Liban

La défense ressort la piste islamiste

Procès Hariri

L'ancien ministre de la Justice, Adnan Addoum, avait tenté en 2005 d'orienter l'enquête en direction des intégristes libano-australiens.

20/03/2015

Au quatrième et dernier jour du témoignage livré par l'ancien député Bassem Sabeh devant le Tribunal spécial pour le Liban, la défense a dévoilé ses cartes, ou du moins une partie d'entre elles en invoquant la piste islamiste.
Lors de l'audience tenue pour examiner l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri, le témoin, un ami proche de l'ancien Premier ministre, a été sollicité à plusieurs reprises pour se prononcer sur le dossier des intégristes australiens – pointés du doigt au lendemain de l'explosion du 14 février – puis sur celui de l'Association des projets de bienfaisance islamique, connue sous le nom de « Ahbache », un groupe également extrémiste, dont le chef, Nizar Halabi, avait été assassiné à Beyrouth en août 1995.
Dès mercredi, Guénaël Mettraux, le conseil de défense de l'un des cinq accusés, Hassan Sabra, avait annoncé la couleur révélant implicitement sa tactique : défier la thèse de l'implication des éléments du Hezbollah, en orientant le débat vers d'autres horizons. Les interventions hier ont clairement montré que c'est la piste islamiste qui serait retenue, celle-là même qui avait été privilégiée par les autorités libanaises pendant un laps de temps pour être ensuite abandonnée.
Les efforts de l'avocat de la défense ne seront toutefois pas toujours fructueux, tant ses interventions vont susciter le courroux des juges, mais aussi de l'accusation, tout le monde lui reprochant sa méthodologie et le fait qu'il se fonde sur des documents non admissibles.
D'emblée, Me Mettraux entre en matière et rappelle, se fondant sur un rapport de la commission d'enquête internationale, que le ministre de la Justice de l'époque, Adnan Addoum, avait conseillé de poursuivre l'enquête avec les six Libanais australiens pointés du doigt par certains responsables libanais. Le témoin répond qu'il se souvient que M. Addoum avait effectivement fait des pressions dans cette direction. L'avocat saisit la réponse au vol et relance le témoin sur le rapport des enquêteurs mentionnant au passage le volant situé à droite de la camionnette Mitsubishi qui a servi à transporter les explosifs le jour du 14 février 2005, dans une allusion claire au fait que les volants situés à droite des véhicules ne sont pas une caractéristique libanaise mais australienne.
Me Mettraux demande alors à faire sortir M. Sabeh de la salle d'audience et requiert le huis clos, en alléguant du fait qu'il s'agit d'un « sujet extrêmement sensible ». La suggestion lui sera refusée par le président de la chambre de première instance, David Re, qui affirme n'y voir aucune utilité, d'autant que le juge Re est généralement en faveur de la plus grande transparence possible.
« Je voudrais bien savoir comment M. Sabeh pourra vous aider sur ce plan. Il vous a déjà dit qu'il ne possédait aucune information sur le lien existant avec l'affaire des Australiens (...). Nous n'allons pas décréter une session fermée pour entendre vos explications à ce sujet. Tout ce qui nous importe est de savoir comment M. Sabeh peut vous aider », lance le juge Re.
Me Mettraux présente alors un autre document citant une personne dont le nom est gardé confidentiel. Le document impute l'assassinat de Nizar Halabi à un souhait qu'aurait exprimé en ce sens Rafic Hariri, dans une tentative de la part de l'avocat de démontrer que les « Ahbache » avaient intérêt à tuer Rafic Hariri.
Le juge Re l'interrompt. « Ce rapport date d'il y a dix ans. D'ailleurs la personne (SS3) en question est peut-être un informateur. Dans ce rapport, il est dit que Rafic Hariri est celui qui a demandé l'assassinat de Halabi. Vous dites ensuite qu'il n'y a rien qui prouve cela. Où se trouve la bonne foi dans tout cela ? », s'interroge-t-il avant de reposer une dernière fois la question au témoin. « Êtes-vous au courant que des membres des "Ahbache" considéraient que c'était Rafic Hariri qui avait ordonné l'assassinat de Halabi ? »
« Absolument pas. Je n'en ai jamais entendu parler », dit le témoin. Il souligne que ces sujets-là sont, selon lui, créés de toutes pièces pour faire diversion et fausser le cours de l'enquête.
Me Mettraux proteste. « Il faut faire confiance à l'avocat s'il estime qu'il a des questions pertinentes », dit-il, soutenant qu'il souhaite présenter à la cour des informations qu'il considère importantes. « Nous ne cherchons pas à nous éloigner du sujet. Nous essayons d'apporter des informations pour parvenir à la vérité », ajoute-t-il en réponse aux remarques qui lui sont formulées par le président.
« Je ne discute pas du fait de savoir si la question des Australiens est pertinente ou pas. Je vous demande seulement dans quelle mesure elle est en relation avec le témoin ici présent », rétorque le juge Re. La juge Northworthy intervient à son tour, rappelant au conseil de défense que l'accusation présente actuellement son dossier et que le tour de la défense viendra. « Le témoin vous a déjà dit qu'il n'a pas d'informations à ce sujet. La charge de la preuve vous incombe », poursuit-elle. Le président coupe court au débat : « Je vous ai déjà demandé de ne pas entrer dans une discussion philosophique », dit-il, s'adressant à Me Mettraux.
Ce dernier tente, à travers une nouvelle batterie de questions, de relancer l'échange et demande au témoin s'il sait que deux membres des « Ahbache » ont été emprisonnés après l'assassinat de Rafic Hariri. « J'ai peut-être lu quelque chose en ce sens », dit M. Sabeh. L'avocat lui demande encore s'il sait si la peine de mort a été exécutée dans l'affaire des meurtriers de Nizar Halabi et si le chef sécuritaire au sein des « Ahbache » a été arrêté, ce que le témoin déclare ignorer.
La défense poursuit en citant cette fois-ci un article du quotidien al-Raï al-Aam sur l'auteur présumé d'un tir de roquette contre la chaîne du Futur en juin 2003, et sur la revendication faite alors par un groupe appelé Ansar Allah. M. Sabeh répond qu'il se souvient effectivement de la revendication mais qu'il n'a jamais entendu parler de ce mouvement au Liban, qui selon lui est ancré au Yémen.

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