De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a ciblé le village de Qlailé, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. Photo Kawnat HAJU / AFP
Sept secouristes ont été tués depuis la nuit de jeudi à vendredi dans des attaques israéliennes au Liban-Sud, selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Trois d'entre eux ont été touchés alors qu'ils se trouvaient sur le site d'une frappe précédente sur Deir Qanoun el-Nahr et quatre autres dans des raids nocturnes sur Hanaway, dans le caza de Tyr.
Vendredi matin, trois membres de l'association des scouts de la mission islamique (Rissala, affiliée au mouvement chiite Amal) ont été tués dans un raid de drone israélien sur Deir Qanoun el-Nahr. Les trois victimes ont été identifiées comme Ali Abboud, Hussein Kassir et Ahmad Hariri. Ce dernier était un photographe indépendant volontaire au sein de l'association al-Rissala, qui avait notamment participé aux opérations en début de semaine pour extraire les corps des victimes d'un massacre israélien dans la localité, lorsque 14 personnes, dont 11 d'une même famille et quatre enfants, ont été tués dans une frappe. Le syndicat des photographes de presse libanais a ainsi déploré la mort du photojournaliste Ahmad Hariri, « tué alors qu’il accomplissait son devoir professionnel et humanitaire ». L’organisation a affirmé « s’incliner devant son sacrifice et celui de ses confrères journalistes tombés » dans le Sud.
Cette attaque de drone a également coûté la vie à deux personnes de nationalité syrienne, dont une fillette, et au barbier du village, Ali Alamé, qui selon des sources locales offrait gratuitement des rasages et coupes aux habitants qui avaient refusé de quitter la localité.
Deux morts dans des frappes de drone sur Tebnine et Nabatiyé
Dans la nuit de jeudi à vendredi, l’aviation israélienne avait bombardé deux centres du Comité sanitaire islamique (CSI) affilié au Hezbollah à Hanaway, tuant quatre secouristes et blessant deux autres. Ces sept nouvelles victimes dans des associations de secours portent à 123 le nombre de personnels de santé tués dans les attaques israéliennes au Liban depuis le 2 mars, date de l’entrée du Hezbollah dans le conflit régional aux côtés de l’Iran. Le ministère libanais de la Santé a affirmé de son côté que « moins de deux jours après que le Liban a obtenu, à une majorité qualifiée lors de l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une résolution visant à protéger le personnel médical au Liban, l’ennemi israélien a poursuivi sa violation flagrante des résolutions internationales », en ciblant « avec une force militaire importante des secouristes non armés ».
Ce bombardement sur des centres du CSI a eu lieu alors que plusieurs autres attaques meurtrières de drone ont ensuite été menées par Israël en début d'après-midi, notamment contre un deux-roues à Tebnine (Bint Jbeil) et un pick-up circulant dans les souks de Nabatiyé, ayant fait deux morts et deux blessés.
Des « individus armés » tués par Israël près de la frontière
L'armée de l'État hébreu a en outre annoncé dans un message sur X en début de matinée avoir « attaqué et éliminé » dans une frappe aérienne deux « individus armés qui se déplaçaient de façon suspecte au Liban-Sud à quelques centaines de mètres du territoire israélien ». Les soldats ont « effectué une opération de ratissage et n'ont trouvé aucune trace d'autres suspects dans le secteur », selon les Israéliens, qui occupent une « zone tampon » de plus de 600 km² en territoire libanais, le long de la frontière. Selon des informations de la chaîne 11 israélienne, les deux hommes ont été repérés vers 3h près du village frontalier de Yaroun, dans le caza de Bint Jbeil (secteur central), situé dans la « zone tampon. » Par crainte d'une « infiltration » en territoire israélien, une alerte a été lancée, avant que deux raids depuis des avions de chasse ne soient menés. Les deux corps ont été repérés et une enquête est menée pour déterminer leur identité, selon la presse israélienne. De son côté, le média Maariv, qui cite une source militaire, souligne que les deux suspects « projetaient de perpétrer un attentat dans une colonie israélienne », et qu'ils étaient armés de fusils Kalachnikov, de dizaines de munitions et de grenades lacrymogène.
Durant l’après-midi, les sirènes d’alarme se sont déclenchées à au moins cinq reprises dans plusieurs régions du nord d’Israël, notamment au niveau de Misgav Am. L’armée israélienne a affirmé avoir intercepté au moins deux « cibles aériennes suspectes lancées depuis le territoire libanais ». Elle a aussi annoncé que les forces de combat de la brigade 551 avaient repéré cinq combattants du Hezbollah entrant dans un quartier général de la formation chiite, au nord de la « ligne jaune » qui délimite la « zone tampon » instaurée par Israël au Liban-Sud, sans en préciser le lieu exact.
Outre ces incidents, des drones de l'armée israélienne ont mené vendredi une série de raids sur cette région du pays, ciblant consécutivement une zone entre Ansar et Zrariyé (Saïda), la ville de Nabatiyé et, à deux reprises, la route principale de Deir Qanoun al-Nahr. Un missile a également été tiré sur Harouf, dans le caza de Nabatiyé. L’aviation israélienne a également mené plusieurs bombardements dans le caza de Tyr, visant Qlaylé, Debaal, Zibqine et Hanaway, ainsi qu’un bâtiment du complexe « Fawaz » à Jouaya. Des tirs d’artillerie israéliens ont également visé Siddiqine. Dans le caza de Marjeyoun, une autre frappe israélienne a ciblé Touline. La nuit a été marquée par trois dynamitages entendus à Khiam (dans le caza de Marjeyoun), un raid aérien sur Kafra, ainsi que deux autres et des tirs d'artillerie sur Yater (dans le caza de Bint Jbeil).
Les bombardements se sont poursuivis en fin d’après-midi et en début de soirée. Une frappe aérienne israélienne a notamment pris pour cible le village de Tebnine, provoquant pour la troisième fois cette semaine des dommages à l’hôpital gouvernemental. Les localités de Aïn Baal, Debaal, Mansouri, Majdel Zoun et Zebqine (Tyr), Froun, Kafra (Bint Jbeil), ainsi que le quartier de Bayad dans la ville de Nabatiyé, et Kfar Tebnit (Nabatiyé) ont également été touchés.
En dépit d’un cessez-le-feu théorique entré en vigueur le 17 avril, l’État hébreu poursuit ainsi ses bombardements au Liban-Sud, où il affirme combattre le Hezbollah. Depuis le début du conflit et jusqu’au 22 mai, le ministère de la Santé fait état de 3 111 morts et 9 432 blessés dans les attaques israéliennes en cours contre le Liban. De son côté, Israël a annoncé la mort de 22 soldats.


Israel se permet de tout faire en ciblant des secouristes qui font leur travail en pleine guerre. C’est comme ça qu’ils pensent avoir la paix à leur frontières.
11 h 29, le 23 mai 2026