Liban

Ghazi Youssef au TSL : Hariri voulait signifier à ses adversaires qu’il ne plierait pas devant les intimidations

procès
Je. J. | OLJ
21/03/2015

La défense a poursuivi hier le contre-interrogatoire de Ghazi Youssef, député et ami proche de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, qui s'exprimait en vidéoconférence à partir de Beyrouth.
Devant la chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban, le député a évoqué la réaction de l'ancien chef de gouvernement peu avant son assassinat, suite à l'arrestation de plusieurs membres de l'association Tanmiya qui relevait de lui. Ces derniers avaient été accusés à l'époque de corruption dans le cadre de l'affaire de la distribution d'huile d'olive. Cette mesure répressive avait suscité le courroux de Rafic Hariri qui avait pris l'initiative d'appeler le directeur des FSI, le général Ali Hajj, et le directeur des services de renseignements de l'armée libanais, le général Raymond Azar.

Expliquant les circonstances et le contexte de ces appels téléphoniques, le témoin a précisé que Rafic Hariri avait choisi d'appeler à partir d'une ligne fixe qu'il savait sur écoute par les services sécuritaires. C'était, dit M. Youssef, intentionnel de la part de l'ancien chef de gouvernement qui voulait volontairement faire passer le message à qui veut l'entendre.
D'après lui, Rafic Hariri a utilisé un « ton dur », reprochant à ses interlocuteurs d'avoir pris cette décision arbitraire et d'œuvrer à resserrer l'étau autour de lui et de ses partisans, assurant que la distribution de l'huile était un don et qu' il ne s'agissait pas de corruption. Il leur a également fait savoir qu'il était conscient que ses appels étaient sous surveillance.


(Lire aussi : La défense ressort la piste islamiste)



« Les deux conversations, que ce soit avec Ali Hajj ou Raymond Azar, n'étaient pas des conversations de type social (...). C'était des appels, ayant un but bien précis, à travers lesquels Rafic Hariri voulait dire à tous ceux qui l'écoutaient qu'il était mécontent de cette mesure et qu'il allait poursuivre son chemin sans pour autant être dissuadé par ce type d'intimidation », dit le témoin.
« Au général Azar, il a clairement signifié qu'il allait remporter les élections et redevenir Premier ministre. Il lui a fait savoir que lorsque les promotions au sein du corps militaire allaient lui parvenir, c'était lui qui allait contresigner », allusion directe au fait que l'officier risquait de ne pas obtenir sa promotion.

Selon le témoin, Rafic Hariri usait clairement d'un reproche « voire même d'une bravade adressée à toute personne qui cherchait à le menacer et faire pression sur lui. Je n'avais jamais vu Rafic Hariri agir de cette manière que je pourrais qualifier de violence psychologique et qui indique le niveau de frustration qu'il ressentait à cause de ce qui se passait ».
M. Youssef a tenu à rappeler que l'ancien chef de gouvernement était une personne généralement pacifique. « Mais ce jour-là, il semblait déterminé à briser les chaînes qui lui avaient été infligées par le régime sécuritaire syro-libanais », a-t-il affirmé.


(Lire aussi : Sabeh : C'est le sang de Rafic Hariri qui a forcé le départ des troupes syriennes du Liban)


Le témoin sera ensuite interrogé sur les réunions qui avaient lieu entre Rafic Hariri et le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à la veille de l'adoption de la loi électorale. La défense a insisté à plusieurs reprises sur la crédibilité des informations livrées par le témoin, qui a affirmé n'avoir pas été mis au courant par Rafic Hariri de l'ensemble des détails de ces réunions avec le chef du parti chiite. Il a toutefois confié que l'ancien Premier ministre avait laissé entendre devant lui et d'autres, qu'il n'était pas satisfait de ce dialogue.
« Rafic Hariri a toujours œuvré en vue de mettre en place des gouvernements qui représentent toutes les parties au Liban, des gouvernements d'union nationale. C'est pour cela que les échanges qu'il entretenait avec Hassan Nasrallah avaient pour objectif d'attirer le parti chiite vers sa logique, celle de gouverner le pays sans ingérence syrienne directe », a déclaré Ghazi Youssef.

 

(Lire aussi : Sabeh : Les Syriens voulaient maintenir le Liban aux soins intensifs)



Et d'ajouter : « C'est dans ce but qu'il avait eu une série de réunions intensifiées avec le Hezbollah. Mais il était clair que deux ou trois semaines avant son assassinat, et au moment où l'on était prêt d'adopter une loi électorale, il y avait toujours une distance certaine entre Rafic Hariri et le Hezbollah. » D'où la célèbre phrase qu'il réitérait devant beaucoup de ses visiteurs :
« Je vais me présenter aux élections et vous allez me voir sur le perron de Bkerké, main dans la main, avec Walid Joumblatt et l'opposition chrétienne. Nous nous engagerons ensemble dans les élections. »
À noter que le chef du bloc du Futur, Fouad Siniora, sera entendu par le TSL à partir de lundi prochain.

 

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AIGLEPERçANT

C'est toujours regrettable la perte d'un grand homme comme Hariri pere , faut preciser , mais on a l'impression qu'il s'agit plus d'un autel pour defouloir que d'un tribunal a la recherche de la VERITE . Be yourself , no matter what they say .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE CE CÔTÉ LE TRAIN TRAÎNE... DE L'AUTRE CÔTÉ LE TRAIN ROULE ET NETTOIE...

Halim Abou Chacra

Hariri était le plus grand obstacle au plan de l'impérialisme iranien et son laquais, le régime syrien. Il fallait à tout prix l'éliminer. Les "assassaints" du Hezbollah l'ont fait "brillamment".
Sans le dévouement et les analyses extrêmement subtiles des données téléphoniques du capitaine Wissam Eid, rien n'aurait été su sur ce "parfait" assassinat. Pour cette raison, le capitaine Wissam Eid a été assassiné lui aussi. Plus clair que ça, tu meurs !

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