Liban

Ghazi Youssef : Les Syriens s’acharnaient à empêcher Hariri de réaliser son projet

TSL

Rafic Hariri a été prévenu qu'il sera politiquement assassiné, sinon physiquement, affirme le témoin.

11/03/2015

Le député chiite haririen de Beyrouth, Ghazi Youssef, a livré hier devant les juges de la chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban son récit sur le climat politique qui prévalait à la veille de l'assassinat de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, le 14 février 2005. Dans son témoignage, M. Youssef, conseiller économique et financier de l'ex-chef de gouvernement, a mis l'accent sur les moments-clés du bras de fer entre les Syriens et Hariri.
Il a notamment évoqué l'intervention explicite des services de renseignements syriens dans la formation des listes électorales, la désignation des ministres et des équipes gouvernementales, œuvrant ainsi à bloquer toutes les velléités de réforme et de développement de l'ancien Premier ministre.
« Le Syrien était le décideur absolu dans la politique économique et sécuritaire au Liban », souligne le témoin qui donne une série d'exemples sur la manière dont les Syriens manœuvraient pour obstruer les projets initiés par Hariri.


Interrogé par l'accusation, il reviendra sur certains dossiers de réforme refoulés, comme celui des Télécoms, « rejeté par le gouvernement de Sélim Hoss » (1998-2000), des réformes administratives amorcées par Hariri et entravées en cours de route, les fonctionnaires « corrompus ayant été vite réhabilités », dit-il.
M. Youssef dissertera longuement sur la manipulation du découpage électoral et des listes de candidats par le chef des SR syriens au Liban, Rustom Ghazalé. Une manipulation dont le témoin lui-même, candidat à l'un des deux sièges chiites de Beyrouth, devait être l'une des victimes aux législatives de l'an 2000, lorsqu'il s'est vu remplacer par un candidat proche des Syriens. A l'époque, M. Youssef avait facilement accepté cette réalité, après avoir prié Hariri « de ne pas se soumettre au chantage et à la pression » des Syriens pour défendre sa cause auprès de Rustom Ghazalé.


Le député fait par ailleurs état de menaces proférées à l'encontre du président de la Chambre, Nabih Berry, dans la foulée du vote de l'amendement du code de procédure pénal dans un sens plus respectueux des libertés publiques, en 2001. À peine sa « victoire » au Parlement célébrée, Hariri reçoit un appel de M. Berry. Ce dernier dit à son interlocuteur : « Nous avons fait une faute. Nous devons rebrousser chemin et revenir sur le vote », témoigne M. Youssef. L'ancien Premier ministre se retourne vers ses amis et leur dit : « Berry est menacé, nous devons retourner demain au Parlement pour un contre-vote. »

 

(Lire aussi : Déclaré persona non grata par Bachar el-Assad, Rustom Ghazalé soigné par des médecins libanais)


Le lendemain, le Parlement revient sur sa décision en adoptant une version plus sévère du texte, celle qui était de rigueur avant l'amendement. Cette volte-face foudroie l'opposition chrétienne, notamment, qui décide d'investir la rue pour protester dans des manifestations aussitôt réprimées par la force, poursuit le témoin. « Les manifestants sont jetés en prison et torturés pour avoir protesté contre cette mesure. Les Syriens exerçaient leur hégémonie même dans le domaine de la législation », assure-t-il.
M. Youssef revient ensuite sur l'épisode du « remaniement ministériel » d'avril 2003, initié par Rustom Ghazalé. Lors d'une réunion à laquelle il avait convoqué Nabih Berry et Rafic Hariri, l'officier syrien demande à l'ancien Premier ministre de démissionner.
« A-t-il accepté ? » lui demande le représentant de l'accusation, Graeme Cameron. « Il pensait que ce remaniement ministériel allait plutôt faciliter le travail gouvernemental qui était bloqué depuis plusieurs mois. Ce qu'il ne savait pas, c'est que l'objectif réel était de lui rendre la tâche plus difficile », répond M. Youssef. Au final, Hariri se retrouve avec seulement trois ministres proches de lui – Fouad Siniora, Bahige Tabbarah et Samir Jisr – à la tête d'un gouvernement qui ne lui était pas acquis.
L'accusation le relance sur la question de la concomitance de la résolution 1559 du Conseil de sécurité et du projet de prorogation du mandat de l'ancien chef de l'État, Émile Lahoud, et l'interroge sur les pressions internationales exercées à l'époque dans l'objectif de libérer le Liban de l'hégémonie syrienne. Pour le témoin, il s'agissait clairement d'une confrontation entre Syriens et puissances internationales par le moyen de la 1559. « Rafic Hariri s'est retrouvé au milieu », dit-il.


En décembre 2004, Rafic Hariri se rend à Paris, où il rencontre Ghassan Salamé, ancien ministre qui occupait à cette période un poste de conseiller à l'Onu. M. Salamé tire la sonnette d'alarme et prévient Hariri qu'il sera assassiné « politiquement, sinon physiquement », par les Syriens. « Ils vont chercher à vous assassiner politiquement en imposant la loi (électorale) qui leur convient. Si vous résistez, ils vous tueront », avait-il prévenu. Mais Hariri « était convaincu que nul ne pouvait l'atteindre », conclut le témoin.

 

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Yves Prevost

Il est à noter que si l'amendement au code de procédure pénal n'avait pas été - de façon totalement anticonstitutionnelle, d'ailleurs - Jamil Sayyed n'aurait pu passer 4 ans en prison sans jugement. C'est donc à ses amis syriens qu'il doit s'en prendre.

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