs privés gérés par EDJ, nous avons déjà 24 heures sur 24 de courant dans une grande partie de la région de Jbeil. Ce projet est donc loin d'être une impérieuse nécessité », affirme de son côté l'adjoint du président de la municipalité de Jbeil, Ayoub Bark. « Pourquoi miser sur une centrale qui consomme des hydrocarbures alors que nous pourrions trouver une solution écologique et moins chère, en commençant par exemple par augmenter les capacités du barrage de Nahr Ibrahim », ajoute-t-il.


Au-delà des aspects écologiques et économiques, les « divergences d'interprétation de la loi », selon les termes de M. Chelala, constituent une autre pierre d'achoppement de ce projet. Souhaitant préserver son monopole, EDL considère que la loi d'avril 2014, qui autorise le gouvernement à délivrer temporairement (jusqu'en avril 2016) des permis de production au secteur privé, ne permet pas à ces opérateurs agréés de réserver la distribution de leur production à une région particulière. « Ils doivent revendre leur production à EDL qui la redistribuera sur l'ensemble du réseau », affirme une source à la direction de l'opérateur public. « Le monopole de production suppose d'être en mesure de fournir de l'électricité en continu aux distributeurs. Cette promesse n'a pas été tenue depuis des années, les concessions sont donc fondées à déroger à ces règles », conteste M. Chelala. Il reprend ainsi à son compte le raisonnement juridique tenu en son temps par Électricité de Zahlé, dont l'émancipation par rapport à EDL n'a sans doute pas finit de donner des idées...

 

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