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Liban

R. Hariri après sa première rencontre avec Bachar : « Que Dieu vienne en aide à la Syrie : c’est un gamin qui va la gouverner... »

TSL

« Vous n'êtes pas là pour donner votre avis mais pour exécuter », avait dit le président syrien à l'ancien Premier ministre, selon l'ancien député Bassem Sabeh, interrogé hier par le TSL.

17/03/2015

Le témoignage de l'ancien député, Bassem Sabeh, devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), a commencé hier. Prévu en principe sur toute la semaine, il devrait apporter un éclairage supplémentaire sur les coulisses des relations libano-syriennes durant les mois qui ont précédé l'assassinat de l'ancien Premier ministre.

M. Sabeh, proche de Rafic Hariri, qu'il a souvent accompagné à Damas dans le cadre de ses visites officielles, a répondu aux questions de l'accusation et des juges. Si les dépositions du témoin n'ont pas apporté de révélations majeures par rapport aux problématiques examinées par la cour – la teneur des réunions entre Rafic Hariri et Bachar el-Assad sont désormais connues du grand public – les nuances introduites par M. Sabeh, ainsi que certains propos distillés en filigrane ont constitué la valeur ajoutée de ce témoignage.
Ce dernier est d'autant plus important aux yeux de l'accusation qu'il vient corroborer les récits des témoins qui l'ont précédé à la barre, confirmant ainsi de plusieurs sources certains faits pertinents à l'affaire.

Prié de décrire de manière succincte la relation entre Rafic Hariri et Damas entre 1992 et 1999, l'ancien député a indiqué qu'elle était marquée par « des périodes de stabilité, entrecoupées de périodes de brouille ». À la nuance près que l'ancien Premier ministre « était en bonne relation avec une partie du régime syrien », précise-t-il avant d'évoquer des personnalités avec lesquels M. Hariri entretenait de bonnes relations, telles que Abdel Halim Khaddam et Hekmat Chehabi, les deux figures sunnites du régime alaouite. « Au sein du régime, il y avait plus d'un pôle d'influence », explique le témoin.
« L'autre pôle d'influence » était représenté notamment par Bassel el-Assad (le frère aîné de Bachar, décédé dans un accident de voiture en janvier 1994) et le général Mohammad Nassif, avec lesquels « les relations et la coopération étaient quasiment inexistantes ».

 

(Lire aussi : Dans les coulisses de l'entrevue Hariri-Ghazalé, avant l'attentat du 14 février)


La situation a commencé à se dégrader lorsqu'il a été question de la prorogation du mandat d'Élias Hraoui en 1996, soutenue par Rafic Hariri, ce qui ne devait pas plaire au pôle d'influence représenté par les Assad, notamment, lesquels étaient en faveur de la candidature d'Émile Lahoud. À partir de là a commencé l'opération visant à « contenir Rafic Hariri », qui a culminé en 1998 lorsque ce dernier a été éjecté du gouvernement, poursuit le témoin. En 1999, Rafic Hariri entreprend une visite à Damas, accompagné de Bassem Sabeh pour rencontrer Bachar el-Assad à la demande de Hafez, son père, toujours président à l'époque, dans un appartement appartenant à Bassel el-Assad, au Mont Kassioun, près de Damas.
« C'était, je crois, la première réunion sérieuse avec Bachar », a indiqué le témoin.
Ce dernier raconte les échanges qu'il a eus avec M. Hariri au retour : « Hariri est sorti avec une mauvaise impression. Il m'a dit : "Que Dieu vienne en aide à la Syrie". Je lui ai répondu : "Que Dieu vienne en aide au Liban". Il a répliqué : "Nous, nous pouvons toujours résoudre nos problèmes, mais la Syrie sera gouvernée par un gamin". »

« Vous ne valez rien sans la Syrie »
M. Sabeh évoque ensuite la célèbre réunion qui avait regroupé en septembre 2003, à Damas, le président syrien, Bachar el-Assad, l'ancien chef des services de renseignements au Liban, Rustom Ghazalé, son prédécesseur à ce poste, Ghazi Kanaan, et le général Mohammad Khallouf.
« D'après ce que j'ai su, M. Hariri a été surpris de la présence des trois officiers. Il m'a dit : "Ils se sont acharnés contre moi l'un après l'autre. J'ai senti la sueur me couvrir jusqu'aux pieds. J'ai pensé me lever et quitter tant les termes qui m'ont été adressés étaient durs. C'étaient des propos qu'un officier se permet d'exprimer devant un sous-fifre. C'était une double humiliation, pour moi et mon pays". »

 

(Lire aussi : L'accusation diffuse un enregistrement inédit de la dernière conversation entre Hariri et Ghazalé)



Le témoin a expliqué que la « violence verbale » employée devait varier d'un officier à l'autre, le plus violent des quatre étant Rustom Ghazalé. Ce dernier devait notamment dire à Rafic Hariri : « Pour qui vous prenez vous ? Vous ne valez rien sans la Syrie, et sans Bachar el-Assad ! » Et l'officier syrien d'enjoindre à l'ancien Premier ministre de « museler » les médias proches de lui – la Future TV, les quotidiens al-Moustaqbal et an-Nahar. Il fallait également faire taire les prédicateurs des mosquées durant les prêches du vendredi, ainsi que le représentant de M. Hariri auprès de Bkerké et de Kornet Chehwane, Daoud Sayegh, dont la mission devait également être suspendue.

