Le Liban en 2014

L’année du retour à la barbarie

05/01/2015

S'il y a un mot qu'il faut retenir de l'année 2014, c'est bien celui de Daech tant l'organisation de l'État islamique en Irak et au Levant a marqué le cours des événements à partir de sa grande offensive du printemps qui lui a permis de conquérir un large territoire en Irak et en Syrie, et de bouleverser les données régionales et internationales. Plus de six mois après la proclamation du califat avec à sa tête le calife Ibrahim ( qui n'est autre qu' Abou Bakr al-Baghdadi), cette organisation n'a pas encore livré tous ses secrets. Les analyses et les supputations sont multiples quant à son origine, ses parrains, son financement et ses projets, mais il est clair désormais qu'elle constitue une menace qui dépasse les limites de la région.

Au départ, certaines parties, notamment au Liban, avaient commencé par accuser le régime syrien d'être à l'origine de cette organisation en libérant sciemment les détenus islamistes dans les prisons syriennes. Mais aujourd'hui, cette affirmation ne tient plus la route, d'abord en raison du nombre de recrues (on parle de plus 60 000 combattants avec une possibilité de mobilisation énorme dans l'ensemble de la sphère musulmane), des moyens considérables dont dispose cette organisation, et surtout de son projet qui dépasse la Syrie et qui vise d'abord l'Iran et ses alliés chiites et alaouites, avant de se tourner vers les chrétiens puis en dernier vers les musulmans qui ne partagent pas sa vision islamique, selon l'ordre des priorités défini par le calife Ibrahim lui-même dans l'une de ses rares apparitions filmées. Que le régime syrien ait réussi à un moment donné à instrumentaliser Daech, estimant qu'il peut tirer des bénéfices du fait de combattre un ennemi extrémiste plutôt que des groupes dits modérés, ne fait aucun doute. Mais cela ne signifie nullement qu'il est derrière cette organisation dont on sait maintenant qu'elle est issue de la mouvance d'el-Qaëda, créée par Abou Messaab al-Zarqaoui en Irak, après l'invasion américaine de ce pays en 2003.

Daech a donc profité des erreurs d'el-Qaëda qui est restée une nébuleuse avec des structures vagues évoluant dans un espace aux limites indéfinies pour se doter d'un territoire, d'une idéologie, d'un mode de financement ainsi que d'un réseau médiatique impressionnant qui lui permet de se créer une image effrayante, mais aussi de recruter à tour de bras les jeunes musulmans en leur promettant le paradis sur terre. Daech a donc beau imposer dans les régions qu'elle contrôle un retour au Moyen Âge, instaurant la violence et la barbarie en mode de gouvernance, elle reste bien ancrée au XXIe siècle sur le plan des technologies de communication : ses militants sont très actifs sur les réseaux sociaux et elle s'est dotée d'une revue en ligne en anglais et d'une autre en français, appelée Dar al-islam, conçues selon les principes occidentaux avec des titres accrocheurs, des manchettes et une mise en page moderne. Au point qu'il ne fait aucun doute pour les experts qui étudient ce phénomène que l'organisation maîtrise les moyens d'influer sur les opinions publiques occidentale et musulmane.

Le fait de vouloir appliquer rigoureusement la charia n'empêche pas Daech de connaître l'importance de l'argent et de savoir gérer les régions pétrolifères placées sous son contrôle ainsi que les réseaux de donations dont elle bénéficie. Les experts estiment ainsi qu'en dépit des déclarations contraires et des annonces de plans pour combattre cette organisation, celle-ci continue de bénéficier des appuis directs ou non de pays comme la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar qui continuent de voir en elle le moyen de combattre le régime syrien, ainsi que le fameux axe dit de la résistance. Ce serait pour cette raison que la coalition internationale menée par les États-Unis pour, en principe, combattre Daech n'a pas réussi pour l'instant à marquer des victoires réelles sur le terrain. Avec des milliers de raids aériens qui coûtent des milliards de dollars (payés par les pays du Golfe essentiellement), la coalition internationale n'a réussi jusqu'à présent qu'à stopper l'avancée de Daech vers Kobané en Syrie et les autres zones kurdes en Irak. Seule l'armée irakienne, aidée par les forces populaires équipées et entraînées par l'Iran, a réussi à reprendre quelques portions de territoire dans la région de Salaheddine, conquise par Daech. Mais le chemin pour l'éradication de Daech est encore long, et cette organisation résume toutes les contradictions internationales et régionales. Tant que les différentes parties croient pouvoir l'utiliser pour exercer des pressions sur leurs adversaires, l'ambiguïté restera de mise... et profite à Daech !

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