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Lifestyle - Dans la peau d’une femme

Tania Saleh, une femme libre de toute influence

Tania Saleh n'aime pas les comparaisons. Elle a son histoire, son style, son parcours et son art à elle, qui tranche dans le milieu artistique actuel, au Liban et dans le monde arabe. Son répertoire est hors normes et ses chansons tout à fait différentes de celles que l'on entend en général sur les ondes, et elle se bat sans relâche pour pouvoir exister dans son genre particulier et surtout en préservant son indépendance. Fine et en apparence fragile, elle cache derrière une certaine réserve une grande détermination et beaucoup de lucidité.

Elle sait que dans le monde de la chanson, elle a choisi le chemin le plus difficile, mais elle est décidée à continuer, indifférente aux critiques, aux jalousies et aux rivalités. Sa plus grande blessure, même si elle n'en parle pas beaucoup, est l'attitude de sa mère, journaliste de carrière, qui aurait préféré pour elle un autre parcours. Mais nul ne dicte à Tania Saleh la voie qu'elle doit suivre. Surtout après l'enfance difficile qu'elle a eue, entre un père sunnite et une mère chiite, tous deux journalistes qui se sont mariés trois fois et ont divorcé autant de fois. Tout en étant des parents ouverts et cultivés qui évoluaient dans un milieu artistique et élitiste, où l'éducation reste une grande valeur, ils ne parvenaient pas à gérer leur relation complexe, et la vie familiale s'en est beaucoup ressentie.

De plus, avec les déplacements incessants dus à la guerre, Tania Saleh a eu une enfance de nomade et elle a très tôt pris conscience de sa différence, issue de parents laïcs dans un monde confessionnel, divorcés à un moment où ce n'était pas très courant, et vivant avec une mère contrainte à travailler pour nourrir ses filles.

Sa mère la voyait en médecin, mais elle aimait l'art et la musique. Elle a bien essayé de faire des études de gestion, mais finalement, elle s'est retrouvée dans le domaine qu'elle aime. Cela a commencé par des jingles publicitaires. À ce sujet, la chanson qu'elle avait composée et interprétée pour Kassatly Chtaura a été un tournant dans sa carrière, tout comme les encouragements de Béchara Mouzannar. Elle a ensuite intégré l'équipe de Ziad Rahbani de 1993 à 1996, avant de lancer son premier album. Son mari Philippe Tohmé s'occupait de l'aspect technique... jusqu'à leur divorce.

C'est à partir de là que Tania Saleh a vraiment commencé à voler de ses propres ailes, faisant un véritable saut dans l'inconnu : sans argent, sans mentor ni imprésario, mais avec un talent immense et une grande confiance dans son art. « Tout ce que j'ai fait avant, confie-t-elle, était sous influence. » Maintenant, son art ne ressemble plus qu'à elle. Son public a d'ailleurs suivi et en redemande. Mais Tania Saleh sait qu'elle ne sera jamais une superstar. « Je veux mener une vie décente et continuer de faire ce que j'aime, dit-elle, des chansons qui ressemblent à notre quotidien, qui dénoncent ce qui va mal dans nos sociétés, qui n'éludent pas les sujets, tout en n'étant jamais vulgaires. »


Tania refuse le commercial et peine pour trouver des financements, mais elle ne renonce pas car non seulement son art est de plus en plus apprécié (elle est écoutée en Syrie, en Tunisie et en Égypte où elle donne régulièrement des concerts), mais de plus, elle estime que c'est une manière de préserver son identité et son espace. « C'est vrai que l'échec me fait plus peur que la mort, précise-t-elle, mais je veux rester debout au propre et au figuré. » Son histoire, ce n'est donc pas seulement celle d'un art particulier, c'est aussi celle d'un combat pour l'art...

 

 

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