À une question de l'accusation qui cherchait à comprendre ce que voulait dire l'expression selon laquelle « Rafic Hariri est venu par la grande porte syrienne », M. Sabeh a répondu : « Cela veut tout simplement dire que de hauts responsables libanais sont mis en place par le régime syrien. » Et de reprendre un peu plus loin une expression utilisée par Ghazalé, lorsqu'il avait dit à l'ancien Premier ministre : « Ni toi ni Chirac, et encore moins les Américains ne peuvent décider qui sera le président du Liban », laissant entendre clairement que « la Syrie n'acceptera pas les complots ourdis contre elle par les Américains et l'Occident », a souligné le témoin.

« Vous êtes là pour exécuter... »
Le condensé de cette réunion, Rafic Hariri le livrera à ses alliés, Ghazi Aridi, Marwan Hamadé et Bassem Sabeh, au domicile de Walid Joumblatt, dès son retour de Damas. « La réunion s'est mal déroulée. Ils ont insisté sur la prorogation (du mandat d'Émile Lahoud) et m'ont demandé de présenter le projet devant le Parlement. » M. Hariri a ajouté qu'après avoir tenté en vain d'expliquer son point de vue, Bachar el-Assad lui a dit : « Vous n'êtes pas là pour donner votre avis. Vous êtes là pour exécuter. »

 

(Pour mémoire : Procès Hariri : les visites secrètes et nocturnes de Rustom Ghazalé à Koraytem)



Prié par l'accusation de noter de 1 à 10 la relation entre l'ancien chef de l'État, Émile Lahoud, et Rafic Hariri, le témoin dira : 3/10, « c'est-à-dire assez mauvaise », couplée d'une « absence totale de confiance ». « Nous étions en présence de deux cultures différentes : une culture militaire et une culture civique en matière de gestion des affaires du pays », a-t-il noté.
De retour de Damas en 2004, Rafic Hariri avait pris deux résolutions : proroger le mandat d'Émile Lahoud et passer dans les rangs de l'opposition. Il rejoindra politiquement le rassemblement du Bristol en y dépêchant six députés proches de lui. « C'était une indication que Rafic Hariri assurait désormais une couverture totale au Rassemblement du Bristol », a indiqué M. Sabeh.

Le témoin a enfin relaté l'épisode d'une rencontre qui avait eu lieu au lendemain de la tentative d'assassinat du député Marwan Hamadé. À l'issue d'une visite à Rustom Ghazalé à Anjar, Rafic Hariri lui avait dit, à la porte du véhicule où se trouvait Bassem Sabeh : « Bassem est inquiet pour sa sécurité. » Ce à quoi l'officier avait répondu : « Si jamais l'on porte atteinte à l'un de mes enfants, Bassem pourra alors craindre pour sa vie. » M. Hariri dira plus tard à Bassem Sabeh : « Rustom Ghazalé te considère comme l'un de ses fils, ce qui n'est pas le cas pour Marwan Hamadé apparemment. »

 

Pour mémoire
Ghazi Youssef : Les Syriens s'acharnaient à empêcher Hariri de réaliser son projet

Chamaa devant le TSL : « Une personne est parfois contrainte de sourire à son bourreau »

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Sabbagha Antoine

Le gamin est devenu un dictateur , et qui sait demain il sera l'homme fort des Etats -Unis .

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Cette "lutte" contre ce Tribunal, hypothèse de mort non de vie, est bien célébrée chez les fakihistes Non- gentils. C'qui fait que ces impardonnables s’imaginent réfléchir. Résulte l’illustrisime festival d'abjection et de vautrage dans la puanteur de l’horrible. Et v'là le cœur qui se serre et la chair qui se hérisse! C'est à ceci qu'on voit que l’hassine tïîl n'est pas Gentil, comme e.g. Rafîk et les Hariri ; et que mêêême s’il mourrait à cent ans l’ébaubi ; ce qui, même pour 1 comme lui est inespéré, il n’en deviendrait pas pour autant Gentil. Ce spécialiste de l’indicible, du baratin fakihiste néfaste et archaïque, n'a de cesse de se porter aux confins de l’ignorance Per(s)cée pour en scruter la part irréductible d'opacité; ce que fait aussi son walïï lors de veillées Per(s)cées devant son narguîlhéh äajaméh. Autres acolytes de l’hassine 1er Non-gentil, il y le duo des Naïîm et le "fabuleux" Tonnerre à Rien ; ce qui n'est pas Rien. Il est arrivé pour 1 Gentil de passer à côté de leurs colloques à Ddâhïyéh-Bidonville, qui permettent à ces "lucides" anthracites d'interroger les limites de l’indicible et se goinfrer de foûl et de jus frelaté ; spécialités de noircis. H.1er est là caché, qui, entre 2 facéties, ne laisse pas sa part au chat ! Ce qui est sûr est la fulgurance émise par 1 de ses sous-fifres, dubitatif devant les amis de son Sé(yy)ide chéri : "Ce sont dez-ébaubis limite pas trop bêtes, mais sûr méchants, violents et surely Non-gentils !".

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ORACLE ???

Halim Abou Chacra

1-Une insistance flagrante et choquante du "gamin" et de ses "moukhabarat" d'avoir un président du Liban laquais et jouet entre leurs mains.
2-Et le "gamin" est allé au point de devenir un petit Hitler, exterminateur du peuple syrien !

Bery tus

Merci a l'OLJ de nous donner les nouvelles sur les TSL que malheureusement bcp de libanais ont peut etre oublier ... j'ecris ici tout simplement pour affirmer que NON certain n'ont pas oublier le fil de l'histoire !!! encore une fois merci, j'espere que certain amnésique se reveille lol

